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Mémoire et cœnesthésie

LA PSYCHOLOGIE. 311 multiplicité une du moi. — Ainsi l’homme blanc, civilisé, adulte, ne dirait m”oi que par un accord de parties composantes. Il ne faudrait pas croire, avec Maine de Biran, que chacun trouve en soi-même moi et non-moi, mais bien que chacun sent en soi une pluralité harmonieuse, qu'il découvre en son unité une union. Le corps apparaît extérieur; et en même temps il reflète cette unité multiple de la réalité intérieure : à vrai dire, il est la limite du moi et du non-moi, la projection du connu sur Pinconnu.

Les phénomènes divers qui manifestent le moi intimement et qui affleurent, en quelque sorte, à l'intersection du moi et du non-moi, le psychologue essaye de les classer; et, dans leur multitude jaillissante, ils se sont laissé ranger sous les catégories très distinctes en apparence de la sensibilité, de l'intelligence et de la volonté. — Pourtant celte division — © exacte, commode et conforme à la psychologie spontanée du langage — provoque l'effort de l’analyste que gêne celte pluralité, réduite mais subsistante, dans l'unité du moi, et qui cherche s’il n’y a point de subordination à établir parmi ce qu'on appelle les facultés. — Certains ont fait de la sensibilité la faculté première d’où les autres dérivent : et les sensualistes n'ont pas eu un mince mérite, si la sensibilité est précisément la faculté pour le moi de s’éveiller au contact du non-moi. Mais pour que le moi s’éveille, il faut qu'il soit. Sans la sensibilité, il n’y a pas de conscience; avec la sensibilité seule, il n'y a pas conscience d’un moi : point d’être sensible, rien qu'une poussière éparse de sensations. « La conscience empirique, disait Kant, qui accompagne diverses représentations, est par elle-même éparpillée et sans relation avec l'identité du sujet. » — Dans l'intelligence, les intellectualistes ont vu ce quelque chose de foncier qui avait échappé aux sensualistes : la raison implique des principes permanents qui ordonnent les phénomènes et une unité d’où procèdent ces principes permanents. — Mais l'intelligence même est une activité, disent les « volontaristes »; et ils définissent

la psychologie « science de la volonté » ou encore de l« action »; et c'est de la force active du moi que leur semblent provenir toutes ses facultés : nos connaissances ne s'expliquent point par notre constitution intellectuelle; elles s'expliquent par notre constitution « comme êtres capables d’appétit et de volonté! ».

Mais, au fond, pas plus que de la représentation on ne peut tirer l'appétit, — en quoi les intellectualistes ont eu tort, — de l'appétit on ne peut tirer la représentation — ce qui fait hésiter les volontaristes; tandis que la sensation — en quoi les sensualistes ont vu juste — se dédouble en représentation — par suite en intelligence — et en émotion — par'suite en appétit et volonté : ce n’est pas sans raison que le langage

| Spontané a créé ce verbe ambigu, sentir. Mais il y a quelque chose dans l'intelligence et la volonté qui n’est pas dans la sensibilité — c’est pourquoi intellectualistes et volontaristes critiquent à bon droit les sensualistes. Et ce quelque chose, c'est l'Unité réelle qui fonde le moi : c’est elle qui meut l’intelligence, et c’est elle qui règle la volonté. L'intelligence et la volonté ne sont point nées l’une de l’autre, mais d’un long contact, d'un long commerce du moi et du non-moi. Le moi est Unité sentante, unité mitoyenne, en quelque sorte, au nonmoi : ce non-moi qu'il sent, il maintient contre lui son unité:

1. Dans la Psychologie des Idées-forces de M. Fouillée — qui est si intéressante et, quoiqu'’elle résume tout le travail des contemporains, si originale, parce qu’elle est, elle enfin, dynamique — il semble bien qu’il y ait quelque hésitation. Tantôt la volonté est l'origine radicale de notre structure intellectuelle :-« Sous le dualisme de la volonté et de l'intelligence, auquel s’est arrêté Schopenhauer, il faut chercher l'unité. Ce sera, selon. nous, rattacher la genèse des idées aux lois les plus fondamentales de la réalité que de l'expliquer par les lois mêmes du désir »; le déploiement de la volonté engendre la loi logique : Je veux, donc je suis. Tantôt on peut croire que l'intelligence et la volonté sont parallèles et indissolubles, : l'unité du penser et de lagir, c’est « la loi psychologique d'importance capitale que nous résumons par le terme idée-force ». Tantôt encore « tout fait de conscience est constitué par un processus à trois termes inséparables ::1° un discernement quelconque, qui fait que l'être sent ses changements d'état et qui est ainsi lè germe de la sensation et de l'intelligence; 2° un bien-être, un malaise quelconque, aussi sourd qu’on voudra, mais qui fait que l'être n’est pas indifférent à son changement; 3° une réaction quelconque, qui est le germe de la préférence et du choix, c’est-à-dire de l’appétition ».

et le seul moyen de la maintenir, c’est de l'étendre, c’est de la communiquer — diversement — à tout ce qui l'attaque et la trouble. Unité unifiante, tel apparaît, en définitive, le moi, tel se manifeste-t-il par rapport au non-moi!.

L'analyse psychologique aboutit et aboutira de plus en plus à dégager le moi essentiel de tout le contenu mixte, de toutes les formations secondaires que la conscience réfléchie découvre en elle : elle atteint le moi à peu près comme la paléontologie retrouve des êtres disparus dans l’empreinte qu'ils ont laissée. Au surplus, ce témoignage que le moi se porte à lui de lui-même en la conscience spontanée subsiste, on ne saurait trop y insister, tandis que s’exerce la réflexion. Ce moi qui analyse, par le sentiment qu'il a de lui-même, donne donc comme une adhésion sourde aux résultats de l’analyse à laquelle il se livre et dans laquelle tout ensemble il se fuit et il se cherche, il s'éloigne et se rapproche de ce qu'il ne saurait quitter. Étrange chose que la conscience, et comme en termes étranges on en peut parler *! :

1. Ii n’est pas nécessaire ici de développer la genèse du moi qui apparaît tout formé à l'analyste. On peut cependant la résumer dans ce schème :

Unité sentante sentiment ” sensation TE En e 1 TT, émotion : plaisir, douleur connaissance : représentation Ce ST LS TS \ égoïsme (Protection) industrie

amour beaux-arts;

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