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L'AVENIR DE L'HISTOIRE

Si Ton cherche à dégager les caractères généraux, à la fois de la production proprement historique et de la production théorique, dans la période récente, on est amené à faire la constatation que voici. En France et, en général, dans les divers pays de haute culture, la préoccupation de science a beau être de plus en plus vive, un grand nombre d'historiens restent, malgré tout, plus ou moins attachés à une conception traditionnelle de l'histoire; beaucoup de théoriciens, même parmi ceux qui aspirent à l'histoire-science, font une telle part à l'élément individuel et aux événements singuliers dans l'histoire, accordent une telle place à la personnalité de l'historien, parfois même se montrent si préoccupés de fins pratiques et subjectives, qu'ils tournent véritablement le dos à la science.

Puisque, plus ou moins nette, tantôt à peine consciente, tantôt poussée jusqu'aux limites du paradoxe, une conception subjectiviste persiste dans une foule d'œuvres très diverses, — pragmatiques et théoriques, — nous voudrions, après en avoir précisé le caractère, chercher la raison d'être profonde de cette conception. Et si elle nous paraît, en quelque mesure, répondre aux fins de l'histoire, nous aurons à nous demander comment il en pourra survivre quelque chose dans l'avenir des études historiques.

232 COINCLUSION

Ce que nous appelons la conception subjectiviste de l'histoire ne doit pas être confondu avec une conception aujourd'hui périmée pour les esprits avertis. La question qui a été tant débattue : si l'histoire est un art ou une science, est résolue définitivement. L'histoire est une des formes de la recherche delà vérité: elle n'est pas un genre littéraire. Pas plus qu'un traité de biologie ou de psychologie, un ouvrage d'histoire ne comporte de préoccupations esthétiques. Si un livre qui a contribué à l'établissement de la vérité, se trouve être beau par surcroît : c'est une chance heureuse, et c'est une sorte de luxe. Un historien n'est pas plus tenu d'écrire comme un Fustel de Coulanges qu'un biologiste d'écrire comme un Claude Bernard : mais, puisqu'il y a une certaine façon de présenter et d'exprimer les vérités les plus positives — même les vérités exactes — qui relève les mérites du fond, telle est également la beauté dont peut se revêtir l'histoire, — beauté sévère et qui n'est que la « splendeur » du vrai*.

S'il n'y a plus guère que des profanes pour confondre l'histoire et la littérature, il ne manque pas de professionnels et de théoriciens de l'histoire pour déclarer ou, sans le déclarer, pour demeurer intimement convaincus, que l'histoire, tout en n'ayant d'autre fm que d'établir la vérité, doit em-

I. Voir Bernheim, Lehrbuch, p. 792, sur les inconvénients de la recherche des effets d'art (cf. pp. i/jS et suiv., Das Verhultnis der Geschichte zur Kanst, et 626 et suiv., Reproduktion uiid Phanlasie) ; Langlois et Seignobos, Introduction..., pp. 360-262 ; Xénopol, L'histoire est-elle art ou science? in Rev. de Synth, hist., août 1907, t. XV, p. 87-91, L'imagination en histoire, ibid., févr. et avril 1909, t. XVIII, pp 20-3i, 172- 180; Gh. et V. Mortet, art. Histoire de la Grande Encyclopédie, pp. 128 et suiv. — Fustel de Coulanges a dit du style de Buffon, non sans un retour sur lui-même : « C'est le style d'un homme qui, s'il pense au style, pense encore bien plus à la vérité » (voir P. Guiraud, Fustel de Coulanges, chap. xi, F. de C écrioain, not. p. a^a).

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