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Supplément au Il° Livre, chap. xvur (t. III, p

volonté, dit-il à dessein, et non la force. « Jusqu'ici on a fait rentrer le concept de volonté sous le concept de force; c'est tout le contraire que je vais faire et je considère toute force de la nature comme une volonté... Ramenons le concept de force au concept de volonté : c'est en réalité ramener un inconnu à quelque chose d’infiniment plus connu, que dis-je? à la seule chose que nous connaissions immédiatement et absolument; c’est élargir considérablement notre connaissance. Si nous faisons rentrer, au contraire, .… le concept de volonté sous le concept de force, nous nous dépouillons de

l'unique connaissance immédiate que nous ayons de l'essence’

même du monde, en la noyant dans un concept abstrait tiré de l’expérience, et qui, par conséquent, ne nous permettra jamais de la dépasser !. » — Si Schopenhauer modifie le dynamisme leibnitien à la façon de Maine de Biran, il se distingue de Maine de Biran en ce qu'il objective la volonté avec plus de décision métaphysique. D'autre part, tout en expliquant la réalité dernière par l’essence du sujet, il semble que Schopenhauer cherche à dépouiller cette essence des caractères qu’elle revêt en l’homme, mieux que ne font les philosophes de la Liberté et de l'Amour.

Au mérite d’avoir, plus nettement peut-être qu'aucun de ses prédécesseurs, subordonné le moi pensant au moi voulant et vu le principe de l'être dans le fond du moi, il joint le mérite d'avoir, plus nettement peut-être aussi qu'aucun d'eux, opposé la métaphysique immanente à la transcendante : pour mieux dire, ce point de vue que les matérialistes allemands appelaient moniste, Schopenhauer l’introduit dans un système qui n'est ni matérialiste ni idéaliste, mais qui procède de l'école idéaliste par sa méthode. Ce panthéisme des idéalistes — qui déjà avec Hegel était en train

1. IP liv., $ 22 (t. I, pp. 115-116). « On avait depuis les temps les plus reculés proclamé l’homme un microcosme. J'ai renversé la proposilion et montré dans le monde un macranthrope, puisque volonté et représentation épuisent l'essence de l’un comme de l’autre... » Supplément, Épiphilosophie (t. ILE, p. 454). ;

de disparaître, puisque l'Idée, réelle dans la nature, consciente dans l’homme, semblait n'être que par abstraction quelque chose d’antérieur et d'extérieur au monde — ne maintient de lui-même que la conception de l'unité des choses : « La doctrine de l'& xx} ri, C'est-à-dire de l'unité et de l'identité absolue de l'essence intime de toutes choses, après avoir élé enseignée en détail par les Éléates, Scot Érigène, Jordano Bruno et Spinoza, et renouvelée par Spinoza, était déjà comprise et reconnue de.mon temps... Si j'ai de commun avec les panthéistes cet &y xx} räv, je ne partage pas leur 7% Des; car je ne dépasse pas l'expérience prise au sens le plus large, et je veux encore moins me mettre en contradiction avec les données existantes... Leur Dieu est un X,une grandeur inconnue; la volonté est au contraire de toutes les choses possibles la mieux connue de nous, la seule à nous immédiatement donnée, et par suite la seule propre à expliquer toutes les autres... Je pars de l'expérience et de la con-

science de soi naturelle, donnée à chacun, pour arriver à la

volonté, mon seul élément métaphysique : je suis ainsi une marche montante et analytique. Les panthéistes, au contraire, prennent, à l’inverse de moi, la voie descendante et synthétique, ils partent de leur Dieu, que, deux fois sous le nom de substantia ou d'absolu, ils obtiennent de nous par leurs instances ou nous imposent, et c’est cet être entièrement inconnu qui doit expliquer par la suile tout ce qui est connu ‘... » « La philosophie est essentiellement la science du monde : son problème, c’est le monde : c’est au monde seul qu'elle a affaire : elle laisse les dieux en paix, mais elle attend, en retour, que les dieux ja laissent en paix *. » — Schopenhauer supprime Dieu et tient la religion pour une métaphysique populaire; les positivistes orthodoxes suppriment Dieu et veulent fonder une religion nouvelle. Ceux-ci sont les croyants du progrès, celui-là est l'apôtre de la négation

1. Supplément, Épiphilosophie (t. IIT, pp. 454 sqq). 2. Supplément, chap. xvir (L. LI, p. 322, fin).

du vouloir-vivre ‘ : mais ils ont en commun, mieux formulés chez ce dernier, le dynamisme et l'immanence. La conception d’un Dieu était indispensable pour rétablir l’unité dans une philosophie dualiste : dans une philosophie dynamiste, l'unité est assurée du dedans.

Ce problème, il est vrai, subsiste dans l'unité de substance d'expliquer la pluralité des êtres. — Schopenhauer ne se refuse pas à avouer qu'il y a des problèmes, — « l’existence, la nature et l'origine du monde », — où sa philosophie vient échouer, mais aussi, selon lui, toute philosophie ?. Comment la Volonté en soi est-elle descendue, s’est-elle morcelée dans le monde des phénomènes? Il n’y a pas de réponse à cette question : là où cesse le phénomène, là aussi cesse la connaissance.

Herbart, dont la philosophie s’oppose à celle de Schopenhauer et par la méthode et par les principales conclusions, s'accorde pourtant avec celui-ci sur quelques points imporftants.

Philosopher, pour lui, c’est raisonner sur les idées générales qui conditionnent l'expérience, les sciences positives. Ainsi c'est dans le monde de l'expérience que la spéculation trouve sa matière : mais l'expérience manifeste une réalité, et la philosophie, en considérant les idées générales d’étendue, de durée, de matière, de mouvement, d'inhérence, de causalité, de moi, en cherchant à résoudre les contradictions auxquelles elles donnent naissance, fait disparaître du même coup les contradictions qui nous empêchaient de définir l'être. Herbart relève de Kant, mais il veut éviter le scepticisme,

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