‹ La Synthèse Des Connaissances Et L'HistoireChapitre 80 sur 277 · Profession, p · texte numérisé non relu

Profession, p

2. « Plus je rentre en moi, plus je me consulte, et plus je lis ces mots écrits dars mon âme : Sois juste et tu seras heureux. » Profession, p. 253. « Laisse ces vains moralistes, et rentre au fond de ton âme. » Nowvelle Héloïse, Il° partie, lettre xr.….

3. Profession, p. 261 : Rousseau, dans cette page, répèle sous plusieurs formes la même idée.

4. Dès son premier Discours il a exprimé ces idées : « ( vertu, science sublime des dmes simples... tes principes ne sont-ils pas gravés dans tous les cœurs? et ne suffit-il pas pour apprendre tes lois de rentrer en soi-même, et d'écouter la voix de sa conscience dans le silence des passions? Voilà la

vraie philosophie... » Dernier paragraphe. Cf. quatrième lettre sw la Vertu el le Bonheur.

lence de sa nature et la moralité de ses actions; sans toi je ne sens rien en moi qui m'élève au-dessus des bêtes que le triste privilège de m’égarer d'erreurs en erreurs à l’aide d’un entendement sans règle et d'une raison sans principe. » Toute la philosophie pour Rousseau procède donc, en définitive, du sentiment; sentiment, cœur, conscience, c’est tout un : la même spontanéité résout les problèmes de la pratique et ceux de la spéculation. Ces problèmes ne sont pas distincts, et à peine sont-ce des problèmes. Tout appareil pédantesque et toute science sont superflus : « Nous pouvons être hommes sans être savants » ‘. Si des objections, venues des autres ou de lui-mème, inquiètent son esprit : « Tout cela, se dit-il, ne-sont que des arguties et des subtilités métaphysiques, qui ne sont d'aucun poids auprès des principes fondamentaux adoptés par ma raison, confirmés par mon cœur, el qui tous portent le sceau de l'assentiment intérieur dans le silence des passions * ».

Partie des phénomènes, et non plus comme avec Descartes de la substance, la pensée française, au xvin° siècle, retrouvait, par la science et par la psychologie, une unité dans la Nature et dans l’Individu. Plus ou moins, et obscurément parfois, c'est d'après la conscience que les philosophes d'alors concevaient la nature, le dehors d'après le dedans : mais à la plupart néanmoins le dehors et le dedans semblaient également connus, et connus ensemble. Rousseau, lui, comme Condillac, avec moins de suite dans son dessein mais avec plus de netteté dans ses conclusions, a pris pour centre de sa philosophie l'individu, et il a vu nettement l'essence de l'in-

4. Profession, p. 262; cf. Discours sur les sciences el les arts et Réveries.

9. Réveries, 3° promenade. — Il faut remarquer ici que le sentiment de Rousseau est bien différent de la sympathie de certains empiriques anglais : c’est une force psychologique et non un fait moral; de là sa nouveauté et sa portée philosophiques. Cette morale du cœur à un caractère plus empirique en Angleterre (Adam Smith et les Écossais), plus psychologique en France, plus métaphysique en Allemagne (Jacobi). Voir Angot des Rotours, la Morale du cœur.

dividu dans l’activité. Au lieu de faire de la loi morale la ; conséquence et la dépendance des lois physiques ou psycho-

logiques découvertes par l'analyse, dans la loi morale ‘il a

surpris le vœu spontané et l’expression intuitive de l’activité

intuitivement révélée. Tandis que Descartes avait trouvé au! fond de lui des vérités ontologiques dans la raison abstraite,

Rousseau recueille en soi des vérités psychologiques et pra-

tiques nées de l’irrésistible mouvement du cœur : ses idées

indécises sur l'univers sont des postulats — ou, pour mieux

dire, des créations — du sentiment. — Cette sensibilité, trop

vibrante, qui se manifestait en lui — les accès d'enthousiasme,

les élans généreux, l'excès même, en quelque sorte patho-

logique, des émotions et des impulsions — à sans doute

éclairé Rousseau sur la vie du cœur : c'est ainsi que cer-

taines maladies mentales font mieux connaître au psycho-

logue, comme par une expérience grossissante, certaines

opérations de l'esprit !.

Voilà donc que s'approfondissent ces préoccupations morales qui, au xvin° siècle, tendent avec quelques penseurs à déplacer, pour ainsi dire, le centre de la spéculation ?. Il est possible, au surplus, si paradoxal que cela semble d’abord, de montrer en Rousseau le continuateur à la fois des sceptiques comme Montaigne et, dans une certaine mesure, des chrétiens comme Pascal. Montaigne humilie la raison: il veut qu'on suive « l'instinct » et la « nature » : et Rousseau, qui connaît bien, qui cite souvent Montaigne ‘, ne diffère, au fond, de lui qu'en faisant de la nature, non

1. On a montré, en l’exagérant (Texte, op. cit.), l'influence anglaise — et aussi l'influence germanique — dans l’œuvre de Rousseau. Mais Rousseau est d’abord Rousseau; et sa philosophie du sentiment a des caractères bien français, comme je viens de l'indiquer. s

2. Montesquieu disait de son côté : « Quand il n’y aurait pas de Dieu, nous devrions toujours aimer la justice, c’est-à-dire faire tous nos efforts pour ressembler à cet être dont nous avons une si belle idée, et qui, sil existait, serait nécessairement juste ». Lettres persanes, cité par Gérard, Rev. phil, t. III, p. 459.

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