‹ La Synthèse Des Connaissances Et L'HistoireChapitre 200 sur 277 · ROUE EM AA ET TERENRENS · texte numérisé non relu

ROUE EM AA ET TERENRENS

illuminé : « sa méditation est une prière », ses découvertes sont des révélations; au plus profond de son être, il atteint le monde divin, il voit agir Dieu. « C’est parce que Dieu s'engendre en l’homme que l’homme peut connaître la génération divine. Quoi d'étonnant si sa connaissance de Dieu est surtout une connaissance de nous-mêmes? » L'opposition du moi et du non-moi par laquelle le moi se connaît, l’assimilation du non-moi par le moi sont analysées et exprimées dans les ouvrages mystiques en termes où la vérité psychologique est simplement transposée. L'unité, dans cette méditation profonde, pour se laisser apercevoir, doit encore s’apparaître agissante; et cette activité, dans le repos illusoire de l’extase, s’apparait comme étrangère !.

En somme, il est juste de dire avec les empiristes que le moi n'est donné à lui-même, n’existe pour lui que dans une succession de phénomènes. Il est juste de dire avec les criticistes que l’unité n’est connue du moi que comme loi imposée aux phénomènes et qui les relie. Et il est juste de dire avec les psychologues — qui ont le mieux compris, qui ont approfondi et restreint tout ensemble la donnée ultime de la conscience — que la loi ici est une réalité. Cette réalité, nous ne la connaissons pas, — au sens habituel du mot, — parce que nous la sommes; mais sous cette loi que nous connaissons, nous sentons la réalité que nous sommes : la réalité fonde ainsi la loi, tandis que la loi exprime la réalité.

1. Voir Boutroux, {e Philosophe allemand Jacob Boehme, notamment pp. 8, 16, 36. — « À prendre les choses sans préjugé d’admiration ni de mépris, l'étude du mysticisme nous ferait voir en lui un agrandissement de la psychologie. » Secrétan, Phil. de la Liberté, leçon N, p- 91.

Nous savons ce qu'est le moi : quant au non-moi, nous savons quil est, non ce qu'il est. Nous voulons le mieux connaître, et à ce désir répond la Science.

Or, on a le droit de soutenir & priori cette proposition : l'objet ne peut être connu que s’il ressemble à quelque degré au sujet. Pour être de toute évidence, il n’y a pas lieu de s'étonner qu'une telle vérité apparaisse tardivement; mais il faut répéter ce qui a été dit précédemment à propos du moi : en raison même de son évidence, celte vérité doit tardivement apparaître. — Par contre, si on y réfléchit, comment ne pas en convenir ‘ ? Le non-moi n’est intelligible au moi, n'existe pour le moi que dans la mesure où il peut se ramener à lui. Le fait seul qu’il y a un non-moi — qu'il y à un rapport entre le moi et un je ne sais quoi dont le contact précisément éveille le moi — implique qu'il y a, jusqu’à un certain point, analogie entre cela même qui s'oppose au moi et le moi qui se pose par cette opposition. Pour qu'il y ait différence, il faut qu’il y ait comparaison, et il n’y a point comparaison sans quelque ressemblance. |

En fait, ce qui est ici raisonnement — et ce qui n’est formulé que tardivement par la réflexion — apparait originellement comme intuition à la conscience. — Certes il y avait bien de l'illusion dans la théorie écossaise du monde extérieur : mais l'âme de vérité que renfermait cette théorie, cest que le monde extérieur est, en mème temps que donné, déterminé jusqu’à un certain point dans la conscience par cela seul qu’il y est donné. — La science, — tout comme la

1. « … De ce qui n’est en rien connu, il n’est possible de rien déterminer ni dire, pas même qu'il existe; car encore faudrait-il un peu concevoir ce que c’ést que cet i! dont on parle et qu'on dit exister. » Renouvier, Logique, I, 43.

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mythologie, — c'est une application spontanée de la psychologie au non-moi; c'est une hypothèse, et une hypothèse nécessaire; une hypothèse qui réussit, et une hypothèse qui doit réussir. |

Pour bien des savants, — comme pour certains philosophes, — le progrès consiste, dans les sciences objectives, à avoir éliminé toute conception anthropomorphique. — L'homme primitif, le sauvage mettent dans l'arbre et dans la source, dans le nuage et dans le vent, dans la lumière et dans l'orage, de la vie, de l'être semblable au leur. L’anthropomorphisme est si naturel à l’homme qu'il y a chez les enfants une période mythique qui rappelle la phase mythique de l'humanité *.

« Nous voyons que l'enfant, même longtemps après qu'il a commencé à se servir des mots, témoigne d’une forte tendance à considérer tous les objets animés ou inanimés comme des éjects?. Il nous suffira de faire remarquer que la tendance n’est point complètement oblitérée mème quand la faculté du langage a été pleinement acquise et, avec elle, une connaissance générale de la distinction entre les objets, en tant qu'animés et inanimés. M. Sully, par exemple, cite un cas de ce genre, quand il rappelle cette phrase d'une petite fille de cinq ans : « Maman, je crois vraiment que ce cerceau doit être vivant, il est si intelligent, il va partout où je veux qu'il aille® ».. » Les métaphysiciens eux-mêmes jusqu'ici ont, très diversement mais presque tous, animé la nature d’une façon plus ou moins vague : el la science a été longtemps pénétrée de métaphysique‘. — Maintenant commence à régner la A «Il y a dans lintelligence une tendance spontanée à s’expliquer tous les cas de causation en les assimilant aux actes intentionnels d'agents volontaires semblables à l’homme. C’est là la psychologie instinctive de l'esprit humain dans sa première phase... » Stuart Mill, Logique, t. I, p. 398.

9, Il projette sa vie à lui au dehors.

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