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sans tomber dans l'idéalisme des successeurs de Kant; il se dégage des antinomies kantiennes, mais par le raisonnement, tandis que Schopenhauer y échappe plutôt par la psychologie. — Il aboutit, au rebours de celui-ci, à expliquer la réalité par une pluralité de Réels inétendus, d'absolues Unités. Ces sub- Stances sont immuables, car changement, développement, c'est pluralité intérieure! : ce qui se modifie, ce sont leurs relations. Dans ces relations — d'ailleurs plus ou moins contradictoires — des unités absolues, soumises à un mécanisme qui se soude à une téléologie et à un théisme, — d’ailleurs plus ou moins hétérogènes au Système, — se produisent les représentations et, avec elles, les apparences du monde phénoménal. L'unité de chaque Unité se manifeste dans la conscience comme un effort pour se conserver, et cette tendance à la conservation se spécifie dans la variété des états de conscience; mais l'âme n’est pas primitivement une force consciente : « elle le devient par le fait de certaines circonstances ; en outre, les représentations prises en elles-mêmes ne sont pas des forces, mais elles le deviennent par suite de leur opposition réciproque ? ». Schopenhauer avait repris de Leibnitz l'appetitus des monades sans le monadisme; Herbart s'approprie Je monadisme sans l'appelitus. Schopenhauer renonce d’ailleurs à connaître l'Un dans son fond ultime, comme Herbart renonce à connaître la qualité des multiples unités : ici la Volonté est encore quelque chose de phénoménal; là, c'est dans les relations réciproques des Æéalités qu'apparaît l’activité par laquelle l'être se conserve.
Avec une certaine dose de sceplicisme, ce que Herbart et Schopenhauer ont surtout en commun, — et par là précisément, une fois l’heure venue, leur œuvre à tous deux devait
1. « L’être est une position absolue; son concept exclut toute négation et
toute relation. » « L’âme est une substance simple, non seulement sans parlies, mais sans pluralité queïconque dans sa qualité. » Voir Ribot, La Psy-
* chologie allem. conlemp., p. 2.
2. La Psychologie comme science, cité par Ribot, ibid., p. 9, note; cf. Lange, op. cit., t. LI, p. 400. Voir Mauxion, la Métaphysique de Herbart el la Crilique de Kant.
agir, — c’est le respect, au moins théorique, de l'expérience,
c'est la culture scientifique. On trouve chez l’un la trace de
ses études physiologiques, chez l’autre celle d'un grand savoir mathématique. Celui-là n’a-t-il pas mis à profit et loué magnifiquement Cabanis et Bichat? Celui-ci n'a-t-il pas voulu fonder la psychologie comme science exacte !?
Tandis que le matérialisme et l’idéalisme se rapprochaient l’un de l’autre, que le dogmatisme subsistait, mais en se limitant lui-même, la pensée éclectique et la pensée positiviste ou criticiste poursuivaient et leur effort conscient de conciliation.et leur action sceptique.
Les philosophes qui, par leur origine, étaient le moins préparés à tenir compte de la science, proclamaient la nécessité de s’en assimiler les résultats : ce n’est pas seulement en mettant à profit la connaissance de l’histoire, mais en renonçant à s'isoler des sciences positives, que l’école éclectique, avec cerlains de ses représentants, voulait justifier son nom. Elle concevait que la philosophie progressat sans cesse, et — pour que la philosophie pût progresser — elle recommandait sur les points les plus controversés une réserve patiente : après tout, n'y avait-il même pas une sorte de doute provisoire à maintenir plus ou moins le dualisme contre les tentations et les tentatives du monisme? Il ne fallait plus « estimer trop aisée la solution des grandes questions », accepter « sans les contrôler sérieusement des démonstrations vraiment insuffisantes ? ». « Pourquoi vouloir, déclarait-on, sur toutes choses et à propos de tout, dire le
1. Voir sur ce point et sur l'influence de Herbart, Ribot, op. cit. 2. Caro, l’Idée de Dieu et ses nouveaux critiques (1864).
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dernier mot? (La philosophie) ne parle pas au nom d'une vérité absolue une fois trouvée; elle cherche, elle tâtonne, elle propose, elle n’impose rien : elle doit donc se développer progressivement, et, comme toutes les sciencés, ajouter sans
cesse de nouvelles lumières à celles qu’elle possède déjà :
elle se perd en s’immobilisant!. »
Des combinaisons de philosophie et de science ?, des efforts pour fonder la science et justifier la foi du savant en son œuvre, pour ne pas dépasser la science mais imiter l’abstention du savant sur ce qui n'est point l'objet immédiat de sa recherche : voilà, en dehors de l’école éclectique, ce qu’on trouve chez un grand nombre de philosophes qui, sans se ressembler entre eux, sont tous éclectiques, eux aussi, de quelque façon. — I] faudrait rappeler ici Herbert Spencer, positiviste, on l'a vu, et dogmatique tout à la fois, ou plutôt qui n'est vraiment ni l’un ni l’autre, et dont la philosophie par là même est un curieux document: il faudrait rappeler Lotze, naturaliste et médecin, mais aussi métaphysicien, en qui s’associent ou luttent deux éléments divers *, 1l faut nommer Taine, Renan, Cournot.
« Aujourd’hui le scepticisme est usé, la pleine destruction ennuie », disait Taine dans les Plilosophes classiques“. En reprenant le « sentier ouvert par Condillac — et les idéologues —, rouvert par James Mill et ses successeurs anglais », Taine s’est attaché à la psychologie — comme science des phénomènes de l'esprit. Nous ne connaissons que des séries d'événements, des états intérieurs isolés, tous passagers: etilne faut pas dire qu'il y a derrière les phénomènes des forces, des substances connaissables; il ne faut même pas
1. Janet, [a Crise philosophique (1865). M. Janet est le philosophe peut-être qui a exprimé le plus souvent et avec le plus de force l’idée de l’éclectisme. Voir,en particulier, les Problèmes du XIX°: siècle.
2. Même dans l’école théologique on fait un effort pour s’assimiler les sciences : Abbé Bautain, Père Gratry….