‹ La Synthèse Des Connaissances Et L'HistoireChapitre 199 sur 277 · Voir Binet, Altérations de la personnalité, p · texte numérisé non relu

Voir Binet, Altérations de la personnalité, p

3. Pierre Janet, État mental des hystériques, t. X,-p. 155. « … Il ne suffit pas qu’une sensation isolée, simple, soit produite dans esprit pour qu’elle soit par cela même appréciée par le sujet. Il faut pour la conscience complète d’une sensation qui s'exprime par le « je sens », qu’une nouvelle opération s'ajoute à la première, il faut qu’une sorte de synthèse réunisse les

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— Nul mieux que M. Paulhan n’a fait ressortir le caractère primordial de lesprit et prouvé l'insuffisance de l'associationnisme anglais; il arrive expérimentalement, par induction, à établir avec beaucoup de force que l’activité mentale est synthétique : l'esprit est une « synthèse active »; et toute la vie de l'esprit résulte du groupement d'éléments . divers en verlu de lois fondamentales — association et inhibition systématiques — qui expriment elles-mêmes l’efficace profonde de l'esprit. Plus on étudie, en effet, mème du dehors et mème dans ses troubles, la ve mentale, — plus on fait de « physiologie » ou de « dynamique » au lieu de statique et d'anatomie simples, — plus dans cette vie mentale un principe ultime se révèle manifestement.

Si ce n’était pas courir le risque d’allonger démesurément ce chapitre, sur certains points s’exposer à manquer d’autorités suffisantes, mais surtout empiéter quelque peu sur des développements ultérieurs, — on pourrait peut-être montrer que la psychologie des caractères individuels et collectifs — éthologie des Anglais et Vülkerpsychologie des Allemands — aboutit à classer les modes principaux d'action du non-moi sur le moi et les degrés divers de la réaction synthétique; que la psychologie infantile ou encore la psychologie historique — qui, au lieu de l'esprit individuel, étudie l'esprit humain dans son évolution — ne font que suivre les progrès de cette unité unifiante primordiale. On pourrait montrer enfin que les produits de l’activité individuelle et collective portent tous de façon plus ou moins manifeste la marque de cette nature foncière*.

Et, par exemple, — il ne manque pas de logiciens pour sensations produites et les rattache à la masse des idées antérieures qui constitue la personnalité. Eh bien, il doit en être de même pour les images : .. il faut que la perception personnelle les saisisse et les rattache aux autres souvenirs, aux sensations nettes ou confuses, extérieures ou intérieures, dont l’ensemble constitue notre personnalité. » L'amnésie hystérique, conférence faite à la Salpétrière, mars 1892. Cf. le « je pense » de Kant, tout formel. 4. On pourrait employer pour cet ensemble de recherches le mot de psy-

chologie concrète, s'il n’y avait pas quelque vague et de l’ambiguïté dans cette expression très compréhensive.

l'avoir constaté, — cette science de la logique, qui a pour but de conduire la pensée dans la recherche de la vérité, ne fait autre chose que traduire en règles la démarche naturelle de l'esprit. La psychologie même la plus humble enveloppe une

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logique; la logique implique une psychologie. M. Romanes, :

dans un livre assez récent sur l’Evolution mentale chez l'homme, distingue dans la vie psychique, au-dessous des concepts et de l’idéation conceptuelle à laquelle est liée la parole, les recepts qui ont leur logique indéniable. « Tous les processus mentaux de nature adaptative sont en dernière analyse des processus de classification; ils consistent à discerner les ressemblances et les différences. Un acte de simple perception est un acte qui consiste à remarquer les ressemblances et les différences entre les objets de cette perception, et pareillement un acte de conception est l’acte de prendre ensemble ou d’'intentionnellement mettre ensemble des idées qui sont reconnues être analogues. Par suite l’abstraction opère l’abstraction des qualités analogues; la raison est la ratiocination, ou la comparaison des raisons; et ainsi les opérations les plus élevées de la pensée, comme les actes les plus simples de la perception, travaillent au groupement ou à la coordination des ressemblances, préalablement distinguées des différences 1. » « La logique de toute idéation est la même », parce qu'elle résulte toujours, avec plus ou moins de conscience et de complication, d’une synthèse opérée : or la Logique, comme science, formule abstraitement et applique méthodiquement ce vivant procédé de synthèse.

Que l'on considère les systèmes philosophiques, non dans leur matière, mais dans leur forme, dans ce caractère commun à tous qui est précisément de constituer un système des choses : on voit aussitôt que la question, que le besoin auquel ils répondent traduit de la façon la plus frappante celte unité qui est au cœur du moi. Une psychologie des

philosophes — telle que cette psychologie des écrivains et des artistes qui s’ébauche depuis quelque temps — expliquerait par ce puissant ressort interne la naissance et la croissance des diverses philosophies. Et si l’on embrasse tous les systèmes, ou toute une période de la philosophie comme expression de la pensée collective, — ainsi du reste que nous avons plus haut essayé de le faire, — que voit-on, sinon une unité qui s'affirme dès l’abord, qui cherche ensuite par un travail logique à se confirmer, et dont le progrès, sinon définitif, au moins décisif, est précisément dans la conscience des progrès accomplis par un effort spontané, des progrès à accomplir et dés moyens par lesquels ils s’accompliront.

Les œuvres des mystiques sont un curieux témoignage psychologique, elles aussi. On peut dire qu’il y a deux mouvements dans le mysticisme, — qui ne se manifestent pas toujours avec une égale netteté en chacun de ses représentants : remonter des phénomènes à l'unité, redescendre de l'unité aux phénomènes — mais toujours s'établir au sein même de l'unité unifiante. Dans la voie montante, il arrive — comme on l’a vu précédemment — que le moi atteigne un degré de « simplification » où il ne se reconnait même plus, où rien ne peut plus être conçu ni exprimé. Mais alors il semble s'être dépassé lui-même ! : et si, par le jeu constructif de la pensée, se déroule en lui un système complet des choses, le mystique déclare contempler en action une Unité supérieure. — Jacob Bochme se croit

1. « Siddhârtha sous le figuier sacré à Bôdhimanda s’élève par une méditation profonde jusqu’au quatrième degré de l’extase : au premier degré il s’affranchit du péché et distingue la véritable nature des choses; au deuxième, ayant mis de côté le raisonnement et le jugement, sa nature devient une et son intelligence s’absorbe dans la pensée du Nirvana; au troisième, le plaisir même de cette absorption disparaît et il tombe dans l'indifférence, ne gardant que la mémoire et la conscience; au quatrième, le raisonnement, le bien-être, la mémoire, la conscience, tout s’efface; il perd jusqu’au sentiment de son indifférence; il atteint l’impassibilité voisine du Nirvana. Mais alors l’explication de la destinée humaine se déroule à lui : il est Bouddha. » Voir Histoire du Bouddha Sakya-Mouni, par Mme Mary Summer avec préface par Foucaux, chap. v. Cf. les degrés de l’extase chez les Alexandrins et les mystiques du moyen âge.

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