‹ La Synthèse Des Connaissances Et L'HistoireChapitre 67 sur 277 · V* Essai, pp · texte numérisé non relu

V* Essai, pp

2, Dans le Trailé (UII, xv, p. 231, Règles pour juger des causes el des effets), Hume trace une logique inductive, « la logique dont il convient d’user en

raisonnant sur les causes », Voir Compayré, la Philosophie de David Hume ; Huxley, Hume, sa vie, sa philosophie.

de l’autre, il a, par l'excès même de son analyse, fait éclater l’absurdité de l'empirisme absolu et fait apparaître un principe qui va au delà. Et ainsi, tandis que, avec Hartley et Priestley, l’empirisme est poussé jusqu'au matérialisme #, avec Reid, le fondateur de l'école Écossaise, une réaction se produit contre l'empirisme au nom du sens commun, contre Hume avec des armes que Hume a préparées.

Dans ses Æecherches sur l'entendement humain d'après les connaissances du sens commun, Reïd annonçait son intention de réfuter le Traité de la nature humaine : « L'ingénieux auteur de cet ouvrage a élevé sur les principes de Locke, qui n'élait certainement pas sceptique, un système complet de scepticisme... Un esprit sain peut-il admettre ce système sans répugnance? En vérité cela me paraît impossible. Je suis persuadé qu'un scepticisme absolu n’est pas plus destructif de la foi du chrétien que de la science du philosophe et de la prudence de l’homme de bon sens. Je suis persuadé que l’injuste vit de la foi comme le juste... *. » Sans doute, pour Reid, comme pour Hume, la méthode d'observation est seule bonne, qu'il s'agisse d'étudier l'esprit ou la nature; et la principale cause d'erreur, ici ou là, c'est l'hypothèse. Mais, pour étudier l'esprit, il faut distinguer entre la voie d'analyse, qui égare, et la voie de réflexion, qui mène au but. « L'homme est porté à malérialiser l'esprit et à identifier ses opérations avec les phénomènes du monde extérieur. » A Descartes « appartient l'honneur d’avoir tiré le premier une ligne de démarcation distincte entre le monde matériel et le monde intellectuel »: il est le fondateur de la méthode réflexive, qui est une des formes de la méthode d'observation; il est « le père de Ja

1. Ce nratérialisme, d’ailleurs, au lieu d’être, comme celui de France, agressif à l'égard de la religion, se concilie avec elle. Voir Lange, Histoire du matérialisme, t. I, IV° partie, chap. 1.

2. Dédicace à lord Deskfoord. Voir Cousin, Philosophie écossaise, 4° éd., p. 282. |

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nouvelle philosophie ‘ ». Reid est d'accord avec Locke et Hume pour ne voir partout que phénomènes à observer; mais il se sépare d'eux en distinguant des phénomènes d’un ordre particulier. Il concilie Descartes et Bacon.

C'est avec prudence que Reïd étudie les opérations de l'esprit, sans vouloir les classer d’une façon rigoureuse et complète. — Parmi les facultés intellectuelles, celle dont il s’est occupé d'abord et qu'il s'est attaché surtout à analyser, c'est la perception *. S'il y a, dit-il, un intermédiaire, l’idée représentative, entre le sujet et l’objet, il faut renoncer à connaître aucune substance et nous sommes enfermés dans les représentations; mais cette idée représentative est inintelli- gible,— qui ne saurait être ni immatérielle puisqu'elle donne la notion de la matière, ni matérielle puisqu'elle pénètre en la pensée. Bien que cela soit d'ailleurs inexplicable, la percep-

tion fait connaître la matière en vertu de la constitution même de l'esprit *, et sans qu'il y ait, comme tant de philosophes l'ont soutenu ‘, des images interposées. La mémoire est une perception immédiate du passé, dont il est impossible également de rendre compte. La conscience, faculté distincte, ne connait que des phénomènes. La raison fournit un certain nombre de jugements, — relatifs soit aux vérités contingentes’, soit aux vérités nécessaires °, — tels que, si on les rejette, iln’y a plus qu'absurdité spéculative et pratique, et qui dès lors s'imposent.

‘4 1. Voir Cousin, ibid., pp. 310, 314.

| 2. Recherches sur l’entendement; Essais sur les facultés intellectuelles.

3. Par une sorte de syggestion (le mot se trouve chez Reid) que les sensations font naître. Voir Rabier, Psychologie, chap. xxx1, p. 414.

4. Reïd dit, et à tort : « tous les philosophes, sans exception, depuis Platon jusqu’à Hume >». Voir Rabier, op. cit., p. 215, note. Sur ce que Reid doit ou peut devoir à Arnauld (Des vraies el des fausses idées), voir Pillon, Année philosophique 1893, pp. 148 sqq.

* 5. Douze, parmi lesquels celui-ci : dans l’ordre de la nature, ce qui arrivera ressemblera probablement à ce qui est arrivé dans des circonstances semblables.

6. Six classes : grammaticaux, logiques, mathématiques, esthétiques, moraux, métaphysiques (de substance, cause et fin). — Reid a reconnu ce qu’il doit au Trailé des vérités premières du P.-Buffier.

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Reid au doute extrême opposait l'excès de la croyance, puisqu'il acceptait, sans discussion ni réduction, tout ce que le sens commun lui présentait : téméraire en ce qu’il se fiait aveuglément aux données vulgaires; circonspect en ce que, si manifestes qu’elles lui apparussent dans l'esprit, il ne prétendait pas, avec ces données, franchir les bornes de l'esprit même.

11: FRANCE. — LES SCIENCES. LA METTRIE, D 'HOLBACH, DIDEROT. CONDILLAC. VOLTAIRE, ROUSSEAU

Le scepticisme moderne acceptait et favorisait les sciences positives, loin de les rejeter ou de les entraver. Au xvn° siècle, parmi le conflit des systèmes, elles n'avaient cessé de progresser; au xvin® siècle, ce progrès était devenu plus régulier et plus apparent : non seulement les résultats d'efforts divers se rejoignaient pour former comme une trame ample et serrée, mais plus nombreux de jour en jour étaient les artisans qui l’ourdissaient et plus nombreux surtout — en France particulièrement — les curieux qui, sans se mettre euxmèmes à l’œuvre, se plaisaient à la suivre et l’encourageaient en s’y intéressant.

Fontenelle, par les dates de sa vie comme par le sujet de ses ouvrages, appartient aux deux siècles et les relie. Bayle, sans doute, à beaucoup fait pour affranchir les esprits et pro-

pager une curiosité hardie

: mais « il ne savait presque rien en physique », — Voltaire le lui reproche, — et son érudition n'allait pas sans pédantisme. Avec Fontenelle, le poète, le bel esprit, l'homme de lettres cesse d'être étranger aux sciences; bien plus, il les fait entrer dans la litlérature, il s’en constitue le « vulgarisateur », il amuse de cette nou-

veauté les courtisans et les grandes dames. Bientôt tout écri-

* 1. Son Dictionnaire eut de 16971 à 1741 onze éditions. Voir Deschamps, la Genèse du scepticisme érudit chez Bayle; Brunetière, a Critique de Bayle, Revue des Deux Mondes, 1° août 1892,

vain, ou peu s'en faut, allait être « philosophe », et tout philosophe savant. C'est au xvm° siècle, et en France ‘, que l’idée devait venir pour la première fois d'exposer en raccourci ce qui s'ajoutait de lumières à celles des siècles précédents, et de réduire à quelques volumes tout ce que les hommes avaient découvert jusqu'alors dans les sciences et dans les arts ?

la matière ne devait manquer, ni le succès à une telle entreprise.

« Il s’est répandu depuis un temps, déclarait Fontenelle’, un esprit philosophique presque tout nouveau, une lumière qui n'avait guère éclairé nos ancêtres... Comme on s'est avisé de consulter sur les choses naturelles la nature elle-même plutôt que les anciens, elle se laisse aisément découvrir; et assez souvent, pressée par de nouvelles expériences que l’on fait pour la sonder, elle accorde la connaissance de quelquesuns de ses secrets. » L'observation et l'expérience, en effet, avaient accru extraordinairement la connaissance de l’univers, des lois physiques et des phénomènes de la vie“. Mais sous l'influence de Descartes, les savants de plus en plus avaient cherché par la mathématique à donner aux diverses sciences à la fois la précision et l’unité. « Les mathématiques servent à donner à notre raison l'habitude et le premier pli du vrai. Elles nous apprennent à opérer sur les vérités, à en prendre le fil souvent très délié et presque imperceptible.... A mesure que les sciences ont acquis plus d'étendue, les méthodes sont devenues plus simples et plus faciles *. » Cette action ne s'était pas fait sentir seulement dans la physique et

1. L'Encyclopédie anglaise de Chambers est moins complète et n’a pas le même caractère philosophique.

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