Progrès du piélisme qui développe la vie intérieure
2. Aufklärung, lumières ou, plus exactement, effort vers la clarté : influence des rationalistes et « déistes » anglais et des « philosophes » français. « Le monde se déniaise furieusement. Une grande révolution dans les esprits s’annonce de tous côlés. Vous ne sauriez croire quels progrès la raison a faits dans une partie de l'Allemagne. Je ne parle pas des impiés qui embrassent
- ouvertement le système de Spinoza: je parle des honnêtes gens qui n’ont point de principes fixes sur la nature des choses, qui ne savent point ce qui est, mais qui savent très bien ce qui n’est pas : voilà mes vrais philosophes. » Voltaire à d’Alembert, 5 avril 4165. — Voir Windelband, Gesch. der neueren Phil. (Marion, Rev. phil., t. VIIL, p. 210); Lévy-Bruhl, la Philosophie de Jacobi,
chap. 1; Bourdeau, l’Allemagne au XVIII siècle, Rev. des Deux Mondes, 1° août 1886.
en un sens étroit l'harmonie préétablie. Il croit à la Providence et il est optimiste, ainsi que Leïbnitz, mais d'une façon plus grossière, pour ainsi dire, et plus littérale ‘. Par Wolf, l'influence de Leibnitz subsiste, mais sa pensée s’altère : il fait école, mais cette philosophie d'école, en se recommandant de lui, lui porte préjudice. — Le vrai mérite de Wolf fut, par sa méthode, d'enseigner la méthode à l'Allemagne : « IL entrevit dès sa jeunesse le vaste plan. de faire de toutes les connaissances philosophiques un vrai système, qui procédât de principes en conséquences, et où toutes les propositions fussent déduites les unes des autres avec une évidence démonstrative * »; il fut le « maître à penser », comme a dit Voltaire, | « instituteur », comme a dit Hegel, de l’Allemagne *. |
Cependant Hume, Bayle et Voltaire, Diderot, La Mettrie et d'Holbach étendirent au pays de Wolf l'influence soit de leurs doutes, soit de leurs tendances ou de leurs doctrines matérialistes; et il se produisit des tentatives, des combinaisons diverses “. Mais il est aisé de constater que, s'il y eut des matérialisies allemands au xvin° siècle *, en général le matérialisme franc répugnait à l'Allemagne d'alors. Gœthe a exprimé en termes très vifs l'impression que le Système de la nature produisit sur lui-même et sur sa génération : « Nous ne comprimes pas comment un pareil livre pouvait être dan-
1. Il faut reconnaitre que, dans son ontologie, il y a déjà du Hegel, et, dans sa morale, du Kant.
2. Formey, Mémoire abrégé sur la vie de Wolf, cité par Lévy-Bruhl, l'Allemagne depuis Leibnitz, p. 61. — Kant parle de « la méthode sévère du célèbre Wolf, de tous les philosophes dogmatiques le plus distingué, et qui donna le premier l'exemple (et par cet exemple il créa l'esprit de profondeur que l'Allemagne n’a pas encore perdu) de la manière dont par l'établissement légitime des principes, par la claire détermination des concepts, par la sévérité dans les démonstrations, l’on peut, en évitant dans les conséquences les sauts téméraires, entrer dans la voie sûre de la science ». (Préf. à la 2° édit. de la Crit. de La R. pure, trad. Tissot, p. 26.)
3. À Wolf se rattachent Bilfinger, Ludovici, Baumgarten, —Reimarus aussi, et Mendelssohn.
4. Plusieurs philosophes, avant Kant ou en même temps, essayèrent de combiner Leibnitz et Wolf avec Locke et Hume : par exemple, Lambert et
Tetens.
5. Voir Lange, Hist. du matérialisme, t. I, liv. IV, chap. r et 1v.
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gereux. Il nous parut si pâle, si ténébreux, si cadavéreux que nous avions peine à en soutenir la vue. Aucun de nous n'avait lu le livre jusqu'au bout, car nous trouvions déçue l'attente dans laquelle nous l'avions ouvert: On nous annon-
çait un système de la nature, et nous espérions, par consé-
quent, apprendre quelque -chose sur la nature, notre idole. … Mais quel désert, quel vide nous sentions dans ce triste et nébuleux athéisme, où disparaissait la terre avec toutes ses figures, le ciel avec toutes ‘ses étoiles! Il y aurait eu une matière de toute éternité, et de toute éternité en mouvement, et par ce mouvement à droite et à gauche, et de tous côtés,
- elle aurait, sans autre secours , produit les immenses phéno-
mènes de l'être... Mais d’ Holbech paraissait en savoir aussi peu que nous sur la nature; car, après avoir établi comme des jalons quelques idées générales, il les abandonne aussitôt pour transformer ce qui apparait comme plus élevé que la
nature, ou du moins comme une nature plus élevée dans la
nature, en une nature matérielle, pesante, qui se meut, il est vrai, mais sans direction et sans forme, et par là il croit
avoir beaucoup gagné... »
Quelque fruit qu'il retirât du doute et de la science posi-
» tive, ni dans le scepticisme, ni dans le matérialisme, ni dans
un déisme sec et raisonné, le génie allemand, alors que s'éveillaient ses énergies sommeillantes, ne trouvait rien qui
- répondit aux « inexprimables besoins spirituels ? » du temps. Il y avait, en général, dans l’esprit français, quelque chôse de
« froid », de « négatif », par quoi l'Allemagne était inquiétée,
avide comme elle l'était de vie morale, de poésie et de foi.
Si nous ouvrions un volume de l'Encyclopédie, dit Gæthe, « nous ressentions une impression pareille à celle qu’on éprouve lorsque, au milieu d'innombrables bobines et métiers en mouvement, on parcourt une grande fabrique, et que ce
1. Gœthe, Vérité et Poésie, Il° partie, liv. XI: trad. Porchat, pp. 424-4%5. 2. Paroles de Gœthe à propos de Jacobi et de lui-même. Ibid., IL, xrv; trad.
Porchat, p. 538.
ronflement et ce tintamarre, ce mécanisme qui trouble l’œil et l’esprit.…., enfin la vue de tout ce qui est nécessaire pour fabriquer une pièce de drap, font prendre en dégoût l'habit même qu'on a sur le corps ‘ ». Diderot, il est vrai,
avait « assez d’aflinité » avec la pensée allemande : mais
c'est en Rousseau et c'est en Spinoza qu’elle se reconnut
surtout elle-même. L'un fut accueilli, l’autre fut retrouvé
avec un extraordinaire enthousiasme. Dès lors une réaction
devait se produire contre la philosophie rationaliste des
« lumières * ».
« Les livres de Rousseau contiennent une nouvelle révélation de la nature, qui a dévoilé à son favori ses secrets les plus intimes, en un temps où les hommes semblaient en avoir perdu jusqu’au sentiment », ainsi parle Klinger, un poète, « O Rousseau, mentor de notre siècle, sauveur de la vertu, tu pénètres au fond du cœur des hommes, tu arraches leur masque aux fausses gloires, et tu les chasses, comme Dagon, de leurs sanctuaires ! », ainsi s’exclame Herder, un poète philosophe *. «Je ressens dans toute sa violence la soif du. savoir, la curiosité inquiète d'y avancer, et la joie de chaque progrès. Il fut un temps où je croyais que l'honneur de l'humanilé est là tout entier, et où je méprisais le peuple qui ne sait rien. C’est Rousseau qui m'a ramené dans le droit chemin. Ma présomption aveugle s'évanouit; j'apprends à honorer les hommes : et je me trouverais bien plus inutile que le dernier des artisans, si je ne croyais pas que restituer les droits de l'humanité, comme je le fais, suflit à donner une valeur à tous mes autres travaux », ainsi Kant lui-même avoue l'influence de Rousseau . Il avait un seul portrait dans son