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siologique, et cherche à découvrir le concomitant nerveux des états psychiques; elle devient physique et mathématique, et essaye de préciser des faits numériquement ou de traduire des lois en chiffres: elle devient concrète enfin, et étudie le caractère des individus, des peuples et des races. Plus particulièrement descriptive et comparée en Angleterre, expérimentale et pathologique en France, mathématique en Allemagne, dans l'Europe entière et même hors d'Europe la psychologie scientifique a ses ouvriers, ses laboratoires, ses sociétés, ses enquêtes et ses congrès : elle a produit non seulement une quantité prodigieuse d’études partielles, mais déjà des traités complets ".
D'autre part, tandis que la Pensée s’ingénie à connaitre le détail, elle est travaillée toujours du besoin de comprendre l'univers; tandis qu’elle pousse aussi loin que possible l’analyse, elle souhaite, elle veut, elle tente la synthèse. Et ce ne : sont plus trois pays seulement qui cherchent et pensent à l'unisson : tous les peuples civilisés, à des degrés divers artisans de l’œuvre collective, ont — ou peu s’en faut — une commune conscience. -
Voici, d'ailleurs, les données générales d’après lesquelles s'accomplit l'effort de synthèse. — L'histoire de la philosophie tend à l’unité, et il faut approfondir l’histoire pour comprendre comment elle y tend. Ici encore le cycle est clos: ce qui a été un point de départ devient un point d'arrivée,
1. Maudsley, Sully, Wundt, Sergi, Ladd, James... — Voir Ribot, Psychologie anglaise conlemp., Psychologie allemande contemp., Leçon d'ouverture au Collège de France; Binel, la Psychologie expérimentale d'après les travaux du congrès de Londres, Rev. des Deux Mondes, 15 mars 1893, Introd. à la PSychologie expérimentale; Münsterberg, Ueber Aufyaben. und Methoden der Psychologie. Voir, dans la Revue philosophique, les notes du laboratoire de psychologie physiologique, et l'Année psychologique publiée depuis 1895 par MM. Beaunis et Binet. — Quiconque «se lient au courant », comme on dit, — dans les livres, les revues, les thèses françaises, les innombrables brochures allemandes, — doit constater, soit pour la psychologie, soit pour la philosophie en général, non seulement une activité remarquable, mais l’intéressant ellort d'analyse dont il est question dans cette page. Je ne cile point ici de noms : il en faudrait trop citer.
et l’application de la méthode historique a justifié l'emploi de la méthode historique‘. — L'unité du moi et du non-moi n'est point extérieure et transcendante; le non-moi est une réalité de même essence que le moi, mais ce n’est point l’idée püre, c’est-à-dire la représentation, qui peut constituer le fond du moi. Monisme dynamiste ou plutôt psychique, — on aboutit ou l’on tend à cette formule, — et monisme dans les deux sens du mot, par opposition à la fois à la transcendance et au dualisme, — Cependant le dogmatisme a tort aussi bien que le scepticisme; et il s’agit de concilier le scepticisme et le dogmatisme. Puisqu'il y a pluralité et changement manifestes dans l'unité et la durée évidentes, il faut, — car ainsi se présente le problème, — en rapprochant la science positive et la psychologie, l'expérience et la conscience, en les fécondant l'une par l’autre, trouver de la philosophie une expression nouvelle et définitive. Partis de la science ? ou venus de Ta philosophie, remaniant le kantisme, le positivisme, les dogmatismes divers, ou approfondissant les dogmatismes divers, les penseurs contemporains accepteraient, en général, pour
1. Dans un. grand nombre d'ouvrages apparaît, plus ou moins nette, cette idée que la philosophie progresse, que le travail philosophique actuel a une certaine unité, qu’une méthode définitive cherche à se constituer et s'ébauche. Voir, par exemple : Dubuc, Essai sur la méthode en métaphysique (Introd.); Evellin, Essai d’une méthode de la philosophie du réel (dans la Revue philosoplique); Weber, Hist. de la philosophie européenne; Fouillée, Histoire de la philosophie; Janet et Séailles, Les Problèmes et les Écoles; de Roberty, l’Ancienne el la Nouvelle Philosophie; Boirac, l’Idée de phénomène (voir Conclusion, p.333 en particulier); Naville, la Définition de la philosophie... Karl Grün, die Philosophie in der Gegenwart (1876); Eucken, Geschichte und Krilik der Grundbegriffe der Gegenwart (1878), Geschichte der philosophischen Terminologie (1819); W. von Reichenau, Die monisliche Philosophie von Spinoza bis auf unsere Tage (1881) : cet ouvrage est un mémoire couronné dans un concours proposé à Cologne en 1877, dont le programme était de montrer les progrès de la pensée monistique à travers la philosophie et la science; L. Noiré, die Entwickelung der abendländischen Philosophie bis zur Kritik der reinen Vernunft (Voir Vorwort et Einleilung) (1883); Ludwig Strumpell, Einleitung in die Philosophie vom Standpunkte der Geschichle der Philosophie (1886); Moritz Brasch, die Philosophie der Gegenwart (1888); Paulsen, Zinleitung in die lhilosophie (1892), ouvrage destiné à prouver que « die viele Jahrhunderte alte Arbeit des philosophischen Nachdenkens nicht vergeblich gewesen ist » : « Die Geschichte der Philosophie ist der Weg zur Wahrheit »; Külpe, Einleilung in die Philosophie (1895)...
2. CI. Bernard, Berthelot, Richet, Huxley, Du Bois-Reymond, Wundt : voir dans le 1° numéro de la Revue phil. un article de Wundt.
leurs œuvres cette épigraphe de la Philosophie de l'Inconscient : « Résultats spéculatifs obtenus par la méthode des sciences positives », ou mieux encore : Résultats spéculatifs enveloppant Les sciences positives *. |
Mais, à y regarder de près, tous ne procèdent pas de la même façon, et l'accord définitif n’est pas encore établi. Il y a toujours des philosophies, distinctes quoique convergentes.
1. Hartmann, Philosophie de l’Inconscient (1"° édit., 1869; trad. 1871); Lange, Hist. du matérialisme (2° édit., 4873; trad. 1817); Dühring, Cursus der Philosophie als wissenschaftliche Wellanschauung und Lebensgestaltung (1875), Kritische Geschichte der Philosophie (3° édit., 1818); Noiré, die Welt als Entwickelung des Geistes : Bausteine zu einer monistichen Wellanschauung (1874), Der monistiche Gedanke : eine Concordanz der Philosophie Schopenhauers, Darwins, Robert Mayers und Lazar Geigers (1816); Laas, Idealismus und Positivismus (1819-1884); Riehl, Der philosophische Krilicismus und seine Bedeutung für die positive Wissenschaft (1876-1887), Ueber wissenschaftl. und nichtwissenschaftl. Philosophie (1883) (« Denken wir uns die Wissenschaften
in ihrer Vollendung, so bleibt auch nicht der kleinste Raum, nicht der 4
geringste Aniass mehr für Construktion philosophischer Systeme: Das wahre System der Erkenntnisse ist die Gesammtheit der Wissenschaften selbst » (p. 7). Les systèmes, qui recherchent l'unité prématurément, sont « die Romane der Denker »); Eucken, die Einheit des Geisleslebens in Bewusstsein und That der Menschheit (1888); Wundt, Melaphysik (1889. Voir H. Lachelier, Rev. phil., mai et juin 1890); Paulsen, op. cit. (voir sur son monisme idéaliste Ruyssen, Rev. de Mét. el de Mor., mars 1894); Max Diez, Ueber den Unterschied von empirischer, mathematischer und philosophischer Erkenntniss (1893). — Liard, la Science positive et la Métaphysique; Rabier, Leçons de Philosophie; Evellin, Boirac, ops. cits.; de Roberty, la Philosophie du siècle; Guyau, Essai d'une morale.…., l'Irreligion de l'Avenir; Fouillée, l'Avenir de la métaphysique fondée sur l'expérience, l'Évolulionnisme des Idées-forces , Paulban, VActivité mentale. La Revue de Métaphysique el de Morale (1893) — dont le
titre était destiné à marquer une réaction contre la Revue Philosophique (1815), .
surtout consacrée aux travaux d'analyse, à la psychologie expérimentale — » . a montré un souci très vif de conclure, de tirer quelque chose du rappro-
chement des opinions diverses, d’évincer à la fois l’ancienne métaphysique et l’ancien empirisme. (Voir, par ex., juillet 1894, Brunschvicg et Halévy, l'Année philosophique 1893.)
Pour l'Angleterre, — où la spéculation prend volontiers un tour idéaliste, hégélien (Caird, Green, Bradley), — on pourrait cependant citer ici les noms de Clifford et de Shadworth Hodgson. — Il serait facile d’allonger cette liste — moins disparate de fait que d'apparence — avec des noms italiens (comme Ardigo), russes (comme Grot), ou américains (comme Ladd, Royce, Carus [the Monist]) : mais je préfère ne point parler d'ouvrages qui ne me sont guère connus que par des comptes rendus. — Remarquons, en terminant, qu’il s’est produit un mouvement néo-scolastique qui, — s’il est en dehors de l’évolution philosophique par son esprit général, — par certains des éléments qu’enferme la scolastique, grâce à Aristote, n’est pas tout à fait en contradiction avec la philosophie moderne (voir, dans la Rev. phil., les revues générales de Picavet). Un mélange intéressant de scolastique et de préoccupations, de tendances tout à fait actuelles se trouve dans les ouvrages de Fonsegrive.
d+ ut
On ne trouve plus du tout de sceptiques et plus de dogma-
tiques absolus : mais, pour fixer ce que sait et ce que peut
savoir l'humanité, les uns manquent de prudence, les autres manquent de hardiesse.
Cependant, parmi les efforts de la Pensée pour conclure, des idées se précisent encore dans le détail, qui aideront à la conclusion.
Il apparaît de mieux en mieux que dans l'idéal ‘, dans la croyance *, dans la moralité *, dans le sentiment cs — mots divers, mème jaillissement intime, — comme dans la volonté”, dans la vie ‘, dans l’action”, d’où tout cela procède, il y a quelque chose de révélateur et de foncier. — Mais aussi la question se pose si l'intelligence est vraiment secondaire, si — après qu elle apparut longtemps comme la faculté maîtresse et métaphysique — elle sera désormais subordonnée à la volonté, ou si elle doit être considérée comme égale en valeur et comme parallèle à celle-ci dans son développement. Le principe des choses pour Hartmann est Volonté et Idée : et ce qu'il critique de Schopenhauer par-dessus tout, c’est la volonté absolument vide. Pour Fouillée, tout est Zdée-force; tout est Volonté logique pour Wundt. Il est vrai que Wundt, d'abord, s’attacha surtout à montrer l’omniprésence du rai-
sonnement dans la vie psychique, pour élargir ensuite de