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vulgaire avec la philosophie s’est trouvée réalisée dans une
Science profonde que nous avons appelée précisément la Synthèse. — Or cette science synthétique pose et prouve dans l’Étre une unité qui est tout ensemble et qui se fait, une Synthèse active qui se révèle et qui se continue par le Moi : ainsi la spéculation et la pratique, la connaissance et l’action se rejoignent. La loi morale, où s’unifient toutes les doctrines morales du passé, s'explique et se fonde par la science, — mais, d'autre part, la science tend à la réalisation de la loi morale. Il y a donc là encore la synthèse de la Science et de la Vie, en même temps que l'aboutissement de l'Histoire à la conscience, — et c’est ce que nous avons appelé le règne de la Synthèse.
Or, que la Religion se trouve ici absorbée, elle aussi; que le règne de la Synthèse soit l'épanouissement religieux de l'humanité : voilà ce qu’en finissant nous voudrions établir.
> Nous ne pouvons songer à retracer en quelques mots l'his-
toire des religions. Peut-être suffira-t-il pour notre propos que nous rappelions Îles manifestations les plus récentes de l’activité religieuse, et que nous indiquions Îles résultats les plus généraux de la réflexion critique appliquée à l’histoire religieuse.
Ce fut une tentative infiniment intéressante — si stérile, en un sens, qu'elle dût être — que «le parlement des religions » de l’exposilion de Chicago; et rien n’est plus instructif que ce qui s’est dit ou dans ce congrès ou à propos de ce congrès‘. Il est évident — et on ne l'ignorait pas, au surplus — que les diverses religions s'opposent par leurs dogmes et par leurs rites, tandis qu’elles s’accordent plus ou moins par leur morale : les religions où le dogme et le rite ont le plus d'importance et de fixité sont aussi, naturellement, et malgré les apparences parfois, celles qui restent, pour ainsi dire, le moins pénétrables aux autres. « Unir toute religion contre
1. Voir Arréat, le « Parlement des religions », Revue phil., octobre 1895.
496 © CONCLUSION. » FE toute irreligion; faire de la « règle par excellence » la base de cette union; présenter au monde l’unité substantielle des religions diverses dans les bonnes œuvres de la vie religieuse » : {el était le programme du congrès. C’est dire que \ la tendance qui s’y est manifestée allait à négliger, à rejeter . plus ou moins explicitement tout l'élément hypothétique, variable et contingent des religions, pour dégager l’élément essentiel, l’âme commune à toutes. C’est dire aussi que ceux-là devaient véritablement — et ceux-là seuls — collaborer à l’œuvre du congrès qui sentaient le besoin d’une transformation dernière des religions, qui souhaitaient l’avènement d'une religion définitive, épurée, débarrassée de tout ce qui est devenu à la longue un poids mort. On l’a soutenu justement, — c'est par les hérésies et les sectes que se mani- … feste l'intensité de la vie religieuse : l’origine du congrès, son intérêt, la sorte de pudeur, plus ou moins sincère et momentanée, qu'il a créée chez les orthodoxes étroits et les dogmatiques résolus, tout cela s'explique par l'influence de quelques sectaires — presque tous américains‘.
Ce sentiment que les religions positives ne s'adaptent plus au temps présent, qu'elles n'ont plus d'action profonde sur la … vie, — en sorte que de prétendus « fidèles » mènent ui existence réellement libertine *, tandis que de très nobles âmes passent pour dénuées de religion, — ne s’est affirmé
1. « Tout le système de l’orthodoxie traditionnelle, grecque, latine et protestante, doit progresser, ou sinon il sera rejeté et perdra son action sur les hommes pensants. 11 faut que l’église se maintienne en paix avec la civilisation, qu’elle s’ajuste elle-même aux conditions présentes de la liberté religieuse et politique, et accepte les résultats établis par la critique aussi bien que par les sciences de la nature. Dieu parle dans l’histoire et la science non moins que dans la Bible et l'Eglise, et il ne saurait se contredire. La vérité est souveraine, elle doit prévaloir sur l'ignorance, l'erreur et le préjugé. » Prof. Philip Schaff, de New-York.
2. « L'Église des Saints se trouve toute Souillée par le mélange des méchants; et ses enfants, qu’elle a conçus et nourris dès l’enfance dans son sein, Sont ceux-là mêmes qui portent dans son cœur, c’est-à-dire jusqu’à la Participation de ses plus augustes mystères, le plus cruel de ses ennemis, l'esprit du monde, l'esprit d’ambition, l’esprit de vengeance, l'esprit d’impureté, l'esprit de concupiscence.…. » Pascal, Comparaison des chrétiens des premers temps avec ceux d'aujourd'hui.
‘au congrès de Chicago qu'après avoir provoqué, aux États-
Unis surtout, un grand nombre de phénomènes à la fois de
désintégration religieuse et de renaissance religieuse. On Pourrait remonter jusqu'à l'Unitarianisme de Channing : ou au Zranscendantalisme dont Emerson fut le principal représentant “ Plus tard vint la Free religious association, union « sur le terrain d'une communion spirituelle dégagée de toute intolérance dogmatique * ;
» : les sectes avancées du protestantisme, la fr
action progressive des quakers, le judaïsme réformé s'accordent plus ou moins avec la
Religion libre. 11 y a là un mouvement qui n’est pas limité
aux États-Unis, mais qui, s’il se produit ailleurs, — et même en Asie, au sein du bouddhisme, — se manifeste surlout en Pays protestants et anglo-saxons — Jà où la foi est le plus intacte et le plus libre tout ensemble. — Et ce qui caractérise ce mouvement religieux, c’est d'abord, semble-t-il, qu'il tend à aviver la préoccupation morale : « Nul ne doit êtr parmi les infidèles qui voit dans la justice la plus * de la vie humaine et qui cherc
e compté
grande fin he une soumission plus complète de sa volonté au sens moral‘ ,. C'est aussi qu’en général
ceux qui y participent évitent de contredire la science ou .même parfois en adoptent les résultats : « Toutes les religions
peuvent se ranger sous trois Calégories : le culte des manifestations détachées de l'univers, le culte
de l'idéal humain, enfin une lroisième forme que l’on peut a
ppeler scientifique
1. « Une église établie me paraît le tombeau de l'intelligence »; « je désire m’échapper de l'étroite enceinte d’une église particulière. » Channing, dans les Études d'hist. religieuse de Renan.
2. « Je cherche le maître qui verra dans le monde le miroir d reconnaitra l'identité de la loi de gravitation av enseignera que le devoir est un avec la science, la beauté, la joie. » Emerson, 1838. Le Transcendantalisme sort de l'influence de Jacobi, Fichte, Schelling, Herder, Schleiermacher; Cousin, Jouffroy, B. Constant; Carlyle, Coleridge. Voir Goblet d’Alviella, le Rationalisme religieux aux États-Unis, Revue des Deux Mondes, 1% avril 1883. Cf., ibid., 15 septembre 1875, Une visite aur églises rationalistes de Londres, et, 1% septembre 1880, Le Brahma-Somaÿ, une tentative de religion naturelle dans l'Inde.