‹ La Synthèse Des Connaissances Et L'HistoireChapitre 227 sur 277 · Voir, par exemple, la Définition de la vie, p · texte numérisé non relu

Voir, par exemple, la Définition de la vie, p

2. Perrier, les Colonies animales, chap. u. Voir Coutagne, art. cit.

3. M. Charles Richet résume ainsi une longue étude sur la Défense de l'organisme (Revue scient., 1894) : « L’être vivant subit toutes les impressions et il résiste à toutes; il se renouvelle toujours et il est toujours le même ». — On sait que pour Weissmann (théorie de la continuité du plasma germinatif) et pour quelques physiologistes, les monorganismes unicellulaires sont virtuellement immortels. La mort des individus est sans doute la condition même d’une immortalité progressive (voir sur ces questions Sabatier, Essai sur la vie et là mort; Delbœuf, {a Matière brule et la malitre vivante).

4. Huxley, Sur la base physique de la vie, dans les Sciences nat. et les problèmes qu’elles font surgir.

produit une quantité d’eau égale au poids total des deux gaz, «11 n’y a pas la moindre parité entre les puissances passives et actives de l’eau et celles de Phydrogène et de l'oxygène qui lui ont donné naissance. A 0° et au-dessous, l'oxygène et

l'hydrogène sont des corps gazeux élastiques. ; à cette tem-

pérature, l’eau est un solide résistant dont les particules tendent à adhérer et à se grouper en formes géométriques définies. » — Or dans cette hiérarchie des choses, où un certain nombre d’analogies se laissent observer aux divers étages, — en sorte que pour tel naturaliste la différence de l'organique et de l'inorganique est « celle d’une matière à vie lente et sourde et celle d’une matière à vie plus rapide et plus éclatante * », — le mouvement, à tous les étages, joue pour l’explication physique un rôle de plus en plus considérable. On sait comment la constitution des corps simples elle-même, sir W. Thomson — mettant à profit les travaux de Helmholtz sur les mouvements {ourbillonnants dans les liquides — a

proposé et essayé de l'expliquer par ses atomes-tourbillons.

« Cette propriété de rotation peut être la base de tout ce qui frappe nos sens comme de la matière ?. » Dès lors la multiple réalité de matières hétérogènes s’évanouit : il n'y a qu'une réalité diversifiée par des mouvements et ainsi susceptible d’apparaître en formes variées. Le mouvement, — que les sens peuvent saisir, mais qui est inexplicable aux sens, — traduit l'unification dans l'unité. Les mouvements divers tendent et à se communiquer ou à se propager *, — en créant

1. Sabatier, op. cil. Le cristal, par sa forme définie et par la façon dont il la reconstitue, appelle particulièrement l'attention : voir un passage de Zoœllner cité par J. Soury, Phil. naturelle, p. 294.

2. Voir Tait, Conf. sur quelques-uns des progrès récents de la physique, 12° conf., p. 3117; Wurtz, la Théorie atomique, conclusion, p. 237. Voir aussi sur ces tourbillons, qui, par leur contenu, se font et se défont sans cesse, Schutzenberger, Traité de chimie génerale.

3. Sur cette espèce d'imitation qui existe à tous les élages dans la nature voir Cournot (« Suspendez aux deux extrémités d’une solive deux pendules batlant tout différemment; après quelque temps ils sont d'accord. Agitez l’eau à l’entrée d’un tuyau; à quelque distance toutes les ondes sont égales. »), Sabatier, op. cit. Tarde, les Lois de l’imitalion. « Il ÿ a, dans toute partie définie du monde, un penchant naturel à passer de l’irrégularité

des formes semblables !, — et à se joindre ou à se combiner, par degrés successifs?, — en créant des formes nouvelles, plus

ou moins définies, complexes, stables, indivisibles.

Préciser ce qu'il y a de grossier dans ces indications, ce serait s'engager en un de ces romans de la nature que le progrès de la pensée a pour effet de condamner résolument. — Ainsi, dans quelle mesure au sein des formes nouvelles que crée la combinaison persistent les formes élémentaires, il est difficile de le dire. « Rien dans la manière dont les corps se décomposent ne nous autorise à admettre que les substances qu on en peut retirer y préexistent », déclare tel chimiste contemporain; « toutes les fois que des corps se combinent et de

quelque manière que la combinaison ait lieu, l'expérience

nous apprend : 4° que la réaction est toujours accompagnée d'une variation de chaleur; 2° que les corps mis en présence disparaissent pour faire place à d’autres; 3° que le poids de la matière pesante est demeuré invariable; 4° que, suivant les cas, on retrouve dans le composé ou n’y retrouve plus certaines propriétés des composants » : mais, dans la forme nouvelle de matière qui apparait, les formes antérieures ne

‘subsistent pas nécessairement, et « les formules rationnelles

n’expriment en aucune façon qu’un corps déterminé renferme

. ses générateurs * ». Quoi qu’il en soit, il se produit une com-

binaison plus compréhensive. — Encore une fois, rien n’est

à la régularité, une pente naturelle du désordre à l’ordre, une tendance inhérente du chaos au cosmos; et cette tendance est la conséquence simple et directe de la relativité de toutes les formes matérielles — de ce fait que chaque tout défini est toujours une partie d’un tout plus grand, bref que le fini n’existe que sur un fondement infini qui recule toujours. Il est même possible, — ajoute Stallo, qui procède du dehors au dedans, — que ce principe dépasse la sphère dé la physique, et que, jusqu’à un certain point, il puisse avoir ses applications dans le domaine de ces sciences qui sont ordinairement désignées comme historiques. » Stallo, op. cil., p. 229.

1. « Ne savons-nous pas que les atomes d'hydrogène vibrent exactement selon les mêmes périodes, soit qu’on les chauffe dans un tube de Geissler, soit qu’on les observe dans le soleil ou dans la nébuleuse la plus éloignée? » Wurtz, op, cil., p. 239.

2. Gravitation et cohésion, affinité; vie <égétatives vie morale.

3. Ditte, Les Transformations chimiques de la matière, Revue scient. du 3 décembre 1892.

. plus facile que de parfaire un système des choses; mais, encore une fois, il vaut mieux tenir ferme les principes et les faits et se contenter pour l'heure de reconnaître en gros l'accord des faits et des principes. Constatons et avouons sans hésiter qu'il y a, non seulement un inconnu immense, mais, dans l’amas des données et des théories scientifiques,

bien du désordre encore et de la contradiction‘. Les prin-

cipes peuvent être évidents sans que l'explication soit aisée, sans que le cours des choses soit rectiligne* dans la complexité extrême et l'interaction des effets. Pour conclure, contentons-nous de cette conception bien vague encore : {out le réel ne se diversifie que par des nodalités, en quelque sorte, d'une sensibilité diffuse; le mouvement — perçu par les sens ou supposé, mais, dans le monde des sens, incompréhensible — erprime un processus d'unification et il se traduit pour les unilés sentantes dans les formes. L'imitation, la cohésion, la combinaison sont des modes divers de l'unification, considérés aussi dans l'apparence sensible. L'unification se présente sous des aspects variés; elle a plusieurs degrés : lorsqu'on explique l’évolution à tous ses degrés par un principe d'association, ce système a un double inconvénient. D'une part, il semble impliquer séparation antérieure, union d'éléments étrangers les uns aux autres, et non unification dans l’unité préexistante. D'autre part, et surtout, il confond ce qui veut être distingué, l'unification

mème et l’un de ses modes. Il y a des analogies d’un règne.

à l’autre; mais il y a aussi dans chacun des modes d’unification particuliers, — d’où résultent précisément l'organisme vivant et la sociélé pensante. L'instabilité croît dans l'unité accrue; la sensibilité, dans les unités sentantes, devient de plus en plus apte à relier au tout ce qu’elle en isole. Ainsi

1. Surtout dans les théories physico-chimiques : voir les discussions de Poincaré, Duhem... sur l’électricité,- par exemple, ou la mécanique chimique.

2. Sur le hasard et l’ordre voir les ouvrages déjà cités de Cournot.

3. « Dans le cristal une fois constitué (dans la nature brute), les forces

LE MONISME. 383 progresse l'unification, qui enveloppe et domine l’association : là même est le principe d'où la société humaine tâche à tirer sa loi. — Et nous voyons comment le travail de la pensée couronne cette évolution qui apparaît à la pensée dans

sa recherche.

Unité sentante, unité unifiante : c'est par ces termes que nous avons défini le moi. La Symbolique, plus ou moins con- | sciemment, se fonde — et elle réussit — sur une conception | du tout comme unité où une sensibilité diffuse se détermine

en unités sentantes et unifiantes. Unité, unification et sensi-

… bilité, voilà, semble-t-il, le minimum, le résidu d’anthropo-

morphisme sur lequel repose définitivement l'explication des ss choses.

: Nous avions vu la Pensée moderne, tandis qu’elle poursui-

vait son œuvre collective, aller sans cesse du dogmatisme au … Sceplicisme, mais en modifiant sans cesse l'un et l’autre. Après avoir éliminé les conceptions insoutenables, elle avait abouti, dans son effort dogmatique, au monisme. En accumurlant peu à peu les connaissances positives, elle avait dû atténuer ses doutes. Le savoir positif — agent secret des progrès de la pensée — nous était apparu comme la méthode créée par elle lentement pour résoudre les problèmes qu’elle avait ‘posés : c’est lui qui devait nous permettre d'apprécier la valeur et de la conception moniste et des résistances scepti-

ques. Voici donc comment se résumait pour nous l'œuvre séculaire de la pensée spéculative : affirmation de l'unité, recherche de l’unité et enfantement d'une méthode précise pour juger les conceptions unifiantes.

Et voici, quand nous avons considéré attentivement le

restent dans un état d'équilibre stable qui ne se rompt que sous l'influence de causes extérieures. De là, pour lui, la possibilité de durer indéfiniment sans rien changer, pas plus à ses formes qu’à ses propriétés de toute nature. Dans l'être organisé, l’équilibre est instable, ou plutôt il n’y a jamais d'équilibre proprement dit... » De Quatrefages, l’Espèce humaine, chap. 1. Cf. Claude Bernard, /ntroduction, p. 134. Voir dans /e Transformisme, par Perrier, p. 218, Réactions réciproques de l’élre vivant et du milieu.

savoir, — tout le savoir positif, — à quelles conclusions nous avons abouti : la psychologie et la science objective sont inséparables l’une de l’autre; la psychologie donne, avec une réalité connue qui est le moi, une réalité inconnue qui est le non-moi;, la science objective est lapplication du sujet à l'objet, l’hypothèse de l'unité du tout, d’une unité qui est, en un sens, et, en un autre, qui se fait, — comme celle du moi précisément, tel que la psychologie l’a défini. Cette théorie du monisme, battue en brèche par un reste de scepticisme, se trouve être, mais à l’état d’hypothèse, la base même de la science : ainsi la science tout ensemble la vérifie, la complète et en limite la valeur. Le monisme, qui est le terme de la philosophie dogmatique, comme tout le dogmatisme, interprète en certitude une hypothèse et, en même temps, un vœu d'unité. La science, élle, est à la fois preuve de cette hypothèse el facteur de ce vœu : à mesure que l'unité qui est se prouve, l'unité qui se fait se réalise.

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Maintenant que la portée et, du même coup, les limites actuelles de la science nous sont apparues, l'inanité de ce qu'on appelait la Métaphysique doit nous apparaître également avec une évidence pleine, en tant qu’elle prétendait atteindre par la raison ou l'intuition la vérité absolue. La métaphysique, en somme, ainsi définie, est quelque chose d'inconcevable. Il ne saurait y avoir deux sortes de connaissances : l’une étroite et bornée; l’autre adéquate à son objet, qui est le tout. À plus forte raison, ne saurait-il y avoir deux empires distincts : la Nature qui relèverait de la science, et je ne sais quelle Hypernature qui relèverait de la métaphysique. Les problèmes de la métaphysique, ou étaient imaginaires, ou étaient mal posés; et c’est ainsi que la métaphysique offrait ou des difficultés insolubles ou des solutions contestées.

Faisons donc avec les données du savoir réel la critique des questions métaphysiques : voyons ici comment ces problèmes, ou bien s'évanouissent, ou bien se transposent et se précisent en problèmes scientifiques. Pour que la science succède définitivement à la métaphysique, il faut qu'elle lui succède pleinement : il faut qu’elle s’approprie et transforme de façon consciente ceux des problèmes antiques qui doivent subsister. — Étrange prétention que de resserrer en quelques lignes, de trancher en quelques mots des débats séculaires! — Non, mais tâche aisée précisément, puisqu'elle se fonde

sur le travail des siècles; et simplification légitime, puisque c’est la complication des polémiques et l'obscurité des’ formules qui masquent à la plupart les résultats acquis.

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