LA PHILOSOPHIE
se fait par la causalité. Elles procèdent de deux principes — celui d'identité et celui d'unification — qui ont leur origine dans la nature du moi. L'application heureuse de ces principes étend l’être.du moi au Tout. L’anthropomorphisme est légitime, à condition d’être épuré.
10. Il y a, s'éclairant l’une l’autre, une nature faite et une nature qui se fait; il y a des règnes, en quelque sorte, superposés : le règne inorganique, le règne organique et le règne moral ou pensant. L'étude du second, si l’on rapproche les notions empiriques de forme et de mouvement de la notion subjective de sensibilité, permet de concevoir jusqu’à un certain point comment se concilient l'identité et le changement, la multiplicité et l’unité. Le réel se diversifie par les nodalités, pour ainsi dire, d’une sensibilité diffuse, et s’unifie par l’unifica-
tion des unités sentantes. Mais ici les termes nous trahissent.
41. Il n’y a pas de connaissance « métaphysique ». Les problèmes métaphysiques, ou bien n'existent pas, ou peuvent être transposés en problèmes scientifiques. Les difficultés de la substance, de l'infini, de l'espace et du temps viennent de
ce qu'on introduit dans l'être des conceptions phénoménales.
Le. lon DE
Le phénomène n’explique pas l'être : il en exprime le dessin intérieur et changeant. Le problème de la liberté ou de la contingence, c'est, précisément, mais mal posé, celui du changement, de l’unification dans l'unité.
12. La Science s’attaque à l'Étre. L’être qui est, l'être qui se fait, les rapports dans l'être de ce qui est avec ce qui se fait : voilà le triple objet de la recherche synthétique. Mais l'unité qui est se prouve à mesure qu'apparait mieux l'unité qui se fait. Ainsi, c'est le problème de l'unification qui doit orienter la Synthèse des sciences.
13. Mais l’unité ne serait prouvée définitivement qu'une fois faite. L'histoire humaine prend dès lors une importance double, spéculative et pratique. Elle est quelque chose d’inachevé : l'unification aboutit dans l'humanité à la pensée consciente qui la continuera.
14. Il importe de tirer les sciences de l'humanité du chaos où elles sont plongées. Les études proprement historiques tendent à une psychologie des peuples et des caractères; les études sociologiques tendent à une psychologie sociale, où la société serait définie comme l'être dans lequel la réflexion atteint l'Être. Mais l’histoire et la sociologie ne sont que des points de vue : il ÿ a une Synthèse historique à créer, pour
préciser la loi humaine et les résistances à l’accomplis-
sement de cette loi.
15. L'Histoire est le nœud de la science et de la vie : par elle, la Synthèse règle l’activité, la règle d'activité détermine
le rôle et l'avenir de la synthèse. Ce qu'est la psychologie à
la conception de la science, l'Histoire l’est à la direction de la Synthèse : et, comme l’anthropomorphisme, l’anthropocentrisme est légitime, à condition d’être bien entendu.
16. Il y à un inconnu immense : il n'y a pas d’inconnaissable. L’humanité possède la vérité, mais comme hypothèse. Elle affirme, elle conçoit, elle prouve peu à peu l’unité. Elle vit sur un dogmatisme expectant. En un sens, le problème philosophique est résolu; en un autre, il se résout par la Synthèse dans l'Histoire. Et partis de l'Histoire, nous y sommes revenus.