CHAPITRE PREMIER
DÉCOUVERTE DU TREPONEMA PALLIDUM.
r Déjà à une époque reculée, au début de l’ère bactériologique, on supposait que la vérole était une maladie infectieuse d’origine microbienne. Comme pour beaucoup d’autres processus du même genre, on incriminait alors les miasmes ou les ferments et ce n’est que vers 1837 que les idées commencèrent à se préciser. A ce moment, Donné, dans son ouvrage intitulé « Recherches microscopiques sur la nature du mucus et de la matière des divers écoulements des organes génito-urinaires chez V homme et chez la femme » (1), décrit un microorganisme particulier, découvert dans des ulcérations syphilitiques du pénis et de la vulve, et dans des lésions ulcéreuses du pied. Ce microorganisme, dont on trouve une reproduction dans le travail de Rille (2), se rapproche des vibrions ou des spirilles et a été dénommé par Müller « Vibrio lineola ». Donné pensait que l’animalcule trouvé par lui était réellement l’agent pathogène de la syphilis. Pour le prouver, il entreprit sur l’homme des expériences qui ont consisté
(1) Paris, 1837.
(2) Rille, Münch. medizin, Woch ., 1905, n° 29.
à provoquer chez des syphilitiques, des suppurations banales au niveau des organes génitaux et à rechercher le microbe en question dans le pus. De ces expériences il conclut que ce vibrion était bien la cause de la maladie, car il était absent dans le pus des lésions banales produites expérimentalement et n’existait que dans les manifestations nettement spécifiques. Les affirmations de Donné furent critiquées par Ricord (1). D’ailleurs, vers 1844, dans un nouveau travail, Donné (2) lui-même émit des doutes sur le caractère spécifique du Vibrio lineola , qu’il dit ne plus rencontrer d’une façon aussi constante dans les produits syphilitiques. Actuellement, si l’on tient compte des moyens d’investigation dont on disposait à cette époque, et si l’on compare le microorganisme de Donné aux diverses espèces de spirochètes connues, on est porté à croire que, très vraisemblablement, le Vibrio lineola n’était autre que le Spirochæta refringens , décrit par Schaudinn et Hoffmann dans les diverses manifestations spécifiques ou banales de la sphère génitale.
En 1884, au moment où la bactériologie avait fait de grands progrès et où l’agent pathogène de la tuberculose était déjà connu, Lustgarten (3), dans le laboratoire de Weigert, examina les lésions syphilitiques par les procédés de coloration qui avaient permis la mise en évidence du bacille de Koch ; il découvrit une bactérie qui, par sa forme et ses affinités colorantes, se rapprochait beaucoup du microbe tuberculeux, mais dont les caractères biologiques ne purent être précisés, la culture en ayant été impossible. Ce bacille, appelé depuis bacille de Lustgarten , fut retrouvé non seulement dans les accidents cutanés, mais aussi dans l’intimité des organes. Inutile de rappeler que Lustgarten considérait son microbe comme l’agent provocateur de la vérole. Cette découverte fut confirmée par Doutrelepont
(1) Ricord, Traité pratique des maladies vénériennes , Paris, 1838, p. 56.
(2) Donné, Cours de microscopie, Paris, 1844.
(3) Lustgarten, Wien. mediz. J ahrbücher, 1885, n° 1, p. 89.
et Schütz (1), et par Marcuse (2) ; certains auteurs attribuaient même à ce bacille une grande valeur diagnostique. Mais ces illusions ne durèrent pas longtemps. En effet, en 1886, Bitter en Allemagne, Alvarez et Tavel (3) en France, ont montré que le microbe acido-résistant de Lustgarten n’était autre que le bacille du smegma , saprophyte banal de la sphère génitale. Quant à la présence de ce bacille dans l’intimité des organes, elle ne prouvait nullement sa nature spécifique, car il s’agissait très probablement du bacille de Koch existant dans des lésions tuberculeuses ayant évolué chez des syphilitiques. Plus près de nous, Sabouraud émit la même opinion.
Nous n’insisterons pas sur quelques travaux de moindre importance parus dans la suite, entre autres ceux de Kassowitz et Hochsinger (4) et de Disse et Taguchi (5), qui ont incriminé des streptocoques ou des diplocoques, sans toutefois apporter des preuves convaincantes en faveur de leurs assertions. Nous mentionnerons plus spécialement les constatations faites par Van Niessen (6) et par Joseph et Piorkowsky (7), qui sont plus récentes et ont attiré davantage l’attention.
Van Niessen cultive sur gélatine, sur sérum et autres milieux, un microbe spécial qu’il affirme exister presque constamment dans la circulation des syphilitiques secondaires ou tertiaires. Ce microbe, proche parent du bacille pseudodiphtérique, est caractérisé par un grand polymorphisme, se présentant tantôt sous la forme d’un microcoque, tantôt sous l’aspect d’un bâtonnet court, ou d’un long bacille ren-
(1) Doutrelepont et Schütz, Deutsche mediz. Woch., 1885, p. 320.
(2) Marcuse, Vierteljahresbericht /. Dermat. und Syphilis, 1888, p. 343.
(3) Alvarez et Tavel, Arch. de physiologie normale et pathologique, 1885, vol. 6, p. 303.
(4) Kassowitz et Hochsinger, Wien. mediz. Blàtter, 1886, nos 1-4.
(5) Disse et Taguchi, Das Contagium des Syphilis. Tokio, 1887.
(6) Van Niessen, Wien. mediz. Woch., 1906, n° 27.
(7) Joseph et Piorkowsky, Berlin, klin. Woch., 1902, nos 12 et 13, et Deutsche mediz. Woch., nos 50-52.
fermant des corpuscules métachromatiques. Van Niessen le considère comme l’agent pathogène de la vérole et prétend, en l’inoculant, avoir réussi à reproduire des accidents nettement spécifiques chez le porc et le singe. Malgré ses affirmations, cet auteur ne parvint pas à entraîner la conviction et à démontrer l’exactitude des faits avancés par lui. Tout récemment encore, Neisser (1) consentit à contrôler de nouveau ces expériences, et à inoculer les cultures de Van Niessen à diverses espèces' de singes sensibles. Il n’obtint aucun résultat positif.
Tout aussi peu démonstratives sont les recherches de Joseph et Piorkowsky. Ces observateurs, frappés de la grande fréquence avec laquelle se transmet la syphilis paternelle au rejeton, ainsi que du fait que le virus spécifique traverse facilement le placenta, dans lequel il doit se développer, imaginèrent d’ensemencer sur cet organe du liquide spermatique, voire même du sang provenant de syphilitiques. Ils obtinrent dans 17 cas de syphilis acquise, des cultures pures d’un bacille ayant plus d’un point commun avec le bacille pseudodiphtérique. Ils prétendent aussi avoir, à l’aide de ces cultures, transmis la vérole à certains animaux. Pourtant, lorsqu’ils voulurent établir le pouvoir pathogène par des recherches faites sur l’homme, ils n’obtinrent que des résultats négatifs, ce qui enlève toute valeur à leurs constatations (2).
Tous ces travaux attribuant la syphilis à la pénétration dans l’organisme d’une foule de bactéries plus ou moins bien définies, sont entachés de nullité, car les résultats enregistrés n’ont été ni constants, ni précis; déplus, jamais les observateurs
(1) A. Neisser, Baermann et Halberstædter, Deutsche mediz. Woch., 1906, nos 1-3.
(2) A l’occasion de ces recherches, nous mentionnerons celles de Jullien et de Lisle, faites, il y a quelques années, à Paris. Ces auteurs ont considéré comme agent pathogène de la vérole, un bacille trouvé par eux dans le sang des syphilitiques et qu’ils ont pu cultiver sur des milieux spéciaux. Ces recherches, faites en partie dans le laboratoire de M. Metchnikoff à l’Institut Pasteur, parurent si peu convaincantes, qu’elles n’eurent pas l’approbation de ce savant et furent publiées malgré lui.
ne purent, à l’aide de leurs cultures, reproduire la maladie chez l’homme, ou chez les animaux habituellement sensibles à la syphilis.
Mais les .bactéries ne furent pas seules incriminées. Étant donné qu’il existe, chez le cheval, une maladie des organes génitaux ressemblant à la syphilis (Dourine), pouvant être transmise par le coït et engendrée par un Trypanosome, il était naturel de rechercher si la vérole n’était pas, elle aussi, provoquée par des protozoaires. Ainsi Schüller (1) prétend avoir découvert dans les produits spécifiques, certains corpuscules entourés de poils et donnant des sacs remplis de spores, corpuscules qu’il dit avoir cultivés. Mais ce sont surtout les travaux de Siegel qui méritent d’être discutés, car s’ils n’ont pas plus de valeur que ceux de Schüller et des auteurs précédents, ils ont du moins l’avantage d’avoir provoqué la découverte du véritable microbe de la syphilis.
Siegel (2) entreprit des recherches sur l’agent pathogène de la variole, de la scarlatine et de la fièvre aphteuse et publia en 1905, dans le Recueil de Y Académie des Sciences de Berlin, une série de notes d’où il résulte que le microbe de ces maladies contagieuses est un protozoaire dénommé Cytorrhyctes. Ayant appliqué le même procédé d’investigation à l’étude de la syphilis, maladie qui, d’après Siegel, présente plus d’un point commun avec ces affections éruptives, cet auteur découvre un protozoaire ressemblant au Cytorrhyctes de la variole et n’hésite pas à en faire l’agent pathogène de la maladie de Fracastor. Il accompagne ses publications d’un grand nombre de micro-photographies destinées à démontrer non seulement la présence du Cytorrhyctes luis dans les divers produits spécifiques de l’homme et des animaux, mais aussi
(1) Schüller, Centralbl. f. Bakteriologie, vol. 27, p. 516; vol. 32, p. 342; Deutsche Aerftezeit., 1905, fasc. XII.
(2) Siegel, Abhandlungen der Kgl. preuss. Akademie der Wissenschaften, Berlin, 1905 ; Medizin. Klinik, 1905, n°56, p. 1449 ; Münchener mediz. Woch, 1906, n°s 28-29 ; Centralbl. für Bakteriologie , 1906, vol. 42, fasc. III et IV.
tous les détails du cycle évolutif de ce protozoaire. Malheureusement, il est impossible de s’en faire une opinion exacte de par le simple examen de ces micro-photographies. On ne distingue, en effet, que des corpuscules extrêmement petits et mal définis, qui peuvent être aussi bien des parasites que des précipités ou des impuretés, si fréquentes dans certaines préparations peu soignées. N’ayant jamais réussi à voir, ni à l’état vivant, ni après coloration, ce prétendu protozoaire de la syphilis, nous nous bornons à en donner une description d’après les publications de Siegel et celles de Franz Eilhard Schulze (1), son maître, professeur de zoologie à l’Université de Berlin, et de Walter Schulze (2), son collaborateur.
Dans le sang syphilitique, examiné à l’état frais, le Cytorrhyctes luis se présente sous la forme de corpuscules dont des dimensions varient de 1/2 p. à 2 p. et demi, et dont la forme est tantôt ronde, tantôt ovalaire ou piriforme (3). Les individus jeunes montrent, après coloration à l’azur-éosine ou au bleu de méthylène boraté, deux noyaux assez distincts ; ces individus sont généralement pourvus d’un flagelle et sont doués d’une vive mobilité. Le protoplasma ne fixe pas la matière colorante et apparaît comme une zone claire entourant les masses nucléaires. A un stade plus avancé, on constate une multiplication des noyaux dont le nombre peut doubler ou tripler. On remarque alors des corpuscules plus gros, ressemblant aux ookynètes de Y Hæmogregarina Stepanovi. Le sang n’est pas seul à contenir, d’après Siegel, le Cytorrhyctes luis ; on le trouve également dans le suc •d’organes provenant de singes et de lapins inoculés avec la syphilis. Il résulte, en effet, des travaux de F. Schulze et de
(1) Franz Eilhard SchULZE, Berlin, klin. Woch ., 1905, n° 21.
(2) Walter Schulze, Ziegler’s Beiiràge zur pathologische Anatomie, 1906, vol. 39, p. 180; Berlin, klin. Woch., 1905, n° 23, p. 733.
(3) Siegel rapproche son parasite des formes bizarres observées dans les produits syphilitiques par Stassano ( C . B. de V Acad, des Sciences, 1901, vol. 132»
W. Schulze, que le parasite en question peut être décelé sur des frottis ou même sur des coupes de rein et d’iris de lapins syphilisés. Le premier de ces auteurs affirme que le suc du parenchyme rénal est très riche en Cytorrhyctes , surtout trois semaines après l’inoculation du virus. Il suffit alors de diluer ce suc dans un peu d’eau pour constater des formes mobiles et pourvues de cils. Il faut seulement avoir soin d’employer un très fort grossissement (plus de mille diamètres) et le meilleur objectif apochromatique à immersion. D’un autre côté, W. Schultze, se servant d’une méthode de coloration à l’hématoxyline-alun combinée à l’azur (1 p. 1000), a pu déceler et figurer le Cytorrhyctes dans l’iris des lapins ayant reçu des produits syphilitiques dans la chambre antérieure de l’œil.
Comment faut-il interpréter ces recherches et quelle valeur doit-on leur attribuer ? Quoique actuellement, pour la grande majorité des savants, le Cytorrhyctes luis , s’il existe, ce qui est fort douteux, n’ait aucun rapport avec la syphilis, nous voulons cependant énumérer les objections qui peuvent lui être faites. On doit se demander tout d’abord si les corpuscules énigmatiques décrits dans le sang, ne sont pas simplement des productions existant normalement dans cette humeur, telles par exemple, les plaquettes de Bizozzero. Il en est, en effet, parmi ces dernières, dont les dimensions ne dépassent pas celles du Cytorrhyctes , qui possèdent des masses chromatiques et même des prolongements protoplasmiques pouvant simuler des flagelles. Souvent aussi, dans des préparations de sang frais conservé entre lame et lamelle, il se forme des filaments réfringents terminés par un renflement piriforme et qui offrent un mouvement brownien assez vif. Parmi ces formations, on en voit qui pourraient être prises par un observateur inexpérimenté, pour des parasites flagellés; elles ne sont en réalité que des fragments étirés du protoplasma des globules rouges. Il faudrait donc, pour démontrer que le Cytorrhyctes est réellement en relation avec la syphilis, le différencier nette-
ment des éléments du sang normal et prouver qu’il existe exclusivement dans le sang syphilitique. Or, c’est là le point qui fut contesté par tous ceux qui tentèrent de vérifier les constatations de Siegel.
D’un autre côté, ce dernier prétend avoir démontré l’existence de son parasite non seulement dans l’iris des lapins syphilisés, mais aussi dans le rein de ces animaux. A cela on doit objecter que, si aucun doute ne saurait subsister sur la possibilité d’inoculer avec succès la syphilis dans la cornée du lapin, on n’a constaté que rarement par la méthode expérimentale, la généralisation du virus spécifique chez cette espèce animale. Ainsi Neisser, Baermann et Halberstâdter (1) n’ont jamais réussi à transmettre la syphilis à des singes, en leur inoculant des organes de lapins injectés sous la peau avec des produits syphilitiques. Il est vrai que dans des expériences toutes récentes, Neisser, en portant du virus spécifique dans le testicule des lapins, constata une généralisation, les viscères de ces animaux ayant provoqué, chez le singe, des lésions syphilitiques au point scarifié (2). Toutefois, il s’agit là d’un procédé d’inoculation tout spécial et qui ne fut pas employé par Siegel. Si l’on ajoute à cela les caractères imprécis des descriptions et même des reproductions photographiques de cet auteur, on est définitivement convaincu que les affirmations des savants de Y Institut zoologique de Berlin ne reposent sur aucune base solide et doivent être rangées dans la longue série de recherches stériles qui précédèrent la découverte du Treponema pallidum. Comme nous l’avons déjà remarqué plus haut, ces constatations de Siegel ont sur celles de ses prédécesseurs, l’avantage d’avoir provoqué les recherches qui devaient aboutir à la découverte du véritable agent pathogène de la vérole.
Avant d’exposer en détail les constatations du regretté
(1) A. Neisser, Baermann et Halberstædter, Deutsche med. Woch ., 1906, nos 1-3.
(2) A. Neissser, Dermat. Zeitschrift , 1908, vol. 15, fasc. II, p. 73.
Schaudinn et de son collaborateur Hoffmann, nous croyons utile d’indiquer l’état des connaissances que l’on possédait v alors sur les qualités du virus syphilitique. Nous avons énoncé, dans la première partie de ce travail, les données acquises grâce aux recherches de Metchnikoff et Roux et de Neisser, sur l’extrême fragilité de ce virus et sur sa grande sensibilité à l’égard des agents physiques, tels que la chaleur et la dessiccation, ou chimiques, comme la glycérine, etc., etc. On s’est aussi demandé si le microbe de la vérole ne devait pas être classé parmi les agents pathogènes capables de traverser certains filtres , autrement dit, s’il n’appartenait pas à la catégorie des microorganismes dits invisibles. Il est établi, depuis les recherches inaugurées par Lôffler et Schütz, que toute une série de parasites pathogènes, en particulier le microbe de la fièvre aphteuse, de la péripneumonie des bovidés, de la peste aviaire et même de la rage, passent à travers des bougies qui sont imperméables pour les plus petits vibrions connus, ceux des eaux par exemple. Klingmüller et Baermann (1) furent les premiers à .étudier cette filtrabilité du virus syphilitique en procédant de la façon suivante : ils employèrent comme matériel virulent, des syphilomes primaires et des condylomes plats, qu’ils triturèrent préalablement pendant une ou deux heures, et qu’ils mélangèrent à une certaine quantité d’eau salée physiologique. L’émulsion ainsi obtenue fut filtrée à travers des bougies Berkefeld (pression 250 millimètres d’eau), bougies qui avaient été auparavant éprouvées avec une culture du choléra des poules. Seuls les filtres absolument imperméables pour ce microbe relativement petit, furent employés. Les auteurs s’inoculèrent soit par scarifications, soit par injections sous-cutanées, le produit du filtrage et entreprirent trois expériences dont les résultats furent concordants. Malgré l’inoculation d’une grande quantité de virus filtré et le soin qu’ils eurent de
(1) Klingmueller et Baermann, Deutsch. mediz. Woch.} 1904, n° 21. Syphil. expér. 10
prolonger le contact, ils n’observèrent aucune manifestation syphilitique ni locale, ni générale. Ils conclurent que le microbe de la vérole ne traverse pas les bougies et que , par conséquent il ne doit pas être rangé parmi les microorganismes dits invisibles.
Ces recherches furent reprises peu de temps après par Metchnikoff et Roux (1) qui, tout en exprimant leur admiration pour Klingmüller et Baermann, dont ils acceptaient volontiers les conclusions, formulèrent quelques objections. Ainsi ils font remarquer que « le délai de plusieurs heures nécessaire pour obtenir le liquide filtré, et l’eau dite physiologique qui servait pour la dilution, étaient peut-être déjà capables d’altérer la virulence ». Pour que les expériences des auteurs allemands soient rigoureusement démonstratives, il fallait donc entreprendre des recherches de contrôle et inoculer à des sujets sensibles l’émulsion virulente non filtrée. « Comme il est inadmissible, disent Metchnikoff et Roux, de se servir d’un être humain comme sujet de contrôle, on conçoit bien la supériorité des expériences exécutées sur les anthropoïdes. Assurément moins héroïques, elles sont cependant plus concluantes et plus précises que celles que l’on fait sur l’homme. » Aussi les savants de l’Institut Pasteur se sont-ils empressés de combler cette lacune en procédant de la façon suivante :
Du virus provenant de chancres indurés de la verge et dedeux syphilides chancriformes d’une femme, fut dilué dans 2 centimètres cubes d’humeur aqueuse de mouton et filtré sur une bougie Berkefeld 12 A, bougie dont on avait préalablement contrôlé la perméabilité à l’aide d’une culture du microbe de la péripneumonie des bovidés. Cette bougie laissait passer ce microbe, mais retenait les vibrions des eaux et le vibrion cholérique. Après l’opération, dont la durée ne dépassa pas cinquante minutes, on inocula par scarifications le liquide filtré à l’arcade sourcilière et à la cuisse d’un Chimpanzé.
(1) Metchnikoff et Roux, Annales de l'Institut Pasteur , 1904, vol. 18, p. 658.
Au même moment, un autre Chimpanzé témoin reçut par le même procédé opératoire, l’émulsion virulente non soumise à la filtration. Le résultat fourni par cette expérience fut des plus nets : tandis que le premier animal, scarifié avec le liquide filtré, ne montra aucune manifestation spécifique, le second eut, trente-sept jours après, un chancre de l’arcade accompagné d’une tuméfaction ganglionnaire et suivi d’une éruption secondaire typique. Metchnikoff et Roux conclurent de ces résultats que « le virus syphilitique ne traverse pas la bougie Berkefeld , qui laisse cependant passer le virus de la péripneumonie des bovidés » (1).
Aucun doute ne pouvait subsister : le microbe de la vérole n’entrant pas dans la catégorie des microorganismes invisibles, ses dimensions devaient être suffisantes pour qu’il puisse être découvert et étudié au moyen du seul examen microscopique. Nous verrons dans ce qui suit, que ces prévision se sont réalisées plus tôt même qu’on ne l’espérait à l’époque où ces expériences de filtration furent entreprises.
Vers le mois de février 1905, Kôhler, le directeur de YOffice sanitaire de Berlin , nomma une commission composée de médecins et de naturalistes compétents, qu’il chargea de vérifier si, comme l’affirmait Siegel, le Cytorrhyctes luis était véritablement l’agent pathogène de la syphilis. Cette commission devait travailler à l’Office sanitaire et était composée de Hoffmann, premier assistant de Lesser, pour la clinique et l’histologie, de Neufeld et Gonder pour la bactériologie, et de Schaudinn pour les études zoologiques.
Schaudinn était non pas médecin, mais un protozoologiste de valeur, dont la réputation, déjà universelle, était établie par des recherches concernant les coccidies, les protozoaires
(1) Signalons une publication toute récente de Jancke, un élève de Siegel, parue dans la Mediz. Klinik (1907, n° 17, p. 486), d’après laquelle le virus syphilitique traverserait la bougie Chamberland (inoculation du liquide filtré aux singes inférieurs). Ce résultat nous paraît extraordinaire et d’autant plus étonnant, qu’il est isolé et en contradiction avec les recherches précises de Metchnikofï et Roux.
hémoparasites et les spirilles. Il avait fait de ces spirilles, en particulier de ceux de la fièvre récurrente, un sujet d’études suivies, entreprises pendant son séjour à Rovigno et en Herzégovine. De plus, au cours de ses travaux sur le Leucocytozoon Ziemanni, hématozoaire de la chevêche, il avait trouvé dans le cycle évolutif de ce parasite, des stades qui permettaient d’établir une étroite parenté entre les protozoaires flagellés et les spirochètes. Schaudinn connaissait donc à fond tout ce qui concerne la question des spirilles et son œil était particulièrement exercé pour distinguer les exemplaires les plus fins de ce genre de microorganismes.
Tout en cherchant dans les chancres syphilitiques et les lésions secondaires, extirpées par Hoffmann, le prétendu parasite de Siegel, introuvable d’ailleurs, Schaudinn fut frappé, le 3 mars 1905, de l’existence, dans le suc frais d’une papule très légèrement érodée, d’un très petit spirochète mobile et extrêmement difficile à étudier. Voici en quelques mots l’observation du cas, désormais historique, qui servit à la découverte du microbe de la vérole :
Il s’agit d’une femme âgée de vingt-cinq ans, présentant depuis le 20 janvier 1905, un nodule indolore de la grande lèvre. Le 3 mars on observe des syphilides papulo-squameuses, une hypertrophie ganglionnaire indolore généralisée et un accident primaire accompagné de papules légèrement érodées, au niveau des organes génitaux. Une de ces papules fut extirpée par Hoffmann et c’est dans le suc de la face profonde de la lésion, que Schaudinn vit pour la première fois le Treponema pallidum.
Schaudinn communiqua sa découverte à son collaborateur Hoffmann et, à partir de ce moment, les deux savants entreprirent la recherche du spirochète dans des produits syphilitiques d’âge et de caractères variés (1). Les premiers résultats furent publiés le 10 avril 1905 dans le recueil des
(1) Certains auteurs, en parlant de la découverte du Treponema pallidum, séparent le nom de Schaudinn de celui de Hoffmann et attribuent exclusivement au grand zoologiste allemand la paternité de cette découverte. S’il est vrai que Schaudinn fut le premier à voir le tréponème et à saisir son importance étiologique, il est juste de tenir compte de la collaboration précieuse d’un syphilologue aussi expérimenté que Hoffmann, qui l’a beaucoup aidé dans sa tâche.
travaux de Y Office sanitaire de Berlin (1) ; cette note préliminaire montre avec quelle prudence procédèrent ces savants dans leurs investigations. Après avoir mentionné les recherches de Berdal et Bataille (2), de Csillag (3) et de Bôna (4), ayant trait à la présence de gros spirilles dans diverses lésions de la sphère génitale, lésions banales ou de nature syphilitique, Schaudinn et Hoffmann affirment avoir décelé dans les processus spécifiques primaires et secondaires, l’existence de deux espèces de spirochètes dont voici les principaux caractères :
Le premier type, dénommé par Schaudinn Spirochæta pallida , à cause de sa faible réfringence et de son affinité peu marquée pour les matières colorantes, est un spirochète à ondulations régulières et très serrées, dont la longueur varie entre 4 et 10 p. (en moyenne 7 p.), et dont l’épaisseur, difficile à mesurer, est d’environ un demi p.. Le nombre des ondulations oscille entre trois et douze et les extrémités sont terminées en pointes. Quant aux mouvements, ils sont analogues à ceux des autres spirochètes bien connus, à savoir : rotation autour de l’axe longitudinal, progression, rétrocession et mouvements pendulaires. Le Spirochæta pallida est difficile à distinguer à l’état vivant à cause de sa faible réfringence ; déplus, son affinité pour les couleurs d’aniline est peu accusée et il a fallu vingt-quatre heures de coloration au Giemsa pour le mettre en évidence (Voy. Planche //, fig. 1).
Par contre, le second type, appelé par les auteurs Spirochæta rejringens , est un parasite sensiblement plus gros que le pallida , plus réfringent que ce dernier et à spires beaucoup moins nombreuses et moins serrées. Il est également plus facile à colorer que le tréponème pâle (Voy. fig. 21, a, p. 226).
De ces deux espèces de spirochètes, seul le type pâle existe
(1) Schaudinn et Hoffmann, Arbeiten aus dem Kaiserlich. Gesundheitsamte , 1905, vol. 22, fasc. II, p. 527.
(2) Berdal et Bataille, Médecine moderne , 1891, p. 340.
(3) Csillag, Arch. /. Dermat. und Syphilis, 1898, vol. 46, p. 150.
! (4) Rôna, Arch '. f. Dermat. und Syphilis, 1903, vol. 67, p. 259.
exclusivement dans la profondeur des manifestations syphilitiques primaires et secondaires et dansl’intimitédes ganglions lymphatiques satellites du chancre. Le refringens, au contraire, se rencontre non seulement à la superficie des lésions spécifiques, mais aussi dans des manifestations non syphilitiques, comme les condylomes acuminés ou papillomes.
Tels sont les faits publiés par Schaudinn et Hoffmann dans cette première note préliminaire qui contient, en tout, treize observations. Les auteurs se gardent de formuler des conclusions définitives au sujet du rôle joué par ces deux espèces de spirochètes dans la pathogénie de la syphilis ; leur travail n’est qu’un simple exposé des faits enregistrés.
Dans une seconde publication faite peu de temps après (1), Schaudinn et Hoffmann apportent de nouvelles données tendant à prouver l’existence d’une relation intime entre le Spirochæta pallida et la syphilis. Cette fois les auteurs abandonnent la recherche du parasite dans les lésions spécifiques ouvertes, et pratiquent surtout l’examen des ganglions lymphatiques satellites du chancre. Ils désirent ainsi éliminer l’objection qu’on pouvait adresser à leur première découverte, à savoir que les spirochètes décelés dans les manifestations syphilitiques ouvertes n’étaient que des agents d’infection secondaire, venus du dehors. Il résulte de ce nouveau travail, que Schaudinn et Hoffmann ont réussi à déceler le Spirochæta pallida dans huit ganglions nettement syphilitiques, examinés après extirpation (2 cas) ou par ponction (6 cas). Le parasite existait dans le suc ganglionnaire en l’absence de tout autre microorganisme, la durée de la maladie ayant varié de quelques semaines à quatre mois. Très prudents dans leurs conclusions, Schaudinn et Hoffmann résument de la façon suivante cette nouvelle série de constatations : « Quoiqu’il nous ait été possible de trouver régulièrement le Spirochæta pallida, microorganisme apparemment différent des autres espèces des spirochètes bien connus , dans le suc ganglionnaire
(1) Schaudinn et Hoffman, Deutsch. mediz. Woch ., 1905, n° 18.
de huit syphilitiques , nous sommes encore loin d'avoir une opinion arrêtée au sujet de V importance étiologique de ce spirochète. Nous nous contentons, comme nous l’avons fait dans notre premier travail, de communiquer les constatations recueillies jusqu’à ce jour, en attendant que le problème soit résolu par des recherches futures. »
Déjà quelque temps avant la publication de sa première note, Schaudinn fit connaître à Metchnikoff les résultats de ses investigations et lui envoya, par l’intermédiaire du professeur Kraus, de Vienne, une série de préparations dans lesquelles on vit, pour la première fois en France, le spirochète qui devait être bientôt considéré comme agent pathogène de la syphilis. Dans sa lettre, le regretté zoologiste, parlant de ses constatations, se montrait de plus en plus confiant dans le rôle étiologique de ce microbe, et priait Metchnikoff de lui envoyer des frottis de chancres simiens, afin d’y rechercher le tréponème. Il espérait ainsi apporter une preuve de plus en faveur de sa thèse.
La nouvelle de la découverte encore inédite de Schaudinn ne surprit pas les expérimentateurs de l’Institut Pasteur ; au contraire, elle fut accueillie très favorablement, car l’hypothèse de l’étiologie spirillaire de la syphilis avait été déjà -envisagée par eux. Ainsi, quelque temps auparavant, Metchnikoff avait eu connaissance de certaines recherches faites à Bruxelles par Bordet et Gengou (1), qui avaient trouvé des spirochètes fins, disposés en tire-bouchons et faiblement colorables, dans le suc d’un chancre syphilitique. Ces spirochètes, qu’ils coloraient par le bleu de méthylène phéniqué de Kühne et le violet de gentiane de Nicolle, étaient assez nombreux dans des préparations provenant de ce premier cas. Mais, comme les recherches ultérieures faites sur oinq autres accidents primaires, sur du suc de ganglions lymphatiques et de papules cutanées et sur du sang syphilitique,
(1) J. Bordet, Soc. Royale des Sc. médicales de Bruxelles , 1905, vol. 63, n°5, p. 124 ; Soc. clinique des Hôp. de Bruxelles , 1905, juin; Presse médic. Belge, 1905, p. 614.
ne fournirent que des résultats négatifs, Bordet et Gengou hésitèrent à~publier leurs observations.
D’ailleurs, assez longtemps avant la communication de Schaudinn, Metchnikoff, en collaboration avec Levaditi, chercha" des spirilles dans un liquide provenant de vésicules marquant le début du chancre chez un Orang-outang^ Mais, soit que la coloration des préparations par le Giemsa ne fût pas suffisante, soit que l’examen à l’état frais ne fût pas pratiqué dans de bonnes conditions d’éclairage et de grossissement, le fait est que le résultat de ces investigations fut absolument négatif. Ces remarques avaient même amené Metchnikoff à mettre en doute la possibilité d’une intervention des spirochètes dans la pathogénie de la vérole. Voici comment il s’exprimait à ce sujet (1) : « Si les parasites de la syphilis étaient des spirilles, beaucoup plus petits que ceux d’Obermeyer ou de la spirillose brésilienne des oiseaux, on aurait pu constater leur présence par les mouvements des corpuscules suspendus dans la sérosité syphilitique. L’absence de ces mouvements fait plutôt supposer qu’il s’agit dans la syphilis d’un microbe immobile». Ce n’était là, d’ailleurs, qu’une simple supposition, car les recherches entreprises dans cette voie ne furent ni assez nombreuses, ni assez approfondies, pour permettre d’en tirer des conclusions définitives.
Dès qu’ils eurent connaissance des travaux de Schaudinn et Hoffmann, Metchnikoff et Roux cherchèrent de leur côté le spirochète dans les accidents primaires et secondaires des singes syphilisés. Plus heureux que Schaudinn, qui n’avait pas décélé ce parasite dans les frottis de chancres simiens envoyés par Kraus, ces auteurs constatèrent quelques tréponèmes pâles typiques dans les lésions cutanées des Macaques et des Chimpanzés. Le 16 mai 1905, ils publièrent à Y Académie de médecine de Paris (2) leurs premiers résultats,
(1) Metchnikoff et Roux, Annales de l'Institut Pasteur , 3e mémoire, 1904, vol. 48, p. 662.
(2) Metchnikoff et Rou x, Bulletin de l'Académie de médecine , vol. 53, p. 468 ; Bulletin médical, 17 mai 1905, p. 38.
à savoir la présence du parasite de Schaudinn chez quatre des six~singes examinés.
Ces constatations tendaient ainsi à démontrer le rôle pathogène du microbe découvert par les savants allemands. La présence du spirochète à la surface et dans la profondeur des chancres syphilitiques, sa pullulation, à l’exclusion d’autres microorganismes, dans les ganglions satellites du chancre, enfin son existence dans les manifestations spécifiques primaires et secondaires du singe, rendaient de plus en plus probables ses rapports intimes avec la vérole. Nous disons probables et non pas certains , car les faits accumulés à Berlin et à Paris n’étaient pas à l’abri de toute objection. En effet, la plupart des lésions dans lesquelles furent constatés les spirochètes pâles, étaient des lésions ouvertes et pouvaient par conséquent être infectées secondairement. Quant aux ganglions, les microorganismes qu’ils contenaient pouvaient également y être amenés de l’extérieur par le courant lymphatique venant de l’ulcération correspondante. Il fallait, pour entraîner la conviction, trouver le tréponème soit dans des lésions complètement fermées, soit dans l’intimité même des organes examinés au cours de l’évolution de la syphilis. Cette lacune fut comblée, lorsqu’on eut l’idée d’examiner les manifestations cutanées et viscérales de l’hérédo-syphilis. Buschke et Fischer (1) furent les premiers à découvrir sur frottis, des tréponèmes typiques dans les tissus d’un nouveauné atteint de syphilis héréditaire. Il s’agissait d’un enfant âgé de dix semaines, issu d’un père syphilitique et atteint d’un exanthème papuleux généralisé. A la nécropsie, faite trente-six heures après la mort, on constata une induration de la rate, de l’œdème pulmonaire, de la néphrite hémorragique et un joie silex. Sur les frottis faits avec du suc de foie et de rate, les auteurs décelèrent de très nombreux spirilles dont les caractères étaient ceux du Spirochæta pallida , comme
(1) Buschke et Fischer, Démonstration à l’hôpital Urban de Berlin, faite le 11 mai 1905. Mediz. klinik. 1905, n° 24 ; Deutsch. mediz. Woch., 1905, n° 20.
l’a vérifié Schaudinn, auquel les auteurs ont envoyé leurs préparations. Ces spirochètes étaient absents dans les ganglions et les papules cutanées.
Malgré le grand intérêt de ces observations, Buschke et Fischer hésitèrent à les interpréter et ne firent que les enregistrer. Voici, en effet, les objections qu’ils formulèrent euxmêmes : étant donné que leurs constatations portaient sur le cadavre, ils se demandaient si l’existence de ces spirochètes dans les tissus n’était pas due à une pénétration post mortem de parasites provenant de l’intestin. De plus, l’enfant ayant présenté pendant la vie des lésions cutanées ouvertes, l’infection a pu se faire du dehors. « Ces objections, disent Buschke et Fischer, nous empêchent de conclure d’une seule observation que le Spirochæta pallida joue un rôle important dans l’étiologie de la syphilis. Toutefois son existence dans l’intimité des organes est digne d’attirer l’attention. » Peu de temps après la publication de leur premier mémoire, ces observateurs réussirent à découvrir quelques tréponèmes typiques dans des frottis faits avec le sang du même enfant, puisé pendant la vie, mais examiné ultérieurement; cependant ils continuèrent à ne pas se prononcer.
Presque en même temps que Buschke et Fischer et indépendamment de ces auteurs, Levaditi (1) recherche le parasite de la vérole dans les lésions cutanées et viscérales de l’hérédo-syphilis. Il le découvre non seulement dans les bulles de pemphigus encore fermées, mais aussi dans le foie, la rate, la moelle osseuse et la plupart des organes d’un nouveau-né issu de procréateurs atteints de spécificité. Les préparations de pemphigus furent présentées à Y Académie de médecine , dans la même séance où Metchnikoff et Roux firent leur communication sur la microbiologie de la syphilis ■expérimentale, et ces constatations furent publiées en détail
(1) Levaditi, La Presse médicale, 1905, n° 43, 31 mai; C. R. de la Société de Biologie , 1905, vol. 58, p. 845.
bientôt après. Contrairement à Buschke et Fischer, Levaditi n’hésita pas à considérer la présence du tréponème dans les tissus des hérédo-syphilitiques comme un des principaux arguments en faveur de la spécificité du Spirochæta pallida.
Telles sont les différentes étapes de la découverte du microbe de la syphilis. Dans la suite, d’innombrables recherches vinrent confirmer ces premières constatations et consacrer définitivement la grande découverte de Schaudinn et Hoffmann. Soit par la méthode des frottis, soit par le procédé des coupes, on est parvenu a démontrer la présence constante du parasite dans les lésions spécifiques, ainsi que ses rapports intimes avec les altérations caractéristiques de la vérole. Quoique jusqu’à présent on n’ait pu encore obtenir le tréponème en culture pure, nul doute ne saurait subsister en ce qui concerne son importance étiologique dans la syphilis.