‹ La Synthèse Des Connaissances Et L'HistoireChapitre 22 sur 277 · Baïllet, Sorbière, Saumaise, Ménage · texte numérisé non relu

Baïllet, Sorbière, Saumaise, Ménage

3. Descartes n'aime pas à aborder les difficultés qu’on lui propose sur l'infini et sur les attributs de Dieu en général; de même pour l’Incarnation, la Trinité, l'Eucharistie, l’immortalité de l’âme, l'enfer. Voir Principes, HE, 25, 26 (Incarnation, Trinité, Infini : « … nous ne ferons point difficulté de les croire, encore que nous ne les entendions peut-être pas bien clairement... Nous ne nous embarrasserons jamais dans les disputes de l'infini...) ; lettre 47 À. M. (édition originale, x du t. Il) : (« Pour le mystère de la Trinité, je juge avec Saint Thomas qu’il est purement de la foi et ne se peut connaitre par la lumière naturellé »); lettre 138 A. M. (éd. orig., 1v du t. Il) (Eucharistie : « … je craindrais d’être accusé de témérité si j’osais déterminer quelque chose là-dessus », dit-il à Arnauld qui insiste sur un point après avoir eu sur un autre point des explications dans les Réponses aux 1V°* objections); Réponses aux 11° objections, À. M., p. 118-2(immortalité de l’âme); cf. lettre 100

sur lesquelles il a maintenu obstinément le droit de, dis-

cuter ‘. |

L'existence de Dieu et l’immortalité de l'âme, dit-il, sont des vérités dont les fidèles sont convaincus par la grâce; mais les infidèles et les impies peuvent être convaincus par raison naturelle : et cela est fort heureux, car « quoiqu'il soit absolument vrai qu’il faut croire qu'il ÿ à un Dieu, parce : qu'il est ainsi enseigné dans les Saintes Écritures, et d'autre part qu'il faut croire les Saintes Écritures parce qu'elles viennent de Dieu ? », ceux qui n’ont point la grâce pourraient voir là un cercle vicieux. Philosophe, il a donc mis tout ce qui relève de la grâce pure à la fois hors du doute et de la philosophie, pour ne traiter que ce qui relève à ses yeux de la raison naturelle et de la grâce tout ensemble : et il l’a fait beaucoup moins, quoi qu'il en ait dit, dans l'intérêt des infi-

A. M. (éd. orig.,1x du t. I); lettre 20 A. M. (éd. orig., ex du t. I) (Enfer : « … Pour la question an Dei bonilati sit conveniens homines in ælernum damnare, cela est de théologie; c’est pourquoi absolument vous me permettrez de n’én rien dire... Les quatrième, cinquième, sixième, huitième, neuvième et dernier point de votre lettre sont tous de théologie, c’est pourquoi je m'en lairai, s’il vous plait »); ef. lettres 55 (éd. orig., Xvr du t. I) et 134 (cxxiv du t. IT), et Réponses aux VIS objections, A. M., pp. 221, 222, 296.

1. « … Dans la Sainte Écriture même, les hommes sont souvent invités de tâcher à s’acquérir. la connaissance de Dieu par raison naturelle; et celui-là aussi ne fait pas mal, qui pour la même fin ôte pour un temps de son esprit toute la connaissance qu’il peut avoir de la Divinité. » Lettre 75 A. M. (éd. orig., x du t. 11). « … Moi je dis qu’on peut connaitre par la raison naturelle que Dieu existe, mais je ne dis pas pour cela que cette connaissance naturelle mérite de soi, et sans la grâce, la gloire surnaturelle que nous attendons dans le ciel : car au contraire il est évident que cette gloire étant surnaturelle, il faut des forces plus que naturelles pour la mériter. Et je n’ai rien dit touchant la connaissance de Dieu que tous les théologiens ne disent aussi; mais il faut remarquer que ce qui se connaît par raison naturelle.… peut bien servir à préparer les infidèles à recevoir la foi, mais non pas suffire pour leur faire gagner le ciel; car pour cela il faut croire en J.-C. et aux autres choses révélées, ce qui dépend de la grâce. » Lettre 63 A. M. (éd. orig., x du t. I). Voir la Lettre à messieurs les Doyens et Docteurs de la Sacrée Faculté de Théologie de Paris, en tête des Méditations ; Réponses aux IIS objections, A. M., p. 116 ; Lettres 2 (éd. orig., erv du t. Il) (« Pour votre question de théologie, encore qu’elle passe la capacité de mon esprit, elle ne me semble pas toutefois hors de ma profession, pour ce qu’elle ne touche pas à ce qui dépend de la révélation, ce que je nomme proprement théologie; mais elle est plutôt métaphysique, et se doit examiner par la raison humaine... ») et 111 (éd. orig., xxxv du t. I).

2, Lettre à messieurs les Doyens et Docteurs...

dèles et des impies que dans celui de sa philosophie même. Mais quand, après avoir feint de tout détruire par le doute, il prétendit tout reconstruire, parmi les fondements du savoir, à la base de la raison, il en trouva qui du doute ne surgissaient à nouveau que par la force peut-être de la tradition. Il ne les avait pas mis sincèrement à l'épreuve ‘. Il ne l'avait pas fait, et il ne le pouvait faire. Sa foi condamnait son doute à n’être qu’un semblant pour tout ce qui était commun à la révélation et à sa philosophie.

D'ailleurs, une fois son besoin de certitude satisfait et, pour ainsi dire, la caution de la science obtenue, Descartes s’est renfermé, autant que la polémique le lui a permis, dans la science. Si c'était le lieu de le démontrer, on pourrait faire voir que son système tendait à se développer en sens contraire de la tradition théologique. C’est la méthode qui lui donna sa « morale provisoire »; c’est la science qui devait lui donner la morale définitive : malgré la révélation, c'est à sa raison qu'il demanda une règle de vie. Et, s’il hésita à la formuler, il ne faut pas croire pour cela qu’il fut peu soucieux de la morale : son premier souci, au contraire, comme

de l’auteur de l’'Éthique et de tous les cartésiens, était de la fonder. Mais il avait peur, plus ou moins consciemment, que la contradiction n’éclatât : « Il est vrai que j'ai coutume de refuser d'écrire mes pensées touchant la morale, et cela pour deux. raisons : l’une, qu'il n’y a point de matière d'où les malins puissent plus aisément tirer des prétextes pour calomnier…., l’autre, que je crois qu'il n'appartient qu'aux souverains, ou à ceux qui sont autorisés par eux, de se mêler de régler les mœurs des autres ? ». Spinoza n'est-il pas, pour modifier le mot connu, un Descartes qui ose davantage? 1. L'idée de Dieu et l’idée d'âme reparaissent sans avoir été vraiment ne tiquées. L'idée de Dieu ne disparaît même pas dans le doute, puisqu'il s sert — avec la fiction d’un malin génie — pour créer le doute erboltanss ni l’idée d’âme, puisque « la chair, le sang », le corps supprimé par hypothèse, la pensée peus subsister d’où tout va “sortir: mais j'aurai à revenir

là-dessus.

2. Lettre 129 A. M. (éd. orig., x du t. di. « Je vous dirai en confidence

Tandis que pour les grands scolastiques la raison, ou se confond avec la foi', ou ne peut que la servir et l’aider*?, les philosophes les plus hardis avaient, depuis le moyen âge, soutenu très souvent ce qu'on a appelé la doctrine de la «double vérité ». Ils distinguaient le domaine de la foi et le domaine de la raison; il pouvait arriver que ce qui était vérité ici apparût là comme erreur : mais les droits n'étaient pas égaux el, quand la théologie protestait, la philosophie, plus ou moins sincèrement, devait renier sa vérité. Or, quoi qu'il puisse sembler d'abord, la raison, sans pousser jusqu’au bout, s’enhardissait pourtant encore avec Descartes. Selon lui, il ne pouvait y avoir entre la raison et la foi de démêlés, parce que, pour une part, leurs domaines étaient entièrement distincts, et que, pour l’autre, ils se confondaient entiërement. Tout l'essentiel de la révélation, bien que, le croyant révélé, ilne fût pas libre de le rejeter, il voulut néanmoins — tant était vive sa foi en la raison — et il crut pouvoir le retrouver par la raison seule, comme s’il en avait réellement douté*. Ses successeurs allèrent plus loin.

Locke a protesté, lui aussi, de son respect pour la révélation chrétienne et, lui aussi, il semble avoir été sincère. Lui

que la notion telle quelle de la physique que j'ai tâché d'acquérir m’a grandement servi pour établir des fondements certains en la morale... » Lettre 111 (éd. orig., xxxin du t. I). « Messieurs les régents sont si animés contre moi à cause des innocents Principes de physique qu'ils ont vus, et si en colère de ce qu’ils n’y trouvent aucun prétexte pour me calomnier, que si je traitais après cela de la morale, ils ne me laisseraient aucun repos... » Voir la suite. Lettre 112 (éd. orig., xxxiv du t. I).

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