LA « RACE PSYCHOLOGIQUE
dualité collective sont-ils sous la dépendance d'une tendance principale? Dans quelle mesure les divers caractères nationaux se laissent-ils, comme les caractères individuels, ramener à une classification ? Ce sont là problèmes à résoudre, et le travail est à peine entamé
Enfin on peut concevoir une éthologie génétique des peuples, qui cherche à démêler le rôle des diverses causes contingentes dont chaque individualité collective résulte. Ce point de vue particulier des études éthologiques implique un emploi combiné de l'ethnologie, de la géographie et de l'histoire. L'ethnologie, en fixant les traits de telle sous-race, abstraction faite — ou tentée — des milieux divers où elle s'est établie; la géographie, en précisant l'action éthologique d'un milieu donné, — par la comparaison des races qui s'y sont succédé et par la comparaison des effets que produisent des milieux analogues; l'histoire, en indiquant les contingences variées qui ont rapproché, amalgamé, ou morcelé, au contraire, les groupes humains, qui ont modifié la composition ethnique et le jeu des influences territoriales: ces disciplines combinées permettent de déterminer dans quelle mesure le caractère d'un peuple donné est quelque chose de dérivé, de composite — et d'original par là même. Et l'éthologie génétique, par ses progrès, en invitant aux comparaisons, montrera jusqu'à quel point ce qu'on peut appeler la race psychologique ou historique, sous la seule action des contingences secondaires, échappe aux fatalités originelles, comme on dit communément, c'est-à-dire aux contingences primaires de race et de milieu.
3. — Mais il nous faut précisément insister sur cette contingence du milieu, qui, comme celle delà race, a pris, aux yeux de certains théoriciens de jadis, — et même d'aujourd'hui, — une importance si exagérée, qui a été, pour ainsi dire, hyposlasiée par des philosophes, — Herder, Buckle, Mougeolle, — qui, récemment encore, a été isolée pour
fournir une interprétation générale de Tbistoire — Helmolt, Demoliîis'.
a) Le système de l'explication intégrale par le milieu est caduc, quoi qu'on puisse tenter pour le rajeunir; mais Thypotlièse d'un rôle actif joué par le milieu n'a plus besoin d'être confirmée : elle ne demande qu'à être précisée. Et c'est à quoi s'emploient actuellement bon nombre d'excellents travailleurs qui s'intéressent à la géographie dans son rapport avec l'histoire et qui déterminent peu à peu dans quelle mesure, de quelle façon le hasard pur est éliminé par cette cause contingente, — mais riche en effets durables et même en similitudes, — le milieu géographique. Ce qu'on appelle la géographie humaine, prolongement de la géographie de la vie', — discipline que les Allemands, Ritter, Ratzel surtout, avec une hardiesse généralisatrice qui va jusqu'à la témérité, ont développée puissamment, mais que notre Bodin, notre Montesquieu ont pressentie, et que l'école géographique française cherche à promouvoir aujourd'hui par des études prudentes, limitées, et d'autant plus fécondes, — la géographie humaine ressortit incontestablement à la synthèse historique.
I. Pour Helmolt, voir notre a" partie. Citons de M. Demolins, Les routes du monde moderne (igoS, suite de Comment la route crée le type social, Les routes de l'antiquité, 1901), ces lignes caractéristiques : « La cause première et décisive de la diversité des peuples et des races, c'est la route que les peuples ont suivie. Ce mot de route ne désigne pas seulement les régions parcourues par les peuples migrateurs, mais encore le lieu où ils se sont établis. « Voir Golajanni, op. cit., p. 218.
a. Des naturalistes ont désigné sous le nom d'œcologie les recherches relatives à Vinfluence du milieu ambiant sur les plantes et les animaux. Les classifications de tout ce qui vit sont, dans une certaine mesure, une « histoire du monde physique » (E. Perrier). On en est venu à concevoir, en zoologie, une méthode expérimentale {Enlwickehmçjsmechanik) destinée à prouver que la nature organique n'a dévoilé dans les espèces réalisées qu'une partie de son essence, que ce le développement typique et ordinaire n'est qu'une petite partie découpée dans la diversité des formations possibles ». Voir G. Séliber, Les plantes et le milieu e.vtérieur, à propos des travaux de Klebs, in Rev. du Mois, 10 janv. 1909, pp. 28 et suiv.