‹ La Synthèse Des Connaissances Et L'HistoireChapitre 117 sur 277 · Picavet, op. cit., pp · texte numérisé non relu

Picavet, op. cit., pp

3. Cabanis, Rappor!s….; Picavet, op. cit., pp. 236-237. Pour Destutt de Tracy, voir Picavet, op. cif., p. 393.

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Broussais, qui se rattache à la même école, et qui vit dans une propriété plus exclusivement physiologique que la sensibilité, dans l’irritabilité, l'origine de loutes les manifestations non seulement de la vie, mais de la pensée, inclinait, lui, au matérialisme. Pourtant son principal ouvrage — De l'irritation et de la folie (1828) — était destiné à combattre les velléités de dogmatisme : « Introduits dans le sentier de l'observation par Les idées de Descartes sur la méthode et par les conseils de Bacon, éclairés sur la nature de l’instrument qui sert pour cet objet par les travaux de Locke et de Condillae, les Français procédaient à l'agrandissement de toutes les connaissances, physique, chimie, histoire naturelle... ; le tour de la médecine était arrivé avec Haller, Chaussier, Pinel, Bichat. Nous observions tous de concert, nous profitions des avis de Condillac pour perfectionner notre langage scientifique »; grâce surtout à Destult de Tracy et à Cabanis, « la physiologie et la médecine dictaient des lois à l'idéologie et semblaient éloigner pour jamais la possibilité de linvasion de notre science par les systèmes éphémères des écoles philosophiques! » : c’est alors précisément, dit Broussais, que l'Allemagne et l'Écosse infiltrèrent dans notre pensée leurs systèmes pour la corrompre.

A la vérité, spontanément, dans l'idéologie même une orientation nouvelle s'était produite. — Destutt de Tracy, en s’attachant à l'étude de la motililé, avait critiqué Condillac et attribué l’origine de notre connaissance du monde extérieur aux faits corrélatifs d’une action voulue et sentie et d'une résistance éprouvée ? : mais, pour lui, c’est en vertu d’une illusion que « l'homme se croit plus essentiellement actif dans le vouloir que dans toute autre modification de

1. Voir Picavet, op. cit., pp. 450-451, Ferraz, Histoire de la philosophie en France aw XIX° siècle, Socialisme, Naturalisme et Posilivisme, p. 281.

2. « La faculté de faire du mouvement et d’en avoir la conscience nous apprend, seule, qu’il existe ce que nous appelons des corps, et elle nous l’apprend par la résistance que ces corps opposent à nos mouvements... La

motilité est donc le seul lien entre notre moi et l'univers sensible. » Mémoire sur la facullé de penser, p. 302.

son être ‘ ». — Laromiguière et de Gérando, dès le début du siècle, sans rompre avec Condillac et sa méthode d'analyse, et tout en continuant à voir dans la sensation la condition première de l’activité de l'esprit, distinguent de l’état passif, — où les modifications sont subies, — l’état actif — où les modifications sont aperçues. De Gérando, en outre, a eu, en écrivant son Histoire comparée des systèmes philosophiques ?, un très grand et double mérite : ila contribué, pour une large part, à faire connaître des philosophes anciens et modernes que les successeurs de Condillac ou ignoraient ou jugeaient à la légère — en particulier Kant et son école *; et il a cherché à classer et à concilier les systèmes contradictoires. Au point de vue de l’origine, de la certitude et de l’objet de nos connaissances, il distingue le sensualisme ou empirisme et le rationalisme, le scepticisme et le dogmatisme, le matérialisme et l’idéalisme; et il lui semble que le scepticisme, s'il naît naturellement de la succession et de l'opposition de l’empirisme et du ralionalisme, du matérialisme et de l'idéalisme, ne saurait être définitif, qu'il y a une posture intermédiaire entre les extrêmes et une philosophie neutre, ou plutôt supérieure, qui trouve partout son profit. — Mais le philosophe qui, sorti de l'idéologie, s’en est le plus et le plus consciemment écarté, qui a poussé à bout la réaction commencée par Condillac contre les conséquences scepliques de l’empirisme de Locke, qui a vraiment inauguré une philosophie nouvelle, — d’abord par le développement spontané de sa propre pensée, puis en s’aidant, pour fortifier la sienne,

1. Mémoire…., p. 366; voir Naville, [ntrod. aux Œuvres inéd. de Maine de Biran, p. xxur.

2. 1° édit., en 3 vol., 1804; 2° édit., augmentée, 1822-1841.

3. Pourtant M. Picavet a prouvé d’une façon évidente que le mouvement philosophique d'Allemagne a été connu en France mieux et plustôt qu’on ne le dit généralement. Voir Trad. de la Critique de la Raison pratique, Introduction. Cf. Joyau, Rev. phil. de juillet 1893 : De l'introduction en France de la phil. de Kant. M. Joyau cite des passages du Magasin encyclopédique ou Journal des Sciences, des Lettres et des Arts, publié de 1195 à 1818. Dès 1196, un article signé Keïl analyse la Critique de la Raison pure et les Prolégomènes.

de la connaissance d’autres pensées, — c'est Maine de

Biran.

« Si je lis passivement, a-t-il dit, je ne puis rien retenir. Si je lis quelque chose qui mette en jeu mes facultés méditatives, mes méditations et mes idées propres se croisent souvent avec celles de l’auteur, en sorte que je tire très peu de profit de mes lectures sous le rapport de la mémoire. Je n'y cherche guère que des occasions et des excitants pour penser moi-même ‘. » Et, en effet, lorsqu'il connut quelque peu les philosophies modernes et contemporaines, — certaines, grâce surtout à l’Histoire comparée des systèmes de de Gérando ?, — il chercha à les amener, pour ainsi dire, à lui, à les concilier dans sa philosophie personnelle. Mais jamais il ne cessa de suivre la voie droite de sa méditation : « Dès

l'enfance, dit-il, je me souviens que je m'étonnais de me

sentir exister; j'étais déjà porté, comme par instinct, à me regarder au dedans, pour savoir comment je pouvais vivre et être moi * ». « Je suis un être, a-t-il déclaré, ondoyant, divers et sans consistance ‘ » : mais comme, avec la sensibilité maladive, il avait un esprit méditatif, cette mobilité même l'a rendu plus attentif au sujet immobile du changement. « Je voudrais, si jamais je pouvais entreprendre quelque chose de suivi, rechercher jusqu'à quel point l’âme est active. », écrivait-il de bonne heure dans son Journal”; et encore : « Il serait bien à désirer qu'un homme, habitué à s’observer, analysât la volonté comme Condillac a analysé l'entendement £ ». Occupé beaucoup de lui, « comme le font ordinairement les gens cacochymes et solitaires ? », il devint

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