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I. LA CONNAISSANCE MATHÉMATIQUE

Î. La Mathématique pure. — Et d'abord, qu'est-ce donc que la connaissance mathématique? — Il est indispensable, pour répondre à cette question, de reprendre quelques considérations antérieures, et de les développer.

Nous connaissons par la conscience une réalité qui apparait ensuite à la réflexion. Cette unité réelle du moi, que diversilie le non-moi, se maintient parmi les phénomènes multiples, successifs et coexistants : d’où la mémoire et la cœænesthésie. Il y a une continuité inhérente à la réalité une qu'est le moi, qui se traduit dans le vouloir en un besoin de durée et d'intégrité, dans ce que Maine de Biran appelle « le sens interne et immédiat de la vie ». « Il faut faire attention

1. 11 m'arrivera de supprimer le mot connaissance et de dire : l'Empirique, l’Historique, quand je considérerai moins le procédé pour connaître que la science en acte. J'ai cru pouvoir employer ces termes : Historique, Empirique, à l'instar de Mathématique. On verra, je pense, qu’ils m’étaient nécessaires, et qu’ils n’ont pas le même sens qu'Histoire ou Science expérimentale.

à cette sorte de fendance instinctive qu'a tout étre vivant et sentant à persévérer dans son étre, tel qu'il est actuellement constitué et modifié, indépendamment de toute comparaison, de tout exercice de l'imagination et de la pensée. Alors mème que, par l’exercice de ces facultés.…, nous nous trouvons le plus malheureux et appelons la mort par une sorte d'invocation théâtrale, notre instinct nous fait encore tenir fortement à l'existence telle qu’elle est, et nous fait trouver un plaisir réel à y persévérer. Nous craignons plus de mourir que nous ne désirons de vivre. Si nous nous consultons bien et que nous soyons de bonne foi avec nous-mêmes, nous conviendrons que, hors certains cas extrêmes, où nous sommes hors de notre instinct, il n’y a guère d'état où l’on préfère l’anéantissement à l'existence parce que le sentiment immédiat de la vie, dont nous souhaitons la prolongation, subsiste malgré les affections ou images accidentelles, qui semblent l’absorber et constituent notre état malheureux !. » — Or, dans l'intelligence cette continuité inhérente à la réalité une du moi se manifeste par le principe d'identité et par les concepts d'espace et de {emps. ,

Ce qui est est, où — d’une façon plus objective — une chose est ce qu'elle est, ou — d’une façon plus générale — A est À : c’est l'expression abstraite et formelle d’une nécessité de pensée qu'explique et fonde l'essence même de la réalité pensante *. « Je pense, donc j’existe. — La conscience est la seule forme de l’âme. — Le moi se pose lui-même. — A = À : autant d'identités qui prouvent combien sont vains les efforts qu'on peut faire pour concevoir quelque chose

4. Journal, p. 173; 12 avril 1815, — « Le bonheur de vivre est constitutionnel.... De même que les mouvements nécessaires à la vie, ceux du cœur et de la respiration, sont indépendants de la volonté humaine, de même au fond de la constitution de l’homme, il existe un pouvoir plus fort pour assurer la continuation de la vie que tout pouvoir venant de la réflexion ou d’un effort de volonté. » Maudsley, Pathologie de l'Esprit.

2. Ce qui est demeure ce qu’il est — telle me semble être la valeur réelle de ce principe. C’en est une application, en quelque sorte, phénoménique

que de dire : une chose ne peut être en même temps elle-même et autre chose, ne peut souffrir de contradiction intrinsèque.

d’absolu et hors du fait primitif », dit encore Maine de Biran‘. Cette règle logique, en traduisant une loi: réelle du moi, l’applique à tout ce qui est pensé?. Voilà qui ne souffre guère de discussion.

Le temps et l’espace, d'autre part, si on considère leur rôle en la pensée *, ne sont autre chose qu'une application aux phénomènes objectifs du continu de la mémoire et de la cœnesthésie. Le temps et l’espace constituent avec le multiple successif et le multiple coexistant, pour qu'ils soient pensés, une trame — qui est, en quelque sorte, l'extension du moi — diversifiée comme la conscience. Le corps, qui est l'expression objective de l'unité multiple du moi, de la mémoire et de la cœænesthésie, est en même temps comme le centre à partir duquel rayonnent l’espace et le temps : . il exprime le moi et il s’insère dans le temps et l’espace. Au-dessus et au-dessous, à droite et à gauche, devant et derrière *, avant et après — tout cela n'existe que par le rapport du moi et du non-moi : l’espace et le temps toutefois sont essentiellement l’étoffe du moi, pour ainsi dire, déployée hors du moi pour porter les phénomènes. — Le principe d'identité, l'espace et le temps sont les créations primordiales, les plus pures, de l’anthropomorphisme inévitable.

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