CONDENSATIONS SIMULTANÉES DES CARBURES NAISSANTS
1. Nous avons exposé avec détails les méthodes par lesquelles on forme d'abord les premiers carbures avec leurs éléments, et par lesquelles on les combine directement, entre eux ou avec l'hydrogène : l'importance de ces méthodes justifie le développement donné à leur exposition. Mais ce ne sont pas les seules, et leur découverte avait môme été précédée par celles de méthodes plus compliquées , quoique non moins décisives dans leur application (1).
Par exemple le carbone du sulfure de carbone et l'hydrogène de Tacide sulfhydrique se combinent ensemble, lorsqu'on fait agir les deux gaz sur le cuivre chauffé. Ils développent ainsi le formène, par une réaction régulière :
Une partie de ce formène se condense d'ailleurs sous forme d'éthylène, dans Tacte de sa préparation.
3. Soient encore l'oxyde de carbone et l'eau ; ils forment par leur combinaison une première matière organique : l'acide formique. Or, en faisant réagir au sein de ce composé le carbone de Toxyde de carbone et l'hydrogène de l'eau, à Tétat naissant, ces deux éléments s'unissent et engendrent le formène. Ce gaz prend en effet naissance en grande quantité, dans la distillation sèche du formiate de baryte.
4 €HBaô2 = GE* + 2 €0^ Ba + «O^.
Mais le formène ainsi engendré éprouve les mômes condensations que le formène libre soumis à la température rouge
[\) Berthelot. Afin, de Chimie et de Physique, 3« série, t. LUI, p. C9; 1858.
(y. p 225) ; c'est-à-dire qu'une portion de ce gaz se transfcrme en éthylène, €^ H* :
en propylène, G^ H®, et en carbures encore plus condensés. Les mômes condensations simultanées, et plus marquées encore, s'observent dans les conditions de la préparation du formène, c'est-à-dire dans la distillation de Tacétate de soude, composé qui est d'ailleurs un dérivé régulier de l'éthylène. En effet, dans cette distillation, surtout si Ton opère brusquement, une portion notable du formène se condense en éthylène, G^ H*, propylène, G^ H«, butylène, G* H», amylène, G' H*®, etc. : en somme plusieurs molécules de formène, condensées avec perte d'hydrogène, fournissent la suite des carbures,
n(€H^-H2)=-€nHK
On voit par là comment la méthode des condensations simultanées et opérées à l'état naissant fournit synthétiquement toute la série des carbures éthyléniques, série à laquelle se rattachent tant de corps en chimie organique.
Ce qui a donné tout d'abord à ces expériences difficiles leur pleine certitude, c'est qu'elles ont été réalisées en partant de matières purement minérales, toujours identiques à elles-mêmes, quelle qu'en soit l'origine : en partant de Teau et du carbonate de baryte par exemple. On a évité avec la plus grand soin l'intervention de tout produit, même simple, qui eût été tiré originairement des êtres organisés. Enfin on a cherché à donner aux résultats une démonstration complète, en isolant tous les carbures d'hydrogène en nature et à rétat de liberté, puis en leur faisant subir des métamorphoses, dirigées de façon à les engager dans des combinaisons cristallisées (1).
(1) Ann, de Chimie et Physique, 3« série, t. LUI, p. 69; 1858.
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CSOMBINAISONS SUCCESSIVES DES GARBURES d'hYDROOÈNE NAISSANTS.
Les carbures d'hydrogène libres peuvent être unis directement, nousTavons vu, sous Tinfluence de la chaleur. Mais ce résultat ne peut être obtenu qu'avec certains carbures et spécialement avec les carbures incomplets : les carbures Raturés, d'une façon absolue ou même relative, n'ont guères été combinés directement les uns avec les autres. Cependant la synthèse pyrogénée du diphényle, au moyen de la
benzine,
montre la possibilité de cet ordre de synthèses.
On réussit mieux en prenant les deux corps à l'état naissant.
C'est ainsi que M. Wurtz a combiné 2 à 2 les carbures forméniques, en faisant agir le sodium sur le mélange de leurs éthen iodhydriques (1). MM. Fittig et ToUens ont préparé synthétiquement par cette voie le toluène et les autres carbures qui résultent de l'union de la benzine avec les carbures forméniques (2). L'emploi du zincéthyle et des corps chlorés, bromes , iodés a permis depuis de réaliser beaucoup de réactions analogues, généralement moins nettes. On peut encore obtenir les deux carbures naissants et les faire réagir, en opérant l'électrolyse simultanée de deux sels organiques (3); ou bien encore la distillation sèche de ces deux sels mélangés (4), ce qui est un nouveau mode de la synthèse pyrogénée des carbures.
(1) Annale» de Chimie et de Physique^ 3' série, t. XLIY, p. 275;
(2) Annalen der Chemie und Pharmacie, t. LXXXI, p. 303; 1864.
(3) Wurtz, loco citato.
(4) Berthelot, Annales de Chimie et de Physique, 4« série^ t. XII, p. 86; 1867.
Nous avons retracé le tableau des méthodes par lesquelles la synthèse des carbures d'hydrogène peut être accomplie. Ces méthodes soat générales et elles permettent de former tous les carbures, à partir des éléments : elles établissent donc le lien définitif entre la chimie organique et la chimie minérale, Tune et l'autre procédant des mêmes principes de mécanique moléculaire.
Insistons davantage sur le caractère des nouvelles méthodes, par opposition avec les anciens procédés.
Jusqu'à ces dernières années les carbures d'hydrogène ont toujours été formés par la destruction des combinaisons organiques. Par le fait de cette destruction, opérée en général sous l'influence de la chaleur, les éléments de la combinaison se partagent en deux portions inégales : une portion de son carbone et de son hydrogène se brûle complètement aux. dépens de son oxygène, tandis que T autre portion de ses éléments se sépare, sous forme de principes plus combustibles que ne Tétait la matière primitive. Ces principes sont généralement plus simples, non-seulement par leur composition, mais encore par le nombre d'équivalents de carbone que leur formule renferme. Dès lors, le procédé qui préside à leur formation, tel qu'on l'avait envisagé à l'origine, est purement analytique. Il ne permet pas de franchir le premier pas de la synthèse et de former de toutes pièces les carbures d'hydrogène; car il présuppose Texistence des combinaisons du carbone avec 1 hydrogène, con]l)inaisons qu'il s'agit précisément de réaliser.
C'est ce qu'il est facile d'établir, en rappelant comment la nature manifeste les carbures d'hydrogène et par quels procédés les chimistes les ont longtemps préparés.
Le gaz des marais ou hydn ;^:<'ne protocarboné, G B*^