DE. À
ÉVOLUTION DE LA PHILOSOPHIE AU XVIII‘ SIÈCLE. 159 réalité nouménale !, un monde où règne la nécessité morale — différent du monde sensible où se développe dans l’espace et le temps la nécessité mécanique *. Ainsi est certaine, et non simplement possible, l'existence d'une cause incondi- tionnelle; dans le domaine pratique, nous pouvons aflirmer le noumène : nous le connaïssons d'une façon immanente, mais nous ne le voyons pas cependant *.— Ce n’est pas tout : Kant découvre que le souverain bien de la volonté, pour être parfait, doit concilier la sainteté avec le bonheur‘. Or la sainteté ne peut se réaliser que par « un progrès à l'infini » ; et le bonheur n’est pas en connexion nécessaire avec la moralité *. La loi morale postule par conséquent la persistance indéfinie de l'être raisonnable, — « ce qu'on appelle limmortalité de l’âme », — et l'existence d’une cause de ” toute la nature, dont « la causalité est conforme à l'inten-
tion morale », et qui mettra d'accord les deux ordres. Un « royaume de Dieu », selon l'expression chrétienne, tendrait donc à se réaliser.
E 1. « La nature dans le sens le plus général est l’existence des choses sous des lois. La nature sensible d'êtres raisonnables en général est l'existence
“ de ces êtres sous des lois empiriquement conditionnées, ce qui, pour la raison, est une héféronomie. La nature supra-sensible de ces mêmes êtres est au contraire leur existence d’après des lois indépendantes de toute condition empirique, qui appartiennent par conséquent à l'autonomie de la raison pure. Et comme les lois d’après lesquelles l’existence des choses dépend de la connaissance sont des lois pratiques, la nature supra-sensible, en tant que nous pouvons nous en faire un concept, n’est qu'une nature sous Pautonomie de la raison pure pratique. La loi morale nous transporte, d'une manière idéale, dans une nature où la raison pure, si elle était accompagnée d’un pouvoir physique proportionné à elle-même, produirait le souve-
rain bien... » Analyt. de la Raison pral., chap. 1, 1.
2, Sur le caractère intelligible et le caractère empirique, voir Examen crit. de l'Analyt. de la Raison prat., trad. Picavet, p. 179. « S'il était possible pour nous d’avoir de la manière de penser d’un homme, telle qu’elle se montre par des actions internes, aussi bien qu’externes, une connaissance assez profonde pour que chacun de ses mobiles, même le moindre, fût connu en même temps que toutes les occasions extérieures qui agissent sur ces derniers, on pourrait calculer la condition future d’un homme avec autant de certitude qu’une éclipse de lune ou de soleil, e/ cependant soutenir en même temps que l’homme est libre. »