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CHAPITRE III

ÉTUDE BIOLOGIQUE DU TREPONEMA PALLIDUM

§ I. — Mouvements du tréponème. Vitalité.

Essais de culture.

Caractères des mouvements. — Les mouvements du tréponème furent étudiés soit à l’aide du microscope ordinaire, soit avec l’ultra-microscope. Nous résumons ici les résultats fournis par l’application de ces deux procédés.

Lors de la découverte du microbe de la syphilis, Schaudinn et Hoffmann ont identifié les mouvements de ce parasite avec ceux de la plupart des autres spirochètes ; ils se résument, d’après eux, en une « rotation autour de Vaxe longitudinal , en un déplacement en avant ou en arrière , et en mouvements latéraux du corps entier ». Tout en tournant autour de son axe longitudinal en pas de vis, le tréponème, dit Schaudinn, s’arrête brusquement pour revenir en sens inverse. Lorsque le parasite rencontre un obstacle dans sa marche en avant, il s’arrête sur place, mais continue son mouvement giratoire et ses ondulations pendulaires, donnant, d’après Beer (1), l’impression de vouloir pénétrer dans la cellule à laquelle il se heurte. Toutefois, cette pénétration ne fut jamais constatée d’une façon certaine. Signalons, à ce propos, les mouvements ondulatoires se propageant d’une extrémité à l’autre, mouvements sur lesquels s’appuyait Schaudinn pour admettre l’existence d’une membrane ondulante chez le parasite de la vérole (2).

(1) Beer, Deutsch. med. Woch ., 1906, n° 30.

(2) Rappelons aussi les observations de Hoffmann concernant l’existence d’une mobilité spéciale des tréponèmes contenus dans le sang d’un hérédo-syphilitique (examen à l’ultra-microscope). Un spirochète enroulé sur lui-même, se déploie brusquement et se replie de nouveau, pour donner des figures en forme d’Y.

Ce qui est constant et même caractéristique chez le Treponema pallidum , c’est qu’il conserve sa forme spiralée, même lorsqu’il cesse de se mouvoir. C’est là un point sur lequel presque tous les observateurs sont d’accord. Si Beer affirme que l’immobilisation des spirochètes est suivie de l’affaissement de leurs ondulations et d’une attitude presque rectiligne, c’est que, très probablement, les parasites examinés par cet auteur avaient subi des altérations dégénératives par suite d’une conservation trop prolongée en dehors de l’organisme; ces parasites montraient d’ailleurs des déformations et des épaississements moniliformes apparents.

Durée des mouvements. — L’examen du suc de lésions spécifiques acquises ou héréditaires, montre que, conservés in vitro, les tréponèmes perdent assez rapidement leurs mouvements. Déjà au bout de cinq à six heures, à la température de la chambre, ils cessent de se mouvoir et ce n’est qu’exceptionnellement que la durée de cette mobilité dépasse ce laps de temps. Ainsi Souza et Pereira (1), ayant décelé dans un foie de syphilis héréditaire de nom breux parasites spiralés très mobiles, gardèrent ce foie à l’air pendant vingt heures ; ils virent que la plupart de ces parasites étaient devenus immobiles, mais que cependant quelques-uns étaient encore vivants. Nos observations ne confirment pas les précédentes, car, à plusieurs reprises, nous nous sommes assurés de l’immobilisation des tréponèmes déjà après six à sept heures de conservation des tissus syphilitiques en dehors de l’organisme.

Des recherches plus suivies furent entreprises à ce sujet par Beer ( loc . cit .), à la clinique de Lesser. Après avoir rappelé que Hoffmann avait pu conserver entre lame et lamelle et à l’abri de l’air, pendant près de cinquante jours , les spirochètes de la balanite et de la bouche, Beer communique les résultats qu’il obtient avec la Treponema pallidum. Du suc

(1) Souza et Pereira, Berlin, klin. Woch., 1905, n° 44, p.’1385.

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de chancre, de papules humides et de ganglions lymphatiques est dilué dans de l’eau physiologique ou du liquide d’ascite et placé entre lame et lamelle’; on borde cette dernière avec une première couche de vaseline et une seconde couche de cire, afin d’éviter l’évaporation et créer un espace clos propice au développement des anaérobies. Dans ces circonstances, Beer affirme avoir conservé les tréponèmes vivants et mobiles pendant trente-trois jours à la température de la chambre (20 à 27°). L’auteur admet que la vitalité du parasite est beaucoup plus grande qu’on ne le pense et que cela tient aux conditions d’anaérobiose dans lesquelles il se trouve. C’est là un des arguments invoqués par Hoffmann pour soutenir que le tréponème est un microbe anaérobie. D’ailleurs, d’autres faits semblent venir à l’appui de cette hypothèse, tels que la rareté du spirochète dans le milieu sanguin, riche en oxygène, sa préférence pour les voies lymphatiques et son absence fréquente dans le placenta (Hoffmann).

Depuis l’emploi de l’ultramneroscope, on a dû abandonner l’opinion concernant la longue vitalité du tréponème in vitro. Landsteiner et Mucha (1) ayant conservé le parasite dans des conditions analogues à celles réalisées par Hoffmann et Beer, ont vu qu’il qesse de se mouvoir déjà au bout de deux jours. Comme ces observations ont été faites à l’aide d’une technique qui permet d’étudier avec une grande précision les mouvements des plus petits microorganismes, elles inspirent plus de confiance que les constatations précédentes. En effet, il est souvent difficile, lorsqu’on emploie le microscope ordinaire, de faire une distinction entre les mouvements propres du spirochète de Schaudinn et les mouvements transmis ou browniens. On doit donc conclure, conformément aux constatations de Landsteiner et Mucha, que la

(1) Landsteiner et Mucha, Wien. klin. Woch., 1906, n° 45 ; Wien. dermatologisch. Gesell., 23 janvier 1907, dans Centralb. jür Bakteriolog. 1907, lre partie, vol. 39, n° 17-19.

vitalité du tréponème , conservé in vitro, est de très courte durée. Cela concorde d’ailleurs avec la grande fragilité du virus spécifique établie par l’expérimentation.

Rappelons à ce propos, que Hoffmann (1) a éprouvé la virulence des tréponèmes gardés pendant quelque temps entre lame et lamelle, à l’air et aussi anaérobiquement. Ayant inoculé ces parasites à des singes, après quarante-cinq heures de séjour hors de l’organisme, il n’obtint aucune lésion syphilitique.

Tentatives de culture. — Cette extrême fragilité doit être, en grande partie, la cause des insuccès enregistrés par ceux qui ont tenté de cultiver le spirochète. Il est inutile d’insister ici sur tous ces efforts infructueux et nous ne rappellerons que pour mémoire les essais de Souza et de Bertarelli, Volpino et Bovero, qui ont ensemencé du suc de ganglions syphilitiques dans du sang additionné d’une solution de citrate de soude à 5 p. 1000. Pourtant, il est établi actuellement que la culture des autres spirochètes n’est pas impossible.

En se servant du procédé des sacs en collodion, Levaditi (2) a pu cultiver non seulement le Spirochæta gallinarum , mais aussi le spirille de la Tick-fever et le Spirochæta refringens. Son procédé consiste à ensemencer du virus dans des sacs remplis de sérum d’homme ou de poule, chauffé préalablement à 70°, et à placer ces sacs dans la cavité péritonéale des lapins. Grâce à ce procédé, il lui a été possible de réaliser toute une série de cultures pures et de constater que ces spirochètes peuvent se multiplier indéfiniment, sans toutefois montrer d’autres formes que celles en spirale (3). De leur côté, Mühlens et Hartmann (loc. cit.) réussirent à cultiver le Spirochæta dentium et le spirochète de la balanite en

(1) Hoffmann, Berliner mediz. Gesell., séance du 13 mars 1907, in Berliner Min. Woch., 1907, n°12.

(2) Levaditi, Comptes rendus de la Société de Biologie , 1906, vol. 60, p. 688. Comptes rendus de V Académie des sciences , 1906, vol. 142, p. 1099.

(3) Novy et Knapp ( Journ . of the Americ. med. Assoc., 1906, p. 2152) a cultivé le Spirille d'Obermeyer en se servant du même procédé.

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employant la technique recommandée par Ellermann pour la culture du bacille fusiforme de Vincent. Ils utilisèrent dans ce but un mélange de gélose et de sérum de cheval et erm ployèrent la méthode de Veillon. Ils obtinrent des cultures anaérobies pures dont ils étudièrent les propriétés.

Le Treponema pallidum n’a pu être cultivé jusqu’à ce jour que dans des sacs en collodion, suivant le procédé que

Fig. 17. — Culture du tréponème en sac de collodion (Levaditi).

nous venons d’exposer. Levaditi, en collaboration avec Mc Intosh (1), en se servant d’un virus d’origine simienne ut en plaçant les sacs dans la cavité péritonéale d’un Mac. cynomolgus , a obtenu des cultures impures du spirochète de la syphilis (fig. 17). Ces cultures, qui furent continuées dans la suite par des passages successifs faits chez le lapin, contenaient de nombreux germes anaérobies et étaient dépourvues de virulence et de pouvoir vaccinant. Les essais d’isolement in vivo, ou dans le tube à essai, sont restés infructueux.

(1) Levaditi et Mc Intosh, Annales de V Institut Pasteur , 1907, vol. 21, ■octobre.

Syphil. expér.

Il est donc hors de doute que certains spirochètes pathogènes et aussi le Treponema pallidum , peuvent être cultivés en sacs de collodion et que le parasite le plus rapproché, au point de vue morphologique, de ce tréponème, le Spirochæta dentium , est capable de pulluler même dans les milieux artificiels. Les insuccès de la culture in vitro du parasite de la syphilis ne dépendent donc pas d’une particularité propre au genre Spirochæta , mais plutôt de la grande fragilité qui paraît être spéciale à ce parasite. Il est probable que des modifications apportées à la technique permettront de vaincre ces difficultés dans un avenir prochain.

§ 2. — Mode de division.

On a beaucoup discuté le mécanisme suivant lequel s’opère la division du Treponema pallidum. Quoique actuellement les auteurs soient peu d’accord à ce sujet, nous nous efforcerons d’énumérer ici leurs opinions et de les discuter.

Sauf de rares exceptions, les microorganismes appartenant au monde des bactéries et des protozoaires se segmentent de deux façons. Chez les bactéries , bacilles et vibrions en particulier, la segmentation s’opère transversalement ; à un moment donné, il se forme en un point précis du microbe, une cloison séparant deux individus destinés à se détacher l’un de l’autre. D’autres fois, la division est précédée par l’amincissement du parasite vers son milieu et par la formation d’un filament prêt à se rompre. Au contraire, chez les protozoaires flagellés, la segmentation est longitudinale ; elle débute par le dédoublement du flagelle et se termine par une division du parasite suivant sa longueur. Pour la plupart des savants, ces deux modes de division sont rigoureusement spécifiques et peuvent servir, jusqu’à un certain point, à déterminer si un microorganisme appartient au monde des bactéries ou à celui des protozoaires* Quoique cette conception soit vraie dans la grande majorité

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des cas, elle n’est pourtant pas infaillible. Ainsi que le remarque Metchnikoff, la segmentation longitudinale ne saurait être considérée d’une façon absolue comme un caractère distinctif des protozoaires, car certains coccus se divisent dans les deux sens, transversal et longitudinal, tandis que les sarcines se segmentent suivant trois plans. D’ailleurs, ce savant a décrit en 1888 (1) une bactérie, la Pasteuria ramosa , dont les cellules ovoïdes se divisent longitudinalement. Or, la présence de spores chez ce microorganisme prouve sa nature bactérienne, contestée à tort par Migula.

Tout en tenant compte de ces restrictions, on doit reconnaître l’importance de l’étude du mode de segmentation chez un microorganisme dont l’affinité avec les bactériacées ou les protozoaires est loin d’être précisée ; tel est le cas du Treponema pallidum. Avant d’aborder cette question, nous insisterons sur la façon dont se segmentent les autres spirochètes, proches parents du parasite de la syphilis.

Pour Schaudinn, son élève Prowazek et les partisans de la nature protozoaire des spirochètes, ces microorganismes se divisent longitudinalement. Pour ne citer que quelques exemples, nous rappellerons que récemment encore Prowazek (2) affirme avoir constaté, tant sur des préparations colorées, qu’à l’état frais, la division en longueur d’un gros spirochète trouvé dansl’w/cèrc tropical ( S pirochæta Schaudinni) . Il aurait observé chez ces spirilles mobiles, la segmentation totale du corps microbien s’opérant le long de son plus grand d'amètre. La même constatation aurait été faite par Hoffmann (3) chez le S pirochæta huccalis et chez le S pirochæta balanitidis. De leur côté, Mühlens et Hartmann ( loc . cit.), qui ont cultivé le S pirochæta dentium , ont réussi à déceler dans une culture de treize jours, des spirilles en état de division

(1) Metchnikoff, Annales de V Institut Pasteur, 1887, vol. 2, n° 4, p. 165.

(2) Prowazek, Arb. aus dem Kaiserlich. Gesundheitsamte, 1907 , vol. 26, fasc. I, page 25.

(3) Hoffmann, 9e Congrès de la Société allemande de Dermatologie, à Berne, septembre 1906, p. 131.

longitudinale. Deux parasites ayant à peu près la même longueur et le même nombre d’ondulations, étaient disposés parallèlement et n’étaient réunis que par une de leurs extrémités terminées en pointe; les deux individus étaient ainsi rattachés en forme de V.Le spirille de la poule et le Spiroehæta buccalis , de même que le Spirochæta Balbianii et anodontæ auraient, d’après Perrin (1) et Keysselitz (2), le même mode de division longitudinale.

Toute une série d’autres observateurs, partisans de la nature bactérienne des spirochètes, prétendent, avec tout autant de fermeté, que les divers représentants du genre Spirochæta se multiplient par segmentation transversale. Ainsi Zettnow, qui examine à ce point de vue le spirille de la Tick-fever et les spirochètes de la bouche, décrit et figure des parasites plus longs que le type habituel, se divisant presque exactement au milieu, par suite de leur étirement à ce niveau; il en résulte deux spirilles de dimensions égales, réunis bout à bout par un filament extrêmement mince. Plus démonstratives sont les observations de Borrel et Mlle Cernovodeano (3) et celles de Swellengrebel (4), concernant le mode suivant lequel se multiplie le Spirochæta Balbianii et le Spirillum giganteum. Ce dernier auteur, parlant de la segmentation du spirille de l’huître, gros microorganisme facile à étudier, s’exprime de la façon suivante : « En examinant mes préparations, j’ai trouvé plusieurs stades qui me permettent d’affirmer que la division s’accomplit transversalement. Elle commence par la formation de deux granules au milieu de la cellule, granules qui ne sont vraisemblablement que des proéminences de la membrane cellu-

(1) Perrin, Proceed. of the Royal Society, Londres, 1905, vol. 66, Série B. p. 368.

(2) Keysselitz, Arbeit. aus dem Kaiserlich. Gesundheitsamte, 1906, vol. 23,. fasc. II, p. 554.

(3) Borrel et Mlle Cernovodeano, Comptes rendus de la Société de Biologie r séance du 15 juin 1907, p. 1102.

(4) Swellengrebel, Comptes rendus de la Société de Biologie , 1907, vol. 62, p. 213; Annales de V Institut Pasteur, 1907, vol. 21, n° 6 et n° 7 (juillet et août), p. 562.

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laire. A un second stade, les deux granules se sont réunis et forment maintenant une paroi qui divise la cellule en deux. A l’endroit où la cloison s’est formée, la cellule commence à s’étrangler de plus en plus, de sorte que les deux cellules filles sont finalement tout à fait indépendantes l’une de l’autre ». Quant à Borrel et Mlle Cernovodeano, ils admettent que le Spirochæta Balbianii , contrairement à la thèse soutenue par Perrin, se multiplie en se segmentant suivant un plan transversal. Rappelons que nos recherches faites sur le i Spirochæta gallinarum et sur le spirille de la Tick-fever , concordent avec les observations des auteurs précédents. Soit sur coupes, soit sur frottis, nous n’avons jamais décelé des figures pouvant plaider en faveur de la division longitudinale; par contre, nous avons observé souvent des spirilles réunis par un filament très fin, prêt à se rompre, indice d’une division transversale.

On rencontre la même divergence d’opinion lorsqu’il s’agit du mode de division du Treponema pallidum. Sans être trop affirmatif, Schaudinn était enclin à admettre la multiplication de ce tréponème par voie de division longitudinale. 11 a pu constater, en examinant le parasite à l’état vivant, des phénomènes qui semblent le prouver. Voici comment il s’exprime dans un travail publié après sa mort par Hartmann et Prowazek (1) : « Il m’a été possible d’observer directement, dans trois cas, la division longitudinale du microorganisme de la syphilis. J’ai choisi, pour l’étude de ce processus, les exemplaires qui montraient deux flagelles à un seul pôle (Voy. fig. 9, page 164), et j’ai vu comment, au bout de quelques secondes, la segmentation longitudinale a progressé en partant de cette extrémité. Pendant ce temps, le micro organisme avait perdu sa forme spiralée et présentait des ondulations tout à fait irrégulières. Ce n’est que lorsque les deux produits de division s’étaient presque complètement

(1) Hartmann et Prowazek, Arbeit. aus den Kaiserlich. Gesundheitsamte, 1907, vol. 26, fasc. II, p. 15.

séparés et n’étaient réunis que par leurs extrémités, que les deux spirilles reprirent leur forme en tire-bouchon. » Une observation analogue a été enregistrée plus tard par Beer.

Krzysztalowicz et Siedlecki (loc. cit.) ont confirmé ces données ; suivant eux, « le plan de division chez le Spirochæta pallida passe le long du corps, de telle sorte que le spirille se divise en deux parties égales. Cette division commence à une des extrémités du corps, de manière qu’au

début, l’animal a l’aspect d’une fourche Enfin la séparation

fait des progrès tels, que les spirilles ne sont plus réunis que par un de leurs pôles. A cette période, ces phénomènes peuvent s’arrêter brusquement et les deux individus restent en contact par une de leurs extrémités ».

Ces constatations, faites sur des tréponèmes vivants, concordent avec celles de Hoffmann, de Herxheimer, de Berger, etc., qui employèrent la méthode des frottis ou des coupes. Ces observateurs décrivent toute une série de formes qui semblent, au premier abord, indiquer la division du parasite suivant son axe longitudinal. En voici les principaux caractères :

Formes en Y : Deux tréponèmes sont accolés sur la plus grande partie de leur corps et s’écartent l’un de l’autre vers l’extrémité [Herxheimer et Lôser (1), Herxheimer, Crzysztalowicz et Siedlecki (loc. cil .), Nicolas, Favre et André ( loc . cit.)].

Formes en V : Deux tréponèmes ne sont unis que par deux de leurs extrémités [Herxheimer et Lôser, Hoffmann (2), Crzysztalowicz, Bodin (3)].

Formes en O allongé : Deux tréponèmes, attachés par chacune de leurs extrémités antérieures et postérieures, s’écartent l’un de l’autre à leur partie médiane. Cet écartement peut

(1) Herxheimer et Lôser, Münch. mediz. Woch., 1905, n° 46.

(2) Hoffmann, 9e Congrès de la Société des dermatologistes allemands à Berne, septembre 1906, p. 113.

(3) Bodin, Société de Dermat. et de Syphiligr., décembre 1905, et Bulletin médical, 1905, n° 85, p. 1128.

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exister sur un ou plusieurs points (Herxheimer et Berger) (1).

On serait tenté, à première vue, de considérer ces formes comme indiquant réellement la segmentation longitudinale du Treponema pallidum. Néanmoins, il nous semble que ces dispositions peuvent tout aussi bien résulter de la réunion de deux individus par suite de l’accolement de leurs prolongements ciliaires, ou même d’un point du corps microbien. Cette interprétation est tout aussi plausible que celle de la division longitudinale. On sait, en effet, que les diverses espèces de spirilles montrent une grande tendance à s’agglomérer, surtout lorsqu’on les retire de l’organisme. Cette agglutination, dont nous aurons l’occasion de parler plus loin, s’opère non seulement sous l’influence des sérums antispirillaires spécifiques, mais aussi d’une façon toute spontanée. De plus, Borrel, dans son travail concernant les cils du Spirochæta gallinarum , donne des figures où l’on voit des spirilles s’agglutinant en plus ou moins grand nombre, par suite de l’enchevêtrement de leurs extrémités ciliées. Il est donc possible et même très probable que les formes en Y, en V ou en O allongé, soient tout simplement le résultat de l’accolement ou de l’agglomération de deux spirilles qui n’ont aucun lien de parenté entre eux. Bien entendu, la grande ténuité du Treponema pallidum fait qu’il est impossible de préciser si on est en présence d’un individu en voie de segmentation ou de deux spirilles agglutinés. Ce n’est que chez des spirochètes sensiblement plus volumineux, comme ceux de la Tick-jever et surtout ceux de l’huître, qu’on peut saisir ces rapports avec toute la certitude désirée. Or, chez ces parasites, comme il résulte des recherches de Zettnow et de Borrel et Mlle Cervonodeano ( loc . cit.), on constate exclusivement la segmentation transversale.

Tout en étant réservés sur ce sujet, nous sommes plutôt enclins à admettre, avec les partisans de la nature bacté-

(1) Berger, Dermat. Zeitschrift , 1906, vol. 13, fasc. VI, p. 401.

rienne du Treponema pallidum , la division transversale de ce parasite (1).

§ 3. — Cycle évolutif.

Rien n’est moins établi actuellement que le prétendu cycle évolutif du tréponème, décrit par les auteurs qui admettent la nature protozoaire du microbe de la syphilis. On a émis, à ce sujet, les hypothèses les plus hasardées et on a décrit les formes les plus variées, qu’on a considérées comme représentant des phases de ce cycle. Nous passerons rapidement en revue les principales idées émises, tout en étant très réservé quant aux conclusions qu’on a essayé d’en tirer.

Certains observateurs, plus conciliants, ont considéré le Cytorrhyctes luis comme une phase du cycle évolutif du tréponème. Ainsi que le remarque Hoffmann dans son rapport au Congrès de Berne ( loc . cit.), cette affirmation est peu fondée et en contradiction avec l’opinion de Siegel, qui considère le tréponème comme un saprophyte banal n’ayant aucune relation avec la syphilis. Mühlens et Hartmann ont d’ailleurs démontré que le Cytorrhyctes existe également dans les organes normaux et qu’il doit être envisagé comme un produit de destruction cellulaire.

Une autre hypothèse, tout aussi peu fondée que la précédente, est celle formulée par Wechselmann et Loewenthal (2). Ces auteurs ont décelé dans des produits syphilitiques (chancres, papules, ganglions et sang de roséole), deux ordres de corpuscules :

a) Des petits bâtonnets longs de 2 1/2 à 3 p,, larges de 1 1/4 de p. et légèrement acuminés ; ces bâtonnets se colorent en

(1) Les phénomènes observés par Schaudinn et Beerchez le tréponème vivant, et interprétés comme une division longitudinale, peuvent tout aussi bien être expliqués par l’hypothèse de l’agglomération. Il est, en effet, admissible que deux spirochètes, préalablement enroulés, se séparent à un moment donné.

(2) Wechselmann et Loewenthal, Mediz. Klinik, 1905, n° 33.

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bleu pâle par le Giemsa et renferment de 1 à 4 corpuscules rougeâtres ;

b) Des formations en saucisses , plus volumineuses que les précédentes, à extrémités arrondies, pourvues d’une masse chromatique centrale. Lors de la division, cette masse, colorable en rouge par l’azur, se résout en deux ou quatre granulations.

Wechselmann et Loewenthal, en examinant les spirochètes de la stomatite ulcéreuse, affirment que ces microbes montrent, à un moment donné, une concentration de leur masse chromidiale diffuse et qu’ils se résolvent en un certain nombre de petits éléments à extrémités pointues. Ces éléments correspondent très vraisemblablement aux formes courtes que nous avons décrites dans un des chapitres précédents (Voy. p. 167). Or, d’après les auteurs, les petits spirilles provenant de cette segmentation seraient capables de se transformer en bacilles et assureraient ainsi la multiplication des parasites.

Cette interprétation, qui admet une transformation de spirilles de la bouche en bacilles fusiformes et inversement, pourrait, d’après Wechselmann, être appliquée au cycle évolutif du Treponema pallidum. Ce tréponème donnerait, après segmentation préalable, les formes en saucisses mentionnées plus haut, formes destinées à reproduire des parasites spirillés.

Inutile de rappeler qu’aucune constatation n’est venue confirmer l’hypothèse de Wechselmann et Loewenthal. Les faits observés par ces auteurs s’expliquent d’ailleurs facilement par une symbiose entre le tréponème et certains bacilles analogues au bacille fusiforme de Vincent. On sait que dans les processus ulcéreux de la bouche, la multiplication des gros spirilles s’accompagne d’une pullulation des bacilles en fuseau (Vincent), mais on n’a jamais constaté ni à l’examen direct, ni par le procédé des cultures, une relation génétique quelconque entre ces spirilles et le bacille de Vincent Ajoutons que, suivant Kraus et Prantschoff, les formations

décrites par Wechselmann et Loewenthal se rencontrent également dans des lésions cutanées non syphilitiques et sont, par conséquent, dépourvues de toute spécificité.

Une théorie qui eut un assez grand retentissement est celle formulée par Krzysztalowicz et Siedlecki (1), peu de temps après la découverte de Schaudinn et Hoffmann. Plus affirmatifs que ces auteurs au sujet de la nature protozoaire du tréponème, les deux zoologistes polonais pensent avoir découvert dans les lésions syphilitiques ouvertes, des formes spirillaires prouvant l’existence d’un cycle évolutif complet chez ce microbe et d’une reproduction sexuée comparable à celles décrites chez certains protozoaires. Pour eux, la forme habituelle du spirochète, telle qu’elle se révèle par l’examen des frottis et des coupes, représente l’état végétatif du microbe. La segmentation longitudinale répétée de cette forme végétative assure la reproduction agame du parasite de la syphilis ; mais, en dehors de ce mode, ce microorganisme peut se reproduire par l’accouplement d’individus sexués analogues aux macrogamètes et aux microgamètes de l’hématozooaire malarique, par exemple. Nous reproduisons une figure empruntée au travail de Krzysztalowicz, représentant le cycle évolutif complet du Treponema pallidum (fig. 18).

Un spirochète ayant l’aspect habituel, se contracte, s’épaissit et laisse voir un noyau clair (fig. 3, ?z), incolore, pourvu d’un corpuscule métacliromatique équivalent du centrosome des hématozoaires flagellés. En même temps, on constate à l’une de ses extrémités la formation d’un flagelle qui se prolonge par un filament à l’intérieur du corps microbien et qui vient se terminer souvent sur ce centrosome. Les formes qui en résultent, pouvant se multiplier par segmentation longitudinale (fig. 4), sont en tous points comparables aux trypanosomes ; elles ont été d’ailleurs

(1) Krzysztalowicz et Siedlecki, Bulletin de V Acad, des Sciences de Cracovie, 1905, n° 9, p. 713.

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désignées par Siedlecki et son collaborateur sous le nom de Trypanosoma luis et considérées par ces auteurs comme des macrogamètes ou éléments femelles (fig. 6).

En outre, on remarque que d’autres tréponèmes s’allongent et laissent voir toute une série de petits noyaux incolores parsemés de place en place (fig. 7, n ). Ces formations ne tardent pas à se segmenter et à donner nais-

Fig. 18. — Cycle évolutif du Treponema pallidum. ( D'après Krzysztalowicz et Siedlecki) (1).

sance à de très petits spirilles pourvus d’une ou deux ondulations, d’un seul noyau et doués d’une vive mobilité (fig. 8, m). Ce sont les microgamètes ou éléments mâles. Dans une phase ultérieure, les microgamètes s’accouplent avec les éléments femelles, en se fixant latéralement sur le corps de ces derniers, y pénètrent progressivement et finissent par être complètement absorbés (fig. 8).

Ce cycle évolutif et cette reproduction sexuée du tréponème rappellent en tous points la description de Schaudinn con-

(1) Nous devons cette figure à l’obligeance de la Rédaction du Bulletin de V Institut Pasteur.

cernant la multiplication du Trypanosoma noctuæ {Leucocytozoon Ziemannï). L’intérêt de ces constatations serait de tout premier ordre, surtout au point de vue des affinités entre le parasite de la syphilis et les protozoaires flagellés, si elles n’étaient passibles de sérieuses objections et si elles avaient été vérifiées par d’autres observateurs. Malheureusement cette vérification n’a jamais pu être réalisée. Rien ne démontre que les différentes formes décrites par Siedlecki et son collaborateur appartiennent réellement à une seule espèce de spirochètes et qu’elles soient toutes en relations avec le tréponème pâle. Comme le remarque très justement Hoffmann, qui pourtant tend à admettre la nature protozoaire du microbe de Schaudinn, la plus intéressante observation des auteurs polonais a été faite sur des lésions syphilitiques ouvertes et même pbagédéniques, pouvant par conséquent renfermer plusieurs espèces de spirochètes à la fois. Les auteurs ont donc pu associer des formes disparates, appartenant à plusieurs espèces de parasites spirillés et en faire des stades différents d’un cycle évolutif dont l’existence est bien improbable. Leurs conclusions sont d’ailleurs en contradiction avec l’opinion de Schaudinn qui, se basant sur des observations beaucoup plus précises, considérait la forme du tréponème comme relativement invariable.

Beaucoup plus intéressants et mieux établis, quoique d’une interprétation difficile, sont les faits observés par Prowazek (1), se rapportant à certaines formes de repos ou de dépression décrites tout dernièrement par cet auteur. En examinant des frottis de chancre provenant de singes syphilisés à Batavia, cet auteur observa non seulement l’état végétatif du tréponème, représenté par des parasites spiralés typiques, mais aussi des stades de repos caractérisés par des spirochètes enroulés sur eux-mêmes. Parfois l’enroulement en forme de boucle n’intéresse qu’une des .extrémités du para-

(1) Prowazek, Arbeit. aus den Kaiserlich. Gesundheitsamte, 1907, vol. fasc. I, p. 29.

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site et simule les corpuscules terminaux mentionnés par Herxheimer et d’autres auteurs. Prowazek considère cet état du tréponème comme l’indice d’un stade particulier dans le cycle du microbe et appelle les formes en question « formes de dépression ». Il les rapproche de celles que R. Hertwig a décrites chez certains protozoaires.

En plus de ces constatations, Prowazek attire l’attention sur la possibilité d’une autogamie chez le tréponème. Il aurait observé deux spirilles réunis sur un point de leur corps et dont les chromidies (substance chromatique), ordinairement diffuses, s’accouplaient pour former une masse de chromatine centrale disposée en spirale.

Tout en ne discutant pas la réalité de cette reproduction agame du tréponème, qui demande à être confirmée, nous .pensons que les formes de repos ou de dépression décrites par Prowazek, et signalées déjà avant lui chez le Spirochæta Obermeyeri par Schaudinn, sont en réalité des attitudes qui précèdent la dégénérescence et la mort du parasite. Il nous semble, en effet, douteux que ces tréponèmes enchevêtrés et disposés en boules, soient capables de récupérer leur état spirillaire et de se reproduire.

Notre opinion est basée sur les recherches de Levaditi (1), qui étudia l’évolution du Spirochæta gallinarum chez les poules infectées et dans l’oeuf incubé, et sur nos constatations concernant le spirille de la Tick-fever. Nous avons remarqué que toutes les fois que ces parasites sont en état de souffrance où qu’ils s’acheminent vers la mort, ils montrent des modifications de forme qui rappellent l’enroulement décrit plus haut. Ceci se voit surtout chez les spirochètes introduits dans les œufs de poule non fécondés, c’est-à-dire dans des conditions qui s’opposent au développement et à la multiplication du Spirochæta gallinarum. De plus, nous avons constaté que la phagocytose in vitro des spirilles par les leu-

(1) Levaditi, Annales de Vlnstitul Pasteur , 1904, vol. 13, p. 129. — Levaditi et Manouélian, Annales de V Institut Pasteur , 1906, vol. 20, p. 593.

cocytes mono- et polynucléaires, provoque l’enroulement et l’enchevêtrement des microorganismes englobés. Soit clans le tube à essais (Levaditi et Roché) (1), soit chez l’animal vivant (Levaditi et Manouélian) (2), les vacuoles digestives des globules blancs ne renferment que des spirilles disposés en anneaux ou en boucles. Or, comme les microbes englobés par les phagocytes sont en général destinés à être digérés et détruits par les ferments intracellulaires, il en résulte que cette disposition particulière traduit un état de souffrance ; elle doit être considérée comme un signe de dégénérescence et d’involution, et non pas comme un stade dans le cycle évolutif de ces microorganismes.

Ayant observé chez le Treponema pallidum, par la méthode des coupes, des phénomènes analogues à ceux que nous venons de décrire chez le Spirochæta gallinarum et le Spirochæta Duttoni , nous nous croyons autorisés à les interpréter dans le même sens. Nous reviendrons d’ailleurs sur ce point dans la troisième partie de cet ouvrage.

En somme, malgré l’effort accompli pour démontrer l’existence d’un cycle évolutif chez le tréponème, nous ne possédons actuellement aucune donnée précise à ce sujet. Toute conclusion serait donc prématurée.

§ 4. — Action des humeurs. Agglutination.

Le Treponema pallidum , comme la plupart des représentants du genre Spirochæta , peut réaliser le phénomène de l’agglomération. Il se comporte, à ce point de vue, comme certains protozoaires flagellés qui, soit spontanément, soit sous l’influence des sérums spécifiques, s’agglomèrent pour donner lieu à des amas. Chez le tréponème,

(1) Levaditi et Roché, Comptes rendus de Société de Biologie , 1907, vol. 62, p. 619-815.

(2) Levaditi et Manouélian, Annales de l'Institut Pasteur, 1906, vol. 20, p. 296.

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l’agglutination fut observée pour la première fois par Levaditi (1) dans les frottis faits avec le contenu des bulles de pemphigus hérédo-syphilitique. Depuis, elle fut confirmée par un certain nombre d’auteurs qui tentèrent de préciser le mécanisme de ce phénomène.

L’agglomération débute par la réunion de deux individus qui s’attachent l’un à l’autre par leurs extrémités flagellées. Herxheimer et Lôser (loc. cit .), Rille et Vockerodt (loc. cit.), Nicolas, Favre et André {loc. cit.), ont souvent rencontré des spirochètes disposés en formes de F, d’t/etd’ 7, formes qui, ainsi que nous l’avons déjà vu, furent considérées par certains observateurs comme des signes de division longitudinale. Pourtant, de l’avis de Herxheimer et Lôser (2), ce n’est là que la première phase de l’agglutination, processus dans lequel les extrémités ciliées du parasite semblent jouer un rôle principal. Nous savons, en effet, que non seulement les bactéries, mais aussi les trypanosomes s’agglomèrent par suite de l’enchevêtrement de leurs cils ou flagelles.

Dans une phase plus avancée, plusieurs spirilles se rattachent aux deux parasites déjà accolés pour former les amas radiaires sur lesquels Doutrelepont (3) insista tout particulièrement. Enfin, un peu plus tard, l’enchevêtrement s’exagère et il devient impossible de distinguer les individus au centre des agglomérats.

Cette agglutination du microbe de la syphilis a été aussi constatée par Sobernheim et Tomasczewski (4); elle explique, d’après ces chercheurs, l’irrégularité de la distribution du microbe de Schaudinn dans les frottis de chancres syphilitiques. Comme nous aurons l’occasion de le voir plus loin, rien n’est moins régulier que la répartition des spirochètes dans ces frottis et il faut parfois examiner toute une série

(1) Levaditi, Comptes rendus de la Société de Biologie , 1905, vol. 58, p. 845.

(2) Herxheimer et Lôser, Münch. mediz. Woch., 1905, n° 46.

(3) Doutrelepont, Sitzungsberichte der Niederrhein. Gesellsch. für Natur. und Heilkunde zu Bonn, 1905, séance du 11 décembre.

(4) Sobernheim et Tomasczewski, Münch. mediz. Woch., 1905, n° 39.

de préparations avant d’en rencontrer une*5 contenant des parasites. Il y a lieu toutefois de remarquer que l’interprétation des auteurs précédents, tout en étant juste dans un certain nombre de cas, ne saurait être généralisée. Lorsque la distribution des tréponèmes est irrégulière, leur agglutination est loin d’être constante ; de plus, l’examen des coupes, montrant la rareté des spirochètes agglutinés dans les tissus du chancre et des papules, prouve que l’agglomération du microbe de la syphilis est plutôt un phénomène qui s’opère en dehors de l’organisme vivant (1).

La quantité des parasites qui entrent dans la constitution des amas est sujette à des variations ; quelquefois ces amas sont très riches en spirochètes, comme cela a été constaté par Mulzer (2), qui décrit des agglomérats de 20 à 40 individus et par Hoffmann qui décèle sur coupes des paquets de tréponèmes occupant toute la lumière d’un vaisseau (hérédo-syphilis). Rappelons que l’agglutination du microbe de Schaudinn a été observée non seulement dans la syphilis acquise, à la surface et même dans la profondeur des lésions (Bandi et Simonelli) (3), mais aussi dans l’hérédosyphilis [Levaditi (4), Brônnum et Ellermann (5), Hoffmann (6), Babès et Panea (7)]. On l’a rencontrée également dans le chancre des singes, comme en témoignent les constatations de Metchnikoff et Roux (8) qui ont révélé des tréponèmes disposés en amas dans le suc d’un syphilome primaire du Chimpanzé, le lendemain de son

(1) Celan’est vrai que pour les accidents de la syphilis acquise. L’agglutination des tréponèmes in vivo fut souvent constatée dans l’intimité des organes des hérédo-syphilitiques.

(2) Mulzer, Berlin, klin. Woch., 1905, n° 36.

(3) Bandi et Simonelli, Riforma medica, 1905, n° 29, p. 791.

(4) Levaditi, Loc. cit., p. 206.

(5) Brônnum et Ellermann, Deutsch. mediz. Woch., 1905, n°44, et ]Hospitalstidende, 1905, n° 39.

(6) Hoffmann, Dermat. Zeitschrift , 1906, vol. 13, fasc. VIII, p. 565.

(7) Babès et Panea, Berlin, klin. Woch., 1905, n° 28, p. 865.

(8) Metchnikoff et Roux, Annales de l'Institut Pasteur, 1905, vol. 19, page 673.

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ablation. Nous reproduisons ici une photographie que nous devons à l’obligeance de M. Flexner, représentant des tréponèmes agglutinés dans des lésions cutanées chez un enfant atteint de syphilis héréditaire (fig. 19).

Quel peut être le mécanisme de cette agglutination? L’explication la plus plausible est celle de l’intervention

Fig. 19. — Tréponèmes agglutinés. {D'après Flexner.)

de certaines agglutinines spécifiques pouvant être contenues dans le sérum des sujets syphilitiques. Plusieurs auteurs ont essayé de vérifier cette hypothèse, mais sont arrivés à des conclusions contradictoires. Ainsi Hoffmann et Prowazek (1), qui ont étudié comparativement l’influence exercée sur le Treponema pallidum par le sérum humain normal et par le sérum de syphilitiques infectés depuis six à huit mois,

(1) Hoffmann, Dermatolog. Zeitschr., 1906, vol. 13, fasc. VIII, p. 565.

Syphil. expér. 14

affirment que si cette dernière humeur ralentit et même arrête les mouvements dujtréponème, elle ne fait qu’ébaucher son agglutination. De leur côté,,Landsteiner et Mucha (1), qui se sont servis de hultra-microscope, n’ont observé aucune différence entre le sérum normal et le sérum spécifique tant au point de vue de l’immobilisation, qu’à celui de l’agglomération. Dans l’un et l’autre cas, les parasites se sont immobilisés plus vite que dans le suc d’où ils provenaient, mais ne se sont pas agglutinés.

Il en résulte que jusqu’à présent il a été impossible de découvrir des agglutinines spécifiques dans le sérum des malades atteints de syphilis. Cette constatation a conduit Landsteiner" et A Mucha à se demander si l’agglutination des tréponèmes qui s’opère au bout de deux heures dans le suc des lésions cutanées conservé in vitro, n’est pas due à des agglutinines d’origine locale. Il s’agirait d’une formation d’anticorps agglutinants au niveau même du processus spécifique, anticorps qui seraient élaborés par les cellules soumises à l’action des antigènes. Nous pensons qu’il n’est nullement nécessaire d’avoir recours à cette hypothèse pour expliquer le phénomène en question. Pour nous, le processus est dû plutôt à la tendance qu’ont les spirochètes à s’agglomérer spontanément chaque fois qu’ils sont retirés de l’organisme vivant. C’est là une propriété qui est commune à la plupart des spirilles pathogènes et sur laquelle ont insisté Cantacuzène, Levaditi, Manteufel (2) et d’autres. II suffit, en effet, d’examiner le sang d’une poule infectée par le Spirochæta gallinarum pour constater la rapidité avec laquelle les parasites se disposent en amas, surtout lorsque l’examen est fait vers la fin de la maladie. La preuve qu’il s’agit bien dans ce cas d’une agglutination spontanée, c’est la facilité avec laquelle les spirochètes se désagglomèrent d’eux-mêmes, ce qui généralement ne se

(1) Landsteiner et Mucha, Wien. klin. Woch ., 1906, n° 45; Centralbl. für Bakteriologie, 1907, lre partie, vol. 39, n0’ 17-19.

(2) Manteufel, Arb. aus dem Kaiserlich. Gesundtheiisamte, 1908, vol. 27, fasc. I, p. 172.

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produit pas quand le phénomène est engendré par des agglutinines spécifiques.

Quoi qu’il en soit, cette agglutinabilité spontanée des tréponèmes rend difficile, sinon impossible, toute tentative de séro-diagnostic de la syphilis par le procédé des agglutinines (1).

§ 5. — Action des agents physiques et chimiques.

Landsteiner et Mucha (2) ont étudié l’action de la température sur les mouvements des tréponèmes; ils ont observé que, conservés à 37° entre lame et lamelle et à l’abri de l’air, ces parasites commencent par se mouvoir avec une rapidité plus grande qu’à la température ordinaire, mais leur mobilité cesse sensiblement plus vite. Le chauffage à 45° les immobilise, tandis que le froid (température de la glacière) paraît influencer favorablement cette mobilité. Cette constatation montre l’extrême fragilité du microbe de la syphilis, et concorde avec la faible résistance du virus spécifique démontrée par les expériences sur les animaux. Il est intéressant de rapprocher ces faits des observations de Roscher (3), qui remarqua la disparition du tréponème dans les chancres soumis au traitement par l’air chaud,. et de celles de Metchnikofï et Roux, qui ont constaté que le chauffage à 51° détruit l’activité du virus. On a recherché également si le spirochète de Schaudinn est capable de traverser certains filtres en papier ou en porcelaine. D’après Siebert (4), les tréponèmes recueillis sur des papules syphilitiques et suspendus dans de

(1) Zabolotny ( Centralbl . für Bakteriolog., 1907, vol. 44, fasc. VI, p. 532, et Congrès <T Hygiène de Berlin, septembre 1907) affirme avoir réalisé ce diagnostic en se servant de sérum de syphilitiques et en faisant agir ce sérum sur des tréponèmes contenus dans du suc de lésions spécifiques, recueilli en appliquant une ventouse de Bier sur ces lésions. Ces recherches demandent à être reprises.

(2) Landsteiner et Mucha, Centralbl. für Bakteriolog., 1907, Impartie, vol. 39, nos 17.19.

(3) Roscher, Berlin, klin. Woch., 1905, nos 44-46.

(4) Siebert, Berlin, klin. Woch., 1905, n° 34, p. 1091, et Deutsch. mediz. Woch.t 1905, n° 41, p. 1642.

l’eau salée isotonique, traversent, il est vrai en petit nombre,, des filtres en papier. Par contre, ils sont complètement arrêtés par les bougies en porcelaine, comme on peut s’en assurer en examinant non seulement le liquide filtré, mais aussi le résidu obtenu par la centrifugation de ce liquide. On peut rapprocher ce fait de l’infiltrabilité du virus syphilitique démontrée par Klingmüller et Baermann ( loc . cit.) et par Metchnikofî et Roux.

Schaudinn (1) fut le premier à étudier l’influence des agents chimiques sur le microbe de la syphilis. Dans sa première note publiée avec Hoffmann, il insiste sur l’innocuité de l’eau salée isotonique, qui conserve au moins pendant six heures la mobilité des tréponèmes. Au contraire, la glycérine concentrée exerce sur eux une action nocive manifeste ; les microbes s’immobilisent au bout de cinq à dix minutes, gardent pendant une ou deux heures leur forme en tire-bouchon pour prendre peu après une disposition rectiligne. Plus tard, ils se contractent, deviennent fusiformes et finissent par s’arrondir ; on peut constater alors des formations granuleuses dérivées du tréponème, que Schaudinn rapproche des formes de repos décrites par lui chez les spirochètes de la fièvre récurrente.

Ces données semblent en contradiction avec les constatations de Metchnikoff et Roux d’après lesquelles le virus spécifique, mélangé avec de la glycérine, garde ses propriétés pathogènes pour le Chimpanzé. Ce n’est pourtant là qu’une contradiction apparente, car ces auteurs eurent soin d’inoculer le mélange immédiatement après sa préparation; il est probable que si le contact eût été prolongé, ils n’auraient pas obtenu les mêmes résultats.

Prowazek (2) fit agir sur des produits riches en tréponèmes,

(1) Schaudinn et Hoffmann, Arbeit. aus dem Kaiserlich. Gesundheitsamte , 1905, vol. 22, fasc. II, p. 527.

(2) Prowazek, Arbeit. aus dem Kaiserlich. Gesundheitsamte , 1907, vol. 26, fasc. I, p. 30.

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le taurocholate de soude au dixième et vit que, contrairement à la plupart des autres bactéries, le parasite de la syphilis se dissout complètement sous l’influence de cette substance. On remarque d’abord la dissolution des composés lipoïdes du périplaste, suivie de celle du contenu plasmatique et du périplaste lui-même. Dans des expériences faites sur l’animal vivant, Prowazek a observé d’ailleurs que le virus syphilitique, mis en contact pendant une demi-heure avec la solution de taurocholate de soude, devient incapable de transmettre la maladie aux singes.

Quant à la saponine , qui semble exercer une influence toxique spécifique sur les protozoaires, elle fut expérimentée par Landsteiner et Mucha ( loc . cit.) et par Prowazek ( loc.cit .) ; son action délétère sur le parasite de la vérole paraît certaine.

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