Aug. Thierry est disciple de Saint-Simon
5. De 1830 à 1851, il y eut un important mouvement socialiste dont Paris
Saint-Simon sert de transition entre le xvm° siècle et les idéologues, d’une part, Auguste Comte, de l’autre. Dans le fouillis de ses idées, on démêle au moins ceci : que tout doit devenir science, y compris la connaissance de l’homme comme individu et en société ‘; que l'étude de l’histoire fait ressortir la loi du progrès; que la société doit être réorganisée en fonction de la science complète; que ce sont les artisans du progrès qui doivent être à la tête de la société; et qu'il y a une religion nouvelle à formuler qui réponde à la conception nouvelle de la vie et de la société. Il fit donc un effort — qui continuait des tentatives antérieures, par exemple le culte de la Raison et de l'Être suprême — pour prolonger, non seulement la science en philosophie, mais la philosophie en religion, pour dégager du savoir positif une morale et une théologie « terrestres ». Ce fut d'abord la « religion de Newton »; cela devint le « nouveau Christianisme », et, avec ses disciples, la « Réhabilitation de la chair ». Tandis qu'en général la philosophie, au xvu et au xvin* siècle, avec Descartes, Bacon et leurs disciples, se séparait de la religion, on voit donc se rattacher à la philosophie une religion renouvelée. Et il est remarquable qu'ici encore, malgré leurs préoccu-. pations positives, les saint-simoniens se rencontrent avec les idéalistes allemands *.
fut le centre, Paris « l'étoile conductrice des peuples » (Herzen). « Nous étions arrivés à croire fermement que nous assistions aux derniers jours de la vieille civilisation et que le règne de l'égalité allait commencer. Bien peu résistaient au milieu surchauffé de Paris; généralement, deux mois de boulevard suffisaient à transformer un libéral en socialiste », a dit Bakounine à B. Malon (Lundis socialistes, Revue socialiste, juin 1892). Voir Saisset, Les Écoles philosophiques en France depuis la révol. de février, 1, École sensualiste, Revue des Deux Mondes, 15 août 1850. — Dans la littérature, entre le lyrisme égoiste des romantiques et l’objectivisme des réalistes, il y eut une période humanitaire, socialiste (seconde manière de G. Sand, par ex.).
1. La philosophie se compose de deux sciences : l’astronomie et la physiologie. Le « physicisme » explique tout. « Les sciences particulières sont les éléments de la science générale à laquelle on.donne le nom de philosophie; ainsi la philosophie a eu nécessairement et aura toujours le même caractère que les sciences particulières. » Mémoire introduclif.…, cité par Ferraz, op. cit., p. 16.
2. Ils ont quelques affinités aussi avec l’école théocratique.
L'homme qui répond le mieux à ce développement des sciences, à ce désir de tout ramener à la science, qui opposa d'une façon précise et frappante à la conception métaphysique la conception positive des choses, c’est Auguste Comte, le fondateur du positivisme'. — Quelque richesse de détails que présente son œuvre, les idées générales qui l’inspirent tout entière et qu'il faut recueillir ici sont peu nombreuses, nettement posées, d’ailleurs, — et c’est un des caractères de la doctrine.
Comte prétendait mettre fin à « l'anarchie intellectuelle » et, du même coup, à la crise politique et morale qui en dérive; pourtant, en un sens, il ne se donnait pas pour un novateur. Il ne faisait que couronner un long effort : il complétait « la vaste opération intellectuelle commencée par Bacon, par Descartes et par Galilée? »; il n’ignorait pas l’analogie de la philosophie positive avec ce que les savants anglais entendent, depuis Newton surtout, par philosophie naturelle’. Mais la philosophie naturelle, c’est « l'ensemble des diverses sciences d'observation, considérées jusque dans leurs spécialités les plus détaillées », et elle ne comprend point, au surplus, « tous les ordres de phénomènes » *. La philosophie positive est, en tant que philosophie, « un système général des conceptions humaines », et, en tant que positive, une « coordination des faits observés » sans doute, mais des faits les plus généraux, c’est-à-dire des lois. Selon la pratique prudente des sciences qui en fournissent les matériaux, elle considère comme « absolument inaccessible et vide de sens » la recherche des causes premières ou finales; mais elle a pour caractère fondamental « de regarder tous les phénomènes comme assujetlis
4. En rapport dès 1818 avec Saint-Simon, c’est en 1824 qu’il se sépare de lui : les six volumes du Cours de philosophie positive parurent de 1830 à 1842 (1830, 35, 38, 39, 41, 42). x
2, Aïe leçon (cf. t. VI du Cours, p. 301); dans les Principes de phil. posilive, p. 138 (1868).