Destination de l'homme, trad., p
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préparent la synthèse; que le temps soit l'instrument, que l'histoire exprime le progrès de la Volonté : voilà qui n'est
point spinoziste, à coup sûr. « À mon œil se dévoile la forme
de l'univers transfiguré. La masse sans vie et pesante, qui remplit le vide de l’espace, a disparu; et à sa place roule ses ondes et mugit le fleuve éternel de la vie, de la force, de l'action, de la vie incréée, de ta vie, Ô infini! Car toute vie est ta vie: et seul, l'œil religieux pénètre dans le royaume de ta beauté véritable: tout vit, tout a une âme, tout me regarde avec l'œil brillant de l'esprit et parle à mon cœur le langage de l'esprit... Ta vie, autant qu'un être fini peut la saisir, n'est qu'un vouloir qui se développe ct se manifeste absolument par lui-même : celte vie, en prenant pour l'œil mortel les formes variées du monde sensible, coule à travers mon être pour se répandre ensuite dans l'infinité de la nature entière. Dépouillé de ses enveloppes matérielles, l'univers brille à mes yeux complètement intellectualisé. Je le vois de plus marchant au perfectionnement en ligne droite à travers l'éternité !. » — Admirable enthousiasme, et vues neuves aussi. Tout l'Étre est dans les individus; l'absolu n'est rien — pas plus que la nature — si on les supprime : l'absolu, c'est l'idéal qui tend à se réaliser en eux. Vues neuves, mais, à vrai dire, flottantes. Le moi absolu qui, au point de départ du système, semblait ètre l'idéal unique d'essence, la fin
morale, qui dans chaque individu domine et dirige le moi
empirique, n'est-il pas devenu un Idéal unique primitif, qui ne se divise que pour se connaître et pour se retrouver dans une unité consciente? — Et voici que renaît le dogmatisme : il va se préciser et s'enhardir.
1. La Destination de l'homme, trad. Barchou de Penhoen, pp. 351-360; cf. Nolen, La Crit. de Kant et la métaph. de Leibnilz, pp. 409-420. Voir p. 332 : « … Nous vivons au sein de la volonté éternelle; nous sommes sous Sa main. I] n’est au pouvoir de qui que ce soit de nous en arracher. Nous sommes immortels, parce qu’elle-même est immortelle. Volonté éternelle! Volonté sublime! tu n’as de noms dignes de toi dans aucun langage humain. Aucune intelligence ne saurait te concevoir dans ton immensité. Mais aucune barrière n’est entre nous, aucun abime ne nous sépare. Ma voix va se perdre en toi, et la tienne ne cesse de résonner au fond de mon cœur. »
Avec Fichte, le xvin® siècle est dépassé déjà : pourtant la philosophie de Kant est loin d’avoir épuisé encore toute sa richesse. — Si, avant de la suivre au delà, on jette un coup d'œil sur le travail accompli en ce siècle par la Pensée collective, on constate, — d’abord que l’empirisme s’y est réfuté luimême par l'absurde avec Hume; ensuite que, pour échapper au scepticisme, la philosophie a pris trois positions différentes : avec les Encyclopédistes, elle est revenue au matérialisme, mais elle n’a pu rester dans le matérialisme pur et elle y a mèlé des éléments subjectifs; elle a pénétré dans les profondeurs du moi, elle en a découvert les virtualités, elle s’y est le plus possible enfermée avec Reïd, Condillac, Rousseau, Kant; mais le moi est une enceinte trop étroite et, par une tendance invincible, elle en est sortie : avec les idéalistes allemands surtout, d'après le moi elle se met à construire le monde.
Toute méthode d'exposition historique doit naiître des faits mêmes qu'on expose. Il était possible jusqu'ici de distinguer trois pensées, dans une seule, qui, jusqu’à un certain point, suivaient leur cours isolément durant d'assez longues périodes. Si ces pensées unissaient leur effort, c'était beaucoup plutôt en se répondant l’une à l’autre, ou en se complétant l'une l’autre, qu’en développant ensemble, et chacune à sa façon, un fond commun d'idées. « Désormais, disait Mme de Slaël au début du xix° siècle, il faut avoir l'esprit européen. » Or, à mesure qu'on avance dans le siècle actuel, on voit davantage l’œuvre collective s'accomplir par des efforts simultanés. La collaboration est harmonie désormais plus encore que succession. L'unité de pensée devient plus manifeste, et cette pensée une se développe dans un rythme rapide, en phases distinctes.