XCIV
Doctrine des arminiens sur les sacremens.
Les disciples d'Arminius ne reconnoissent que deux sacremens , le baptême et la cène. Or qu'estce que ces divins mystères ? Ce sont les signes de la nouvelle alliance , le sceau des grâces supérieures : non -seulement ils confirment les bienfaits promis dans l'Evangile, mais ils les communiquent d'une certaine manière. Le fidèle , de son côté, doit recevoir ces promesses avec une foi sincère , obéissante ; il doit célébrer les bienfaits
célestes , pénétré de la plus vive reconuoîssance '.
Les expressions , Communiquer d'une certaine manièi^ey sceau des grâces supérieures, étoient des plus vagues et des plus obscures ; aussi les gomaristes en demandèrent-ils une explication. Après de longs discours de part et d'autre, les remontrans dirent qu'ils ignoroient les effets des sacremens ; que , dans tous les cas , ils n'opéroient point la grâce ; qu'ils ne sont pas même , d'après l'Ecriture , le sceau des promesses évangéliques'.
Cette doctrine exposoit ses auteurs aux plus graves reproches ; aussi voyons -nous que de bonne heure on les accusa de donner tête baissée dans les erreurs des mennonites. Et en effet, si le baptême est sans force , sans vertu , tout le monde voit qu'on ne peut le recevoir avant l'âge de discrétion. Episcopius , dans sa défense , dit bien que ses frères baptisent leurs enfans; que
* Confess. remonst., c. XXXIIÏ. p. 70 : « Sacramenta cum dicimus , externas Ecclcsiîe ceremonias , seu ritus illos sacros et solemnes intelligimus , quibus fœderalibus signis ac sigillis visibilibus, Deus gratiosa bénéficia sua in fœdere praesertim Evangelico promissa , non modo nobis reprœsentat et adumbrat , sed et certo modo exhibet et obsignat : nosque vicissim palam publiceque declaramus ac testamur, nos promissiones omnes divinas vera, firma atque obsequiosa fide amplecti et bénéficia ipsius jngl et grata semper memoria celebrare vellc, »
^ Exam. censurœ,^. 245 etsuiv.
cet usage repose sur l'antiquité clirétieiine , et ne pourroit être aboli sans le plus grand scandale '. Mais si vous destituez un rit de toute signification , si vous le rendez absurde , vainement direz -vous qu'il remonte bien loin dans les siècles : il ne pourra subsister long -temps. Aussi quelques dizaines d'années après les paroles du fondateur , la secte ou du moins la plupart de ses membres condamnoient le baptême des enfans.
A l'égard de la cène , Episcopius reconnoît qu'il partage les sentimens de Zwingle , ajoutant que dans cette matière on ne peut suivre de meilleur maître " .
Depuis cette époque les remontrans tombèrent d'abîme en abîme, attaquèrent plusieurs dogmes fondamentaux du christianisme. Les confessions de foi publiques avoient consacré la doctrine de la très sainte Trinité"; mais déjà Limborch, cé-
• Exam. censurée, p. 249 : « Eadem ratio est de Paedobaptismo ; remonstrantes ritum baptizandi infantes , ut perantiquum et in ecclesiis Chi isti , praesertim in Africa , permultis sœculis frequentatum , haud illubentei- etiam in cœtibus suis admittunt , adeoque vix sine offensione et scandalo magno intermitli posse statuunt , tantum abest , ut eum seu illicitum aut nefastum improbent ac damnent. »
- Loc. cit. p. 252 : « Et Iiac in re adsenticntes sibi habent non paucos reformatos, inter quos Zwinglius optimus hujus ceremoniae doctor, princeps est, etc. »
'^Confess. sive (leclar.,c. III. p. 14.
îèbre parmi les arminiens , établit des rapports de subordination entre les personnes divines. Il dit que le Père est au-dessus du Fils, parce que celui-ci prend racine dans le Père; et que le Saint- Esprit est inférieur aux deux autres personnes, parce qu'elles sont la source de sa divinité. Mais bientôt, passant encore plus avant, notre docteur ajoute que le Père commande au Fils , et le Père et le Fils au Saint-Esprit ; doctrine absurde et qui renverse le dogme de la Trinité.
A cette heure , on ne pourroit plus le nier, le socinianisme trouve un libre accès parmi les arminiens. Dans le commencement , ce reproche fut souvent adressé à ceux-ci par leurs adversaires ; mais à cette époque , si l'on excepte quelques dispositions accessoires dans l'article de la justification , on ne pouvoit nulle part le démontrer invinciblement. Toutefois ilfautreconnoître, dans plusieurs de nos sectaires , un secret penchant vers les erreurs dont nous parlons ; car autrement l'on ne pourroit expliquer les soupçons des réformés rigides , soupçons que la suite a d'ailleurs suffisamment justifiés. Et pourquoi , dans leur symbole, trouverions -nous de si longs discours sur la nature divine , s'ils n'eussent eu à sauver des intérêts particuliers ?
Quoiqu'il en soit , l'exégète Daniel Brenius , disciple immédiat d'Episcopius, enseigna déjà sur II. 26
la personne du Christ plusieurs erreurs des sociniens ', et plus tard nous voyons ces sortes de doctrines envahir de proche en proche toute la communion.
'Sand, Bibliolh. aniilrin. p. 135.
FIN DU TOMfi SECOND ET DERMEii.