‹ La Synthèse Des Connaissances Et L'HistoireChapitre 132 sur 277 · Rapports, p · texte numérisé non relu

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être le seul reproche fondé qu'on puisse faire aux divers systèmes qui se partagent le champ de la philosophie..…, ce n’est pas de différer l'un de l’autre : il faut bien, en effet, qu'ils diffèrent, comme les divers points de vue sous lesquels chacun d'eux considère cette nature humaine si variée elle-même... Mais le tort réel de chaque système, c’est de ne pas se donner pour ce qu'il est, savoir pour un aspect particulier de notre nature intellectuelle et morale, ou de se prendre lui-même

pour ce qu'il n’est pas, savoir comme un système universel,

exclusif de tout autre... »

L'influence de Maine de Biran pendant sa vie s'exerça par les relations et la conversation ‘ aulant peut-être que par les rares écrits qu'il publia, et, après sa mort, elle s'accrut par l'intermédiaire de Victor Cousin. Il avait, en un sens, créé la psychologie, et il avait facilité la conciliation des philosophies en découvrant comme un point central ?. Mais sur certaines questions il devait paraitre incomplet à ses amis ou à ses admirateurs, et lui-même, au surplus, dans une dernière phase de sa vie, il ne se contentait plus. — Il s'était placé en quelque sorte à la jonction du moral et du physique, c’est-àdire du sujet et de l’objet : il n'avait pas résolu l'opposition du sujet et de l'objet *. Sans doute, ceux qui acceptent cette

4. Voir dans la Vie par Naville et dans les Pensces des renseignements sur la « société philosophique » ou « métaphysique » : Royer-Collard, les Cuvier, de Gérando, Thurot, Ampère, Guizot, Durivau, Maurice, Christian, — Cousin.

2. Il avait, d’ailleurs, lui-même subi quelque peu l'influence de l’éclectisme qu’il avait contribué à faire naître. Voir l’Introd. de Naville, pp. CLX Sqq: = Jai tenu à insister, plus qu’on ne le fait d'ordinaire, sur cette idée de Maine

de Biran qu’à la fin « doivent se réunir les points de vue des diverses doc-

trines ».

3. « Les essais vains et téméraires faits par divers métaphysiciens, soit pour expliquer l'union mystérieuse du sujet et de l’objet de toute représentation, soit pour ramener les deux éléments de la dualité primitive à Vunité

* absolue de principe spirituel ou matériel, ont dû tenir en garde les meilleurs

esprits ou les prévenir contre toute tentative de ce genre, et leur faire sentir le danger des explications d'un fait vraiment inexplicable, par cela seul qu'il est primitif et fondamental. » Essai, Introd. générale, p. 50. Les métaphysiciens qui, dans l'impossibilité absolue de lier immédiatement Pun à l’autre le sujet et l’objet, imaginent des causes occasionnelles, une har-

dualité sans l’analyser, sans la réduire à ses termes les plus simples, s’exagèrent notre impuissance; mais tout rappel des deux éléments à l'unité est absurde et implique contradiction’.

Or nous affirmons invinciblement que tout dans la nature a, comme notre moi, une réalité substantielle : « Nous le savons (certissima scientiaet clamante conscientia) par l’autorité seule de cette facullé première d'induction, qui nous commande la croyance des causes, des substances extérieures, d'une manière aussi impérieuse, aussi irrésistible, que le fait primitif de sens intime nous atteste notre propre existence ou, ce qui revient au même, notre causalité ? ». Pour expliquer l’ensemble et l'unité des choses, lorsqu'il en éprouva le besoin, il semble donc que Maine de Biran aurait dû être conduit à une sorte de panthéisme dualiste. «La cause des existences, objet propre de la raison, ne peut être conçue par elle que comme nécessaire, une, absolue, éternelle et

immuable, car c'est cela mème qui constitue l'objet de la.

raison, Toutes les vérités nécessaires que notre esprit trouve telles, et qu'il ne fait pas, ont le caractère essentiel d'éternité. et d'immutabilité; elles étaient avant que l'esprit les conçüût; elles sont les mêmes alors qu'il cesse de les apercevoir; elles seraient encore quand aucune intelligence finie, faite comme la nôtre, ne les comprendrait: Comment et où pourraient-elles donc subsister, s’il n'y avait pas un être infini, immuable, en qui seul elles subsistent comme les attributs dans leur sujet, en qui seul elles peuvent toujours et parfaitement être entendues *? » Mais le panthéisme répugnait à Maine de Biran: il avait toujours eu un vif sentiment de la personnalité du moi,

monie préétablie, ôtent ainsi la causalité efficiente aux deux mondes el « nient les fondements réels de cet en vertu l'un de l'autre sous lesquels notre esprit les unit toujours nécessairement et malgré lui-même ». Rapports, p. 219.

1. Essai, p. 52; cf. p. 171. Cf. dans les Rapports, p. 227, note sur la tentative vaine des « unilaires, soit spiritualistes, soit matérialistes ».

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