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I. FRANCE. — LE CARTÉSIANISME

Avec celui-là même qui, dans le doute méthodique, avait exprimé son inquiétude, son besoin, jusque-là obscur, d'y échapper par la critique, la Pensée moderne aboutit dès l'abord au dogmatisme : la façon dont Descartes établit ce dogmatisme est curieuse, profonde et, 1l faut le dire, confuse aussi, — si bien que la fécondité de son œuvre tient, pour une faible part, à ce qu’elle a d'ambigu.

La science de Descartes, ce fut la mathématique élargie ; la mathématique approfondie, telle fut essentiellement sa philosophie. — Le xvi° siècle et le xvn°, dans ses premières années, avaient découvert, en quelque sorte, le monde, son infini au moins apparent, beaucoup des objets lointains ou cachés qu'il contient, beaucoup des propriétés secrètes de ces objets ‘ : dès lors l'observation par le télescope et le micros-

. 4. Le plus grand précurseur peut-être de la science moderne fut Léonard de Vinci (+ 1519), cela résulte des citations de M. Séailies dans son livre sur ce peintre et ce penseur étonnant : avant Bacon, il a recommandé l’expérience et formulé la méthode vraie par opposition aux fausses sciences du moyen âge et de son temps; il a devancé pour la mécanique Stevin (4 1635) et Galilée (+ 1642); pour l’hydrostatique, Stevin et Pascal; pour l'étude des fossiles, Palissy. (+ 1589); pour l'anatomie comparée, P. Belon (+ 1564)... Ajoutons à ces noms, parmi les promoteurs de la science : Gilbert (+ 1603; physique : l’'aimant), Gesner (+ 1565; zoologie), Turner, de Lobel, Dalechamps (xvi° s.) (botanique), Servet, Fallope, Vésale, Colombo, Eustache, Paré (xvi° s.), Aselli (+ 1626), Harvey (+ 1658) (anatomie et ph ologie). Ces

cope, l’ingéniosité et l'habileté expérimentales ne devaient cesser, en astronomie, en physique, en biologie, d'enrichir l'inventaire des connaissances humaines. « Multi pertransi-

bunt et augebitur scientia. » Mais, en explorant l’infiniment

grand et l’infiniment petit, l'homme, obligé de renoncer à ses idées anciennes sur la constitution de l'univers et le rôle qu'il y jouait, sans Descartes serait resté longtemps peutêtre confondu et embarrassé devant la richesse même, en quelque sorte éparpillée, de son nouveau savoir. Descartes voulut soulager l'esprit en unifiant cette diversité : et, lorsqu'il se servit pour cela de la mathématique, il ne fit pas

savants appartiennent à tous les pays : on sait combien, à cette époque et surtout au début du xvu° siècle, les communications, les correspondances scientifiques devinrent actives. — En 1590, un lunetier de Middelbourg, Zaccharie Jansen, inventa le télescope : Galilée le perfectionna. Dès lors, la série des découvertes astronomiques inaugurée par Copernic, Régiomontanus, Tycho-Brahé, put s’accroître rapidement. Le mérite de Galilée est moins d’avoir donné des « nouvelles du ciel » — comme le firent Scheiner, Gassendi, Boulliau, d’autres encore — que d’avoir, comme Képler (+ 1630) dont les travaux ont tous une tendance mathématique avec moins de sûreté expérimentale, établi un lien entre l'expérience, de plus en plus rigoureusement conçue et pratiquée, et la spéculation mathématique. — Tartaglia et Cardan (xvi° s.), mais surtout une suite de Français, Butéon ou Borrel, dauphinois, Oronce Fine, Jacques Peletier, Ramus (xvi° s.), puis Viète (+ 1603), Fermat (+ 1663), Pascal, et, au second rang, Mydorge (+ 16417), Desargues (+ 1662), Roberval (+ 1615), qui perfectionnèrent et la technique et la science mathématiques, préparèrent l'instrument de précision dont on devait se servir pour l'établissement des lois en abandonnant la recherche des essences. Mais, trop souvent, pour les mathématiciens leur science était un jeu où il s'agissait d'inventer à l’envi, soit des problèmes difficiles, soit des solutions élégantes. Si l'importance de l’algèbre a été vue par Viète (De arte analytica Isagoge), si l'application de l'algèbre à la géométrie a été ébauchée par lui; si Galilée, en mécanique, a compris, comme on la dit, quelles notions immédiates résultent de nos états de conscience objectivés dans le monde extérieur, Descartes seul a creuse à fond la mathématique et, malgré ses erreurs de détail, il lemporte même sur Galilée. « … Je ne ferais pas grand cas de ces règles si elles n'étaient utiles qu'à résoudre les vains problèmes dont les calculateurs et les géomètres ont coutume d’amuser leurs loisirs, et je croirais, dans ce cas, n'avoir réussi qu'à m'occuper de bagatelles avec plus de subtilité peut-être que les autres... Quiconque suivra attentivement ma pensée s’apercevra facilement que je n’embrasse rien moins que les mathématiques ordinaires, mais que j'expose une certaine autre science dont elles sont plutôt l’enveloppe que les parties. En effet, cette science doit contenir les premiers rudiments de la raison humaine et servir en outre à extraire d’un sujet quelconque les vérités qu’il renferme; et, pour parler librement, je suis persuadé qu’elle est préférable à toutes les autres connaissances que les hommes nous ont transmises, puisqu'elle en est la source, » Règle IV, A. M., p. 481-2.

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