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Mémoire sur la maf/ie, p

3. Nous ne sommes pas arrivé à bien saisir si ces isolés sont toujours ou quelquefois associés entre eux. Voir mon article, p. 3!\, et la réponse, Rev. de l'Hist. des relig., pp. 180-181.

(i. Mémoire, p. ^5 ; cf. mon article, p. 26.

5. En particulier à celles de Paul Huvelin, Magie et droit individuel (^Année Soc, t. X), et aux nôtres. Voir Rev. de l'Hist. des relig., art. cité, pp. 187-188.

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ressortir nettement ce que la magie doit aux individus et a fait pour le développement de Tindividu. « La magie a... fourni à Tindividu les moyens de se faire valoir à ses propres yeux et aux yeux des autres, ou bien d'éviter la foule, d'échapper à la pression sociale et à la routine. A l'abri de la magie, non seulement les audaces juridiques ont été possibles, mais aussi les initiatives expérimentales. Les savants sont fils des magiciens. — Nous avons fait de fréquentes allusions au rôle que l'individu joue dans la magie et à la place qu'elle lui fait. On les a considérées comme des concessions prudentes, destinées à compenser l'excessive rigueur d'une théorie sociologique qui semblait nier dans la magie l'autonomie des magiciens. Il n'y avait là ni concession ni contradiction. Notre travail avait précisément pour objet de déterminer la place de l'individu dans la magie, par rapport à la société. — Nous nous proposions au début de nos études, surtout de comprendre des institutions, c'est-à-dire des règles publiques d'action et de pensée. Dans le sacrifice, le caractère public de l'institution, collectif de l'acte et des représentations est bien clair. La magie, dont les actes sont aussi peu publics que possible, nous fournit une bonne occasion de pousser plus loin notre analyse sociologique. Il importait avant tout de savoir dans quelle mesure et comment ils étaient sociaux. Autrement dit: quelle était l'attitude de l'individu dans le phénomène social.^ Quelle était la part de la société dans la conscience de l'individu? Lorsque des individus se rassemblent, lorsqu'ils conforment leurs gestes à un rituel, leurs idées à un dogme, sont-ils mus par des mobiles purement individuels ou par des mobiles dont l'existence dans leur conscience ne s'explique que par la présence de la société? Puisque la société se compose d'individus organiquement rassemblés, nous avions à chercher ce qu'ils apportent d'euxmêmes et ce qu, ils reçoivent d'elle, et comment ils le reçoivent. Nous croyons avoir dégagé ce processus et montré comment, dans la magie, l'individu ne pense, n'agit

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que dirigé par la tradition, ou poussé par une suggestion qu'il se donne lui-même sous la pression de la collectivité. — Notre théorie se trouve ainsi vérifiée, même pour le cas difficile de la magie, oîi les actes de l'individu sont aussi laïcs et personnels que possible ; nous sommes bien sûrs de nos principes en ce qui concerne le sacrifice, la prière, les mythes. On ne doit donc pas nous opposer à nous-mêmes si, parfois, nous parlons de magiciens en renom, qui mettent des pratiques en vogue, ou de fortes personnalités religieuses, qui fondent des sectes et des religions. Car, d'abord, c'est toujours (a société qui parle par leur bouche et, s'ils ont quelque intérêt historique, c'est parce qu'ils agissent sur des sociétés. » Cette longue citation est utile: car ici même on sent la résistance de la doctrine, — qui entraîne une confusion manifeste. La société ne parle point par la bouche du magicien quand le magicien se sert, en les modifiant plus ou moins, des créations de la société, pour un usage qui n'est pas social. Et s'il est bien vrai qu'ils n'ont d'intérêt historique qu'en tant qu'ils agissent sur des sociétés, nous en avons dit tout autant des contingences, du pur hasard, — qui, à coup sûr, n'ont rien de social en soi, mais qui peuvent produire des effets sociaux ^

Peut-être faut-il admettre, pour être tout à fait équitable à regard des promoteurs de la sociologie religieuse, pour concilier leurs peut-être avec leurs affirmations, qu'ils ont moins une doctrine qu'une méthode, que, dans leur désir de faire

I. Cf. p. i8i : « En ce qui concerne les rites et les représentations, le magicien n'invente pas à chaque coup. La tradition qu'il obsene est garante de l'efficace des gestes et de l'autorité des idées. Or, qui dit tradition dit société. En second lieu, si la magie n'est pas publique, la société n'y est pas moins présente. Si le magicien se retire, se cache, c'est de la société, et si celle-ci le repousse, c'est qu'il ne lui est pas indifférent. Elle n'a peur du magicien qu'en raison des pouvoirs qu'elle lui prête et il n'agit contre elle qu'armé par elle. » En vertu du même raisonnement, on pourra soutenir que tout non-conformiste, que tout hétérodoxe, que tout novateur est sous l'influence de la société.

de la science, ils travaillent à éliminer le plus possible et Vaccidentel et Vhumain. L'accidentel n'explique rien, et l'humain est facilement une explication paresseuse. Il est fâcheux, cependant, qu'une certaine préconception delà science aboutisse à amoindrir le rôle de tel et tel éléments du réel. On devrait dire explicitement : « Nous essayons de pousser à bout l'explication par l'élément social, qui est la plus scientifique, — au sens habituel du mot. Nous ne nions pas les éléments que nous ne prenons pas en particulière considération : nous sentons leur résistance. » Il ne faudrait pas dire, au contraire : « Ce n'est pas [l'individu] qui projette son âme dans la société, c'est delà société qu'il reçoit son âme S) : voilà qui à une exagération en oppose une autre.

3. — a) Les origines de la pensée ne peuvent être reconstituées que par à peu près : nous l'avons dit et redit. Il est bien évident que, par la nature même des choses et par la nature aussi des documents qui subsistent, quand on remonte aux sociétés primitives et disparues, c'est l'action du milieu social qui est le plus apparente. Mais quand on s'en tient aux périodes de civilisation ou de précivilisation, le rôle de l'individu et de la pensée tout à la fois apparaît mieux et se précise. La tendance qu'ont nos sociologues, pour justifier leur parti pris, à se cantonner dans les temps lointains et

I. Introduction de Hubert, p. xxxv ; cf. mon article, pp. 33, 3']. — On trouve dans les ouvrages confus et cependant intéressants de D. Draghicesco, Du rôle de l'individu dans le déterminisme social (igoA), et Le problème de la conscience, étude psycho-sociologique (1907), l'exagérationf la réduction à l'absurde de la thèse sociologique : « La psychologie est une science sociale comme la morale » ; « la conscience ne peut être leproduit que du milieu social, exclusivement » ; « la pensée de la société est chose primaire » et la pensée de l'individu en dérive. « L'âme et la conscience sont... le flambeau qui s'allume à l'inter-contact des individus. Le milieu social, la collectivité, la vie en commun sont le principe initial de l'esprit, le primum movens de la conscience. » Voir, dans la Rev. de Synth, hist., avril 1906, pp. 197-30^, mon art.. Les rapports de l'individw et de la société, d'après M. Draghicesco.

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