‹ La Synthèse Des Connaissances Et L'HistoireChapitre 271 sur 277 · Rév. Henry Ward Beecher, Sermon sur le doute religieux · texte numérisé non relu

Rév. Henry Ward Beecher, Sermon sur le doute religieux

e l’âme, qui ec la pureté du cœur, qui

ou cosmique. Cette dernière assigne pour objet à notre admiration, à notre révérence, à notre adoration, l'univers considéré comme un tout, l'unité, le mystère, le prodige, le pouvoir de ce grand Etre de qui nous dépendons. Je crois que la religion de l'avenir sera une combinaison de ces trois éléments; elle s’assimilera les tendances artistiques du paganisme, l'idéal moral du christianisme, ainsi que cette conception plus large, qui renferme les deux autres : le culte cosmique de l'univers‘. » — On voit comment les nouveautés auxquelles aboutit l'évolution religieuse rejoignent certaines tentatives qui se produisent pour constituer une religion avec la science ou avec la morale. « Religion basée sur la morale ? », «religion de la science * » : ces essais marquent un effort pour ajouter quelque chose aux données de l’une et de l'autre, comme les transformations de la religion pour garder d'elle quelque chose qui précisément s'accorde avec ces données.

En Allemagne — où certaines Facullés de théologie ont montré de bonne heure en ce siècle un si libre esprit — et en France, — où il semble qu'il y ait peu de place, entre l'indifférence et la foi traditionnelle, pour une rénovation religieuse, — la réflexion critique tend à faire apparaître ce qu'ailleurs l’évolution cherche à atteindre : l'essence pure des religions. D'une façon générale, dans le monde scientifique,

1. Rév. Minot J. Savage (dans un sermon de 1880), auteur d’une Religion de l’Évolution (1816), d’une Morale de l'Evolution (1880).

2. C’est le titre d’un recueil de discours traduits de l’anglais et publiés chez Fischbacher en 1892. — Rappelons ici ces Socielies for ethical culture dont la première a été fondée, en 1816, par Félix Adler à New-York, et qui ont exercé une certaine influence en Europe. Voir Gruber, Le Positivisme depuis Comte jusqu'à nos jours, pp. 450-454.

3. Les essais de religion positiviste n’ont pas eu très grand succès en France; peut-être en Angleterre et au Brésil, l’action de Comte et de ses disciples à ce point de vue a-t-elle été un peu plus considérable : voir Gruber, op. cit. — C'est une sorte de perfectionnement de la religion positiviste que cette religion moniste, ou cosmique, ou de la science, qui s’essaye maintenant aux États-Unis, qui a pour principal représentant le D° Paul Carus, pour organes The Open Court (depuis le 17 février 1881) et The Monist (octobre 1889) : voir Gruber, ibid., pp. 456-464. Carus a écrit : Monism and

Meliorism (1885), The Idea of God (1859), Fundamental Problems (1891), Homilies of Science (1892), etc.

les études religieuses ont pris, depuis un certain nombre d'années, une extension surprenante : « La création de chaires d'Histoire des religions au Collège de France, à Bruxelles, à Rome, à Genève, à Zurich, et dans quelques autres villes encore; l’organisation d’un enseignement complet pour l’histoire des principales religions dans la section des sciences religieuses de l'École des Hautes Études, à Paris; les conférences sur la théologie naturelle instituées dans les quatre universités écossaises par la générosité de feu lord Gifford'; l'institution d’un musée des Religions, créé par M. Guimet, d'abord à Lyon, puis à Paris; la création de revues spéciales consacrées exclusivement à l'Histoire des Religions; les grandes publications qui fournissent à tous les travailleurs des matériaux indispensables à l'étude des religions, telles que les Annales du Musée Guimet, et surtout cetle admirable collection des Sacred Books of the East publiée à Oxford... ; l'introduction, dans le cycle des livres d'étude, de manuels d'Histoire des Religions, tels que ceux de MM. Tiele et Chantepie de la Saussaye; l’apparition de toute une série d'ouvrages sur l'Histoire des Religions : — tels sont les phé-

nomènes les plus caractéristiques *.. ».

Dans les innombrables travaux qu'a produits déjà la science des religions, on s’est efforcé de classer toutes les manifestations religieuses qu’offrent le temps et l'espace, les plus lointaines etles plus grossières même; on s’est appliqué à démèêler les éléments qu'enferme chaque religion; on a entrepris d'expliquer et leurs caractères particuliers et leur rapport de succession : on a commenté, grâce à une psychologie fine ct

1. C’est à l’Université de Saint-André, sous le patronage de la fondation Giford, qu’ont été faites par E. Caird les conférences réunies sous ce titre : The evolution of religion. Voir Marillier, Une nouvelle Phil. de la religion, Revue des Études religieuses, t. XXX, pp. 243 sqgq., et Maurice Vernes, Histoire et phil. religieuses, Revue phil., février 1894. Une autre fondation, la fondation Hibbert (Londres, Oxlord), a provoqué des conférences de Max Muller, Renan, Kuenen, Réville, Pfleiderer, Sayce, Goblet d’Alviella (/’/dée de Dieu) : voir Vérnes, 1bid.

9, Jean Réville, Revue de l'Histoire des religions, t. XX, p. 214, à propos d’un projet de Félix Adler.

patiente‘, à éclairer par les circonstances de milieu et de race, par l’état social et le développement intellectuel, par les influences individuelles et contingentes, la suite des faits qui constituent cette partie de l’histoire dans sa bigarrure et sa mobilité. Mais la science des religions ne saurait être, n’est pas simplement l’étude des phénomènes et de leurs causes prochaines : elle cherche à expliquer son objet d’une façon plus profonde dans les ouvrages qui s’intitulent ou « Philosophie de la Religion » ou « Prolégomènes à l'Histoire des Religions ». Là, comme ailleurs, l’analÿse serait absolument vaine si elle était à elle-même sa propre fin. Il doit y avoir une philosophie a posteriori des religions, autrement dit, une synthèse spéciale, de cette catégorie de phénomènes ?.

Or, voici ce qui nous paraît se dégager de l’ensemble des études religieuses. — Si on laisse retomber tout le contingent, l'accessoire et le variable, la religion est constituée par trois éléments essentiels : la doctrine, la morale et le culte. Nous ne voulons pas dire que dans toute l’histoire religieuse ils se trouvent toujours inséparablement unis, mais bien qu’une doctrine religieuse tend à s'épanouir toujours en un culte et une morale : elle s’annexe les pratiques ou les aspirations morales contemporaines de l’époque où elle se produit, et en partie même elle se produit pour fonder ces pratiques ou fortifier ces aspirations. Nous ne voulons pas dire non plus que toute religion ait une doctrine expresse et complète, — encore bien moins un dogme impérieux et fixe, — mais qu’il n’en est point qi n’explique, vaille que vaille, dans la mesure où l'esprit se pose les questions à une époque donnée, la nature

1. A l’aide des moyens les plus divers : grammaire comparée, archéologie, anthropologie, folklore.

2. Voir A. Réville, Prolég. à l'Histoire des Religions (analysé par J. Darmesteter, Essais orientaux); Pfleiderer, Religionsphilosophie auf geschichtlicher Grundlage; la Revue de l'Histoire des Religions, passim, et, en particulier, J. Réville, l'Histoire des Religions, sa méthode et son rôle d'après les travaux récents de MM. Maurice Vernes, Goblet d’'Alviella et du P. van den Gheyn; cf. Guyau, lIrréligion de l'avenir. Voir aussi l'ouvrage récent de A. Sabatier, Esquisse d'une philosophie de la religion d’après la psychologie et l'histoire avec une bibliographie, notamment pp. 30 et 134.

et la succession des choses. Par le culle, nous entendons tous les actes — autres que les actes moraux, lesquels tendent à devenir une manière de culle, eux aussi — que régit la doctrine, qui procèdent de l'interprétation du grand mystère ou qui y sont rattachés. Il ÿ a des religions plus objectives, — c’est-à-dire dont l’origine est surtout dans l'émoi de l'homme qui contemple l'univers; il y en a de plus subjeclives, — c’est-à-dire qui répondent davantage aux problèmes de la conscience et de la vie sociale! : mais ce que la religion est essentiellement, ce qu’elle s’achemine à réaliser de mieux en mieux, c’est l'unité d’une doctrine, d’un culte et d'une morale. Elle fournit la règle de la vie humaine par l'explication de la destinée humaine; elle relie Phomme à l’ensemble des choses : elle prétend créer l'unité du réel. Le Divin, c’est cette unité, entrevue confusément par la raison, conçue avec l'imagination, affectant la volonté par le sentiment — crainte ou amour. La foi, c’est l'affirmation de l’unité de l'Être en des formules gauches et grossières d'abord, puis qui se précisent et s'épurent, mais où toujours la spontanéité du croyant éclate et se joue avec une sorte de témérité. « Voilà ce que c’est que la foi : Dieu sensible au cœur, non à la raison ?, »

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