LE PHÉNOMÈISE DE FOULE IO
rapport avec la vie cVnn peuple apporte de lumières sur la nature et le degré de la sensibilité de ce peuple : elle se trouve être un auxiliaire précieux de Téthologie collective.
Les foules peuvent être étudiées enfin dans leur rapport avec riiistoire 11 y a des foules absolument négligeables pour l'historien, combinaisons fortuites qui ne produisent aucun effet durable ; et il y en a qui ont une importance historique, — plus ou moins considérable, — laquelle se mesure à l'importance de l'effet.
Parmi les foules, celles-là sont essentiellement des foules historiques, oii la sensibilité d'un peuple cristallise, pour ainsi dire, qui sont ce peuple même secoué par une crise et tout entier agissant, qui sont le groupe en acte. Il semble que l'état de foule, dans les groupes restreints, soit particulièrement fréquent et qu'aux origines cet état ait presque constitué la manière d'être habituelle du groupe. L'étude de la foule projetterait donc des lueurs sur le passé, le passé lointain, sur les commencements de la conscience sociale. Dans l'état de foule nous voyons ainsi se nouer la contingence et la nécessité. Cette sensibilité de la foule, cette « unanimité », — au sens étymologique, — qui manifeste le caractère individuel du groupe, peut et doit, dans certains cas, traduire les besoins sociaux, les besoins du groupe en tant que groupe \
La « psychologie collective » des Italiens est donc, à la bien préciser, une discipline limitée, auxiliaire, mais riche «n applications, et qui ouvre, en histoire, des perspectives variées du côté de la contingence et du côté de la nécessité.
6. — Quant à la Volkerpsychologie des Allemands, sous un nom précis, qui semble répondre au concept limité de l'éthologie collective, elle embrasse, en réalité, un domaine très
I . Il faut distinguer entre une foule contingente et qui se trouve, dans son action contingente, servir l'ordre, et une foule qiù est spontanément agent d'ordre.
vaste et assez indéterminé. Préparée par la notion du Volksgeisl de Hegel, amorcée dans Foeuvre de Herbart, constituée par Lazarus et Steinthal qui lui ont consacré une /?ei'ue spéciale, elle est un complexe oii l'éthologie descriptive se mêle à la psychologie sociale et à la « logique » sociale telle que nous la définirons ultérieurement * : de Taveu de ses fondateurs elle unit une vôlkergeschichtliche Psychologie à une psychische Ethnologie. Sans doute, elle repose sur de pénétrantes intuitions et contient des indications utiles ; mais les éléments disparates qu'elle rapproche devaient tendre à se dissocier. Aussi, tandis que \a Zeitschrift fiir Vôlkerpsychologie s'est transformée et spécialisée en Zeilschrift des Vereins fiir Volkskiinde-, Wundt, dans son grand ouvrage, Vôlkerpsychologie, Eine Untersuchung der Entwickelungsgesetze von Sprache, Mythus and Sitte ^, étudie « les processus psychiques sur lesquels reposent le développement général des sociétés humaines et la création des productions intellectuelles collectives d'une valeur générale », c'est-à-dire, en somme, incline dans le sens d'une psychologie collective abstraite et très générale \ Cette psychologie, d'ailleurs, n'est pas la psychologie sociale : Wundt n'a rien des préoccupations d'un sociologue, et il y a des raisons profondes pour qu'il s'en tienne au mot de Vôlkerpsychologie. Ce qu'il étudie, parmi les produits des individualités collectives, c'est non point ce qui porte la marque de la société, ce qui est organisation sociale, mais ce qui est développement de la nature humaine par
1. Voir notamment, dans la Zeilschrift fiir Vôlkerpsychologie uiid Sprachwissenschaft. I, les Einleilende Gedanken iiber Vôlkerpsychologie, de Lazarus et Steinthal, et III, Einige synlhetische Gedanken zur Vôlkerpsychologie, de Lazarus. — Cf. Ribot, Psychologie allemande contemporaine (1879 ; 7« éd., 1909), chap. II, et Bougie, Les sciences sociales en Allemagne (1896), chap. I.