‹ La Synthèse Des Connaissances Et L'HistoireChapitre 105 sur 277 · PREMIÈRE PHASE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PHASE

Sur la pente où Fichte l’a poussée, la philosophie allemande ne s’arrêtera plus avant d'avoir atteint les conséquences extrèmes du dogmatisme idéaliste. Dans cette méditation intrépide où s’enfonce l'élite de toute une race, où se complaît son génie, c’est Hegel qui ira jusqu’au bout. Schelling est intermédiaire entre Hegel et Fichte — à considérer du moins une partie de son œuvre : il n'y a guère de philosophes, en effet, dont la pensée ait plus que la sienne évolué, et il n’est ni possible ni nécessaire ici d'entrer dans le détail de ces transformations.

L'absolu, c’est le moi. Mais cet absolu, comment est-il mot, s'il n’y a de moi qu'avec la limite d’un non-moi '? Et comment encore perd-il son unité? Fichte n’a-t-il pas renoncé à s'expliquer sur le choc que reçoit le moi du non-moi, c'est-àdire le moi de lui-même ?? Schelling reprochait à Fichte avec raison, sinon avec clarté, d’avoir fait de l'absolu un « subjectif sujet-objet ». Il lui reprochait aussi, et Hegel avec lui, en expliquant le monde et l’histoire par la réalisation de l'ordre moral, d’avoir réduit à rien la nature et de n'avoir pas fait comprendre le divers, le particulier des choses. La nature, selon Fichte, « objet sans vérité, aussi contraire par essence à la beauté qu’à la raison, ne mérite que d’être anéanlie® ». — L'univers ne peut pas être la création du moi empirique: mais il ne peut l'être non plus d’un moi absolu. Il faut done qu'il y ait un absolu supérieur au moi COMME

1. « Qu'étais-je, demandera-t-on, avant que je vinsse à avoir conscience de

moi-même? La réponse est toute naturelle : je n’étais pas: car je n'étais pas

moi. Le moi n’est qu'autant qu’il à conscience de lui-même. » Doctrine de la science, L, 1, Éclaircissement.

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