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CRITIQUE .DES PROBLÈMES MÉTAPHYSIQUES. 401 de Dieu. — Mais comment Dieu annihile-t-il ou sépare-t-1l une partie de lui-mème? Et comment, ce faisant, peut-il rester parfait? — Le panthéisme est à la fois la correction et la
réduction à l'absurde du théisme. Le panthéisme lui-même, nous l'avons vu, se transforme en monisme; et le monisme, n'est-ce pas comme un retour à l’hylozoïsme — mais épuré?
Et voici un autre spectacle également curieux : ce sont les débats des missionnaires avec les prêtres chinois, et c'est la difficulté qu’éprouvent les uns et les autres à pénétrer réciproquement dans leurs conceptions. Les Chinois, au fond, dans leur cosmogonie, en sont restés au point de vue où étaient les Aryens primitifs, — à un hylozoïisme plus ou moins nettement formulé’. Les Confucianistes admettent
que les transformations du monde sont spontanées : « Pour-
quoi, leur a-t-on souvent demandé, parlez-vous de ces objets qui ne sont que matière inanimée, façonnée par la main du Créateur, comme si c'étaient des êtres vivants? Le ciel et la terre ne sont certainement pas des personnes. — Et pourquoi non? répondent-ils. Le ciel dispense la pluie et le rayon de soleil. La terre produit le pain et l’herbe. Nous les voyons perpétuellement en mouvement, nous pouvons donc dire qu'ils sont vivants ?, » Un prêtre taouiste déclare à un missionnaire que la création est l'œuvre d’un agent matériel Kr, — forme très pure de la matière, vapeur subtile, — qui exis-
. tait avant Dieu et créa toutes choses. « La partie la plus pure
s’éleva et forma le ciel, tandis que la partie la plus grossière devint la terre. Je lui observai alors que Ki était une substance visible, matérielle, capable de se séparer en plusieurs parties, et que, par conséquent, il devait lui-même être créé. Il admettait son caractère matériel, mais repoussait la conclusion que j'en tirais. Je Jui expliquai alors plus en détail que nous autres occidentaux nous avons coutume de croire
1. Voir la Religion en Chine par le Révérend D’ J. Edkins D. D., missionnaire protestant, traduit par de Milloué, Ann. du Musée Guimet, 1. IN. 2. Ibid., p. 154.
que l'immatériel peut produire le matériel et le visible, mais que le matériel ne peut jamais donner naissance à l'immatériel et à l’invisible.…. Il prétendit alors que Dieu n'était pas invisible. !..»
Ni les Chinois cependant n’ont aujourd'hui, ni les Aryens n’ont eu jadis la vérité en partage. Cette marche intellectuelle : hylozoïsme, panthéisme, théisme, panthéisme, monisme, n'est pas l’accomplissement d’un cercle. Le
monisme ne saurait être qu’en apparence un retour à l’hylo-. PP ;
zoïsme. Le travail de la pensée européenne a eu pour effet
de distinguer nettement l’objet et le sujet, les phénomènes et”
l'être, de découvrir l'être dans le moi, de le définir d’après le moi, et d'étendre, par hypothèse, l’être du moi au tout. Le pressentiment de l'Unité, qui s’affirmait gauchement dans une conception imaginative, s’est traduit à la fin avec précision en hypothèse d'Unité, puisée consciemment dans la conscience. La causalité et la finalité — génératrices du divin — apparaissent maintenant comme phénoménales, mais comme exprimant dans le phénomène l’unité de l’être, l'unité qui est tout ensemble et qui se fait. — Ainsi le surnaturel — quelque nom qu'on lui donne — et le naturel, le pré-être ou l'hyperêtre et l'être ne font qu'un. Ici s'applique vraiment l’identité des contradictoires ?. Ce mot : Dieu — par-dessous les innombrables et variables, par-dessous les vaines, les arbitraires, les grossièrement phénoménales déterminations — n’a qu'une signification légitime : l'Étre. La théologie — comme la
cosmologie et la psychologie dites rationnelles — répond à |
une vue confuse et provisoire des choses, que la connaissance de l'être rectifie.