Perception influencée par une impression directrice
Deux sujets (émotionnels tous deux, B et G). La figure principale est bien perçue, mais le commentaire s’en mêle (cheveux grisonnants, front ridé, tristesse, etc.). De , là, le sujet B pose des (le chien calme et lanature ?
impassible autour du personnage mélancolique). G pose | la thèse de la mélancolie et simplifie la vision d’ensemble, I en mêlant le tout de commentaires. f
3. Perception nette, avec tendance synthétique et J* précision dans les détails du groupe principal. D et E. ^
LES MÉTHODES PSYCHOLOGIQUES
Le dernier sujet (F) participe à la fois de 1 et de 2 B. — Analyse de la seconde expérience : répétition de mémoire de la description huit jours après et description de la gravure placée sous les yeux des sujets.
a. Sujet G rentrant dans 1° perception confuse. De légères transformations dans l’image du souvenir. Pas de cohésion ni d’interprétation. Enumération de quelques
objets.
La description faite ensuite, la gravure sous les yeux, donne une énumération très longue d’objets, mais sans cohésion ni synthèse. Le sujet écrit en commençant :
« C’est un ensemble d’objets qui paraissent n’avoir
aucun rapport les uns avec les autres. «
h. Sujet B. La description après huit jours est très réduite. Les commentaires ont totalement disparu. Malgré cette différence dans l’exposé et dans la longueur (67 mots contre 148 dans la première description), des expressions entières reviennent. Exemple ; « Aux pieds de la femme gisent quelques instruments » ; dans la seconde copie, le mot quelques fait place à des\ la phrase subsiste. De môme les deux fois le soleil « au zénith » . La 2® fois, le mot de l’énigme est écrit « mélancÆolie ». La gravure porte « mélancolie ». Une anomalie avait donc frappé le sujet; celui-ci en avait fait littéralement la Ont
disparu de la mémoire : les chiffres et le chien.
Dans la; description avec gravure sous les yeux, pas de commentaires; énumération méthodique des objets; peu de synthèse; les termes souvent sans précision. L’inscription est donnée avec le mot « mélancolie », -écrit de nouveau comme à Fordinaire!
c. Sujet G. Dans la reproduction de mémoire, tout commentaire a disparu. Les mêmes objets sont signalés, dans une disposition difl’érente. De plus figure cette fois
un nouveau personnage (un enfant). Le sujet a-t-if entendu parler du dessin par ses camarades, ou s’est-il rappelé après coup le « petit ange »? C’est ce qui n’a pas été élucidé.', Enfin, l’agneau de sa première description s’est transformé en bélier. Mis en présence de l’œuvre, il fait une énumération assez exacte de ce qui y est représenté (avec une erreur : l’aile droite du grand ange est prise pour une palme). Deux phrases de commentaireréapparaissent, une sur le paysage, une sur le grand ange. Enfin, le sujet remarque que les colonnes du tableau de chiffres sont disposées de telle sorte que la somme verticale ou horizontale de chaque colonne est 34.
d. Sujet F. La première description partait d’uneperception confuse. « Les traits effrayés et terribles » du grand ange rattachaient cependant le sujet au type 2 en même temps que sa vision de la gravure relevait du type 1.
Huit jours après, la mémoire semble plus nette que nel’avait été la perception première : au lieu de cinq objets,, sept objets sont cités : en plus, cette fois, la banderole et le polyèdre.
La figure étant sous les yeux du sujet, une énumération ■ exacte s’ensuit, avec un seul objet commenté, mais sans^ synthèse. De même que le sujet précédent, le sujet F remarque la particularité du tableau de chiffres. '
Mais aucun de ces 2 sujets ne remarque que l’on ’ obtient également 34 en additionnant les chiffres dans le-j; sens des deux lignes de la croix de multiplication (ici 13 + 11 + 6 + 4 etl6 + 10 + 7 + '].) \
e. Sujet E. 11 est absolument frappant de constater' qu’à huit jours d’intervalle, la reproduction de mémoire^ amène le même ordre d’idées et les mêmes expressions, ainsi que les mêmes phrases que celles employées par lesujet dans la première description. Ayant la gravure sous-
LES MÉTHODES PSYCHOLOGIQUES
les yeux, il décrit avec plus de détails, mais dans le même ordre. Seul, il voit le monogramme de Durer. Voici quelques phrases des deux premières descfip-
tions :
l’’® DESCRIPTION.
Au premier plan une femme assise..., l’expression de la phy- ■sionomie est plutôt sombre, renfrognée... La tête est couronnée d’épines, je crois; derrière elle se trouve au second plan une maison dont un des murs (à gauche pour le spectateur) fuit en per- ■spective vers l’horizon. Une échelle y est apposée, et sur cette échelle se trouve juché un second personnage, un enfant.
Au mur se trouvent encore accrochés différents objets, entre autres un sablier. A côté du personnage principal, à gauche pour le spectateur, se trouve couché un chien, dans la pose du chien qui dort, la tête ramenée vers l’arrière du corps. Etc.
2® DESCRIPTION {reprod. de mémoire après huit jours.
1®® plan ; femme assise, figure renfrognée. Le coude appuyé sur le genou de façon à soutenir la tête sur la main. Couronnée d’épines. Derrière, un mur de maison; l’autre mura gauche fuit en perspective vers l’horizon. Au mur, quelques objets accrochés, entre autres un sablier. Contre le mur qui fuit, une échelle avec un personnage qui y monte. A gauche (pour le spectateur) de la femme assise, un chien couché, le museau ramené en arrière, dans la position du chien qui dort. Etc.
Remarque importante : les doutes et les hésitations de 1 disparaissent dans 11, plus simple, plus affirmatif.
f. Sujet D. Le caractère d^’exactitude dans la reproduction par mémoire, signalé chez le sujet précédent, ne se retrouve ici qu’à un degré moindre. Par contre, nous voyons, à un degré élevé, le phénomène signalé déjà pour le sujet G ; des additions, moins ici comme objets vus que comme interprétations et commentaires. 11 semble donc que, si, pour laperception (D° descr.), nous adoptions une classification donnée, elle ne pourrait s.e. mainténiir
pour la mémoire (2® descr.). De plus, la perception du début subit des déformations pendant l’intervalle des deux expériences.
Ce sont ces deux derniers sujets qui ont perçu le plus exactement, ainsi que l’indique notre tableau.
L’expérience que nous venons de rapporter est complexe ; on procédera plus simplement au moyen de figures linéaires, de phrases brèves, d’images plus faciles à percevoir. Dans ce genre de recherches, on étudie des processus et des caractères vivants, non des états immobilisés : c’est pourquoi nous insistons sur leur importance.
On rattacherait avec raison à ce genre d’étude les enquêtes portant sur la manière de travailler des artistes, la formation de leurs conceptions [et de leurs œuvres, la nature de leur idéation (1). Ici encore, le psychologue ne cherche pas à mesurer des éléments artificiellement détachés du mouvement de l’esprit, mais à pénétrer les démarches de celui-ci.