Milhaud, i6id., p
Au reste, s’il se trouve des savants pour douter de la mathématique, c’est là, somme toute, un doute hyperbolique et verbal sous lequel subsiste la conviction pratique, le postulat instinctif. La science poursuit ses progrès, promue par ceux-là même qui doutent dé sa portée : et ce n'est pas seulement une fois devenue mathématique, lorsqu'elle est purement empirique, la science a pour fondement de ses progrès le sentiment de cet être un qui est l'essence du moi. L'Empirique, d’un certain point de vue, est une mathématique imparfaile.
2, L'Empirique et le point de vue mathématique. — « Le sacrificateur, dit le panthéisme hindou, étant devenu air, devient fumée: étant devenu fumée, il devient brouillard , étant devenu brouillard, il devient nuage et tombe en pluie; puis il revient dans la vie comme blé, comme riz, comme herbe, comme arbre, comme sésame et comme millet'. »
Pour le penseur de l'Inde tout change, mais em même temps tout demeure : et il cherche, en s’absorbant dans l’être qui subsiste, à oublier le phénomène qui passe. Le physicien, au contraire, dans le sens large du mot, le savant moderne, s'attache au phénomène et peut sembler n'avoir affaire à rien d'autre : en réalité, pour lui aussi, tout demeure en même temps que tout change, et cette science du phénomène est une science, déguisée, de l'être.
Commençons ici à préciser l’objet et les principes de l'Empirique. Le physicien étudie les phénomènes, disonsnous : autrement dit, et plus exactement, il étudie des rapports. Claude Bernard, dans plusieurs passages — qui ne sont pas les plus connus — de sa précieuse Introduction, a insisté sur ce point avec beaucoup de force. « Un phénomène naturel n'étant que l'expression de rapports ou de relations, il faut au moins deux corps pour le manifester. De sorte qu'il y aura toujours à considérer : 1° un corps qui