III. ALLEMAGNE. — KANT ET LA PHILOSOPHIE POST-KANTIENNE
Au xvn° siècle, c’est en Allemagne, avec Leibnitz, que la pensée européenne avait fait l'effort le plus profond pour se ! contenter en conciliant ses éléments divers; c'est en Allemagne encore, au xvir siècle, avec Kant, qu'elle devait travailler de la façon la plus originale à résoudre les contradictions nouvelles où elle se débattait.
On peut dire que, pendant longtemps, l'Allemagne se reposa d’avoir produit Leibnitz, —en ce sens qu’elle restaura,
1. Voir la Déclaration des droits de l'Homme et l'Etre supréme, étude posthume de G. d’Eichthal, Revue Bleue Au 5 juin 1886; Aulard, Je Culte de la Raison et de l’Etre suprême; Janet, Hist. de la science politique; Henry Michel, l’Idée de l'État.
emprunt, élabora, plutôt qu'elle ne créa véritablement, et que tout ce qu'il y avait de neuf dans sa pensée resta vague et incomplètement formulé ‘. Le génie allemand « s'éclairait » * : avec une active curiosité, il recueillait tout ce qui pouvait venir de France et d'Angleterre; et, en attendant qu'il prit conscience de lui-mème, il se préparait ainsi à continuer et à promouvoir la pensée collective.
Leibnitz, cartésien malgré tout, passait, en quelque sorte, par la raison pour atteindre cette activité dont il faisait le fond de l'être; et, s’il philosophait pour affermir la morale, il fondait la moralité sur le développement des idées claires et distinctes que produit la raison : la Raison suprême, révélée dans la raison humaine, y est aimée en même temps que connue; de l'amour naît l’obéissance, et dans cette obéissance est le bonheur. Sa philosophie, dynamique, était en même temps rationnelle, et les substances de son dynamisme étaient inconciliables avec la substance de son rationalisme. — Mais les idées de Leibnitz se trouvaient éparses : Wolf en voulut former un système; et, en les liant, s’il fit disparaître certaines difficultés, il fit apparaître certaines faiblesses. Leibnitz avait vu que la méthode mathématique n’explique pas le réel, mais le possible, et il avait subordonné le principe d'identité au principe de raison suffisante : Wolf, logicien surtout, insiste moins sur le rôle du grand principe leibnitien. Il met entre le corps et l’âme des différences de nature, et non plus des différences de degré, et il interprète