‹ La Synthèse Des Connaissances Et L'HistoireChapitre 75 sur 277 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

1. Ibid., p. 240. Dans les Réveries, parlant de « ces ardents missionnaires d’athéisme et très impérieux dogmatiques », qui ne souffraient pas qu’on « osât penser autrement qu'eux », il dit : «Ils ne m’avaient pas persuadé,

mais ils m’avaient inquiété... et mon cœur leur répondait mieux que ma raison ».

l'influence de Descartes et de Locke avec le génie propre de Rousseau : comme Descartes, il rejette toute autorité pour interroger la lumière naturelle; comme Locke, — et comme . Condillac aussi, qu'il estimait, — il analyse cetesprit dontil va faire l'arbitre de la vérité; mais niiln'identifie tout l'être avec là raison, niil ne constitue toute la nature humaine avec des sensations passives : plus que Condillac, il pénètre dans la réalité intime et vivante de l'âme.

« J'existe, et j'ai des sens par lésquels je suis affecté. Voilà la première vérité qui me frappe et à laquelle je suis forcé d’acquiescer. Ai-je un sentiment propre de mon existence, où ne la sens-je que par mes sensations? Voilà mon premier doute, qu'il m'est, quant à présent, impossible de résoudre... Mes sensations se passent en moi, puisqu'elles me font sentir mon existence ; mais leur cause m'est étrangère, puisqu'elles m'affectent malgré que j'en aie, et qu’il ne dépend de moi ni de les produire, ni de les anéantir. Je concois donc clairement que ma sensation, qui est en moi, et sa cause ou son objet, qui est hors dé moi, ne sont pas la même chose... Me voici déjà tout aussi sûr de l'existence de l’univers que de la mienne. Ensuite je réfléchis sur les objets de mes sensations; et trouvant en moi la faculté de les comparer, 7e me sens doué d'une force active que je ne savais pas avoir auparavant. Apercevoir, c’est sentir; comparer, C’est juger ; juger et sentir ne sont pas la même chose. Par la sensation, les objets s'offrent à moi séparés, isolés, tels qu'ils sont dans la nature; par la comparaison, je les remue, je les transporte pour ainsi dire, je les pose l'un sur l'autre pour prononcer sur leur différence ou leur similitude, et généralement sur tous leurs rapports. Selon moi, la faculté distinctive de l'être actif ou intelligent est de pouvoir donner un sens à ce mot esf...”. »

L'existence, en somme, pour Rousseau; est donnée dans

1. Profession, pp. 240-241. Voir tout ce passage, souvent ingénieux, mais qui nest pas sans confusion : sentir, c’est tantôt avoir des sensations, tantôt avoir un sentiment.

la sensation : mais, en analysant la sensation, il y découvre un non-moi ou un objet, et un moi ou sujet actif. Cette activité, dit-il, « quoique je ne la produise qu'à l’occasion de Pimpression que font sur moi les objets », « toujours est-il vrai qu'elle est en moi et non dans les choses, que c’est moi seul qui la produis * ». Voilà donc tranchées par l’évidence intime les difficultés où se débattait l'empirisme absolu de Hume. Rousseau ne s’embarrasse point de savoir si ce qu’on appelle matière est réel ou idéal? : mais, tout comme il sait qu'il y a des mouvements spontanés parce qu'il le sent, — «et c’est en vain qu'on voudrait raisonner pour détruire en lui ce sentiment, il est plus fort que toute évidence; autant vaudrait lui prouver qu'il n'existe pas® », — il est persuadé qu'il y a des mouvements simplement communiqués, et son esprit « refuse tout acquiescement » à l’idée de la matière se mouvant d’elle-mème ou produisant quelque action. Si le mouvement, dit-il, était essentiel à la matière, il en serait inséparable et l’on ne pourrait concevoir la matière en repos : d'Holbach en convient. Quand on parle de « force universelle » et de « mouvement nécessaire », on ne s'explique pas, ajoute-t-il, sur la direction de ce mouvement; si le mécanisme du monde a une direction déterminée, il faut qu'il y ait une cause qui la détermine : Diderot et Robinet, . précisément, unifient le monde et la cause. Lorsque Rousseau s'écrie : « Il ne dépend pas de moi de croire que la matière passive et morte a pu produire des êtres vivants et sentants, qu'une fatalité aveugle à pu produire des êtres intelligents; que ce qui ne pense point a pu produire des êtres qui pensent », il formule contre le matérialisme brut l’objection qui, par une nécessité interne, inclinait alors les matérialistes mêmes au dynamisme : mais que la matière fût passive et

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