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LA MAGIE ET l'oRIGINE DE LA SCIENCE 2o3

faire des reprises sur la société. Et la société elle-même se transforme à la suite de ces conquêtes.

J) Durkheim, Hubert et Mauss font parfois des concessions à l'individu : en dépit de leurs tendances, ils ne nient pas absolument que l'individu puisse quelque chose sur les institutions et surtout qu'il soit capable, en y prenant son appui, de « voler de ses propres ailes » ' . Voilà qui apparaît tout particulièrement dans leurs curieuses études sur la magie.

La magie repose, comme la religion, sur la notion du sacré ; mais les rites magiques ne font point partie d'un culte organisé : ils sont privés, secrets, mystérieux et tendent comme limite vers le culte prohibé". Les magiciens sont des isolés '^ ; ils se servent des rites traditionnels pour des fins particulières ; ils innovent dans la pratique de ces rites, et certaines de leurs innovations vont dans le sens des techniques positives : ils commencent à observer les propriétés concrètes des choses, et l'on trouve, avec eux, de « véritables rudiments de lois scientifiques* )),non pas seulement des variations arbitraires, mystiques, sur le thème de la causalité.

A vrai dire, les auteurs du Mémoire insistaient beaucoup moins sur le côté individuel que sur le côté social de la magie : nous avons relevé ce qu'il y avait, dans leurs termes, d'équivoque ou de tendancieux. Dans la préface des Mélanges, où ils répondent à diverses observations et objections % ils font

1. Voir mon article, pp. 3i et suiv. L'expression « voler de ses propres ailes » est employée par Hubert et Mauss à propos des arts et des sciences.

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