CHAPITRE V
ALTÉRATIONS SYI4HL1TIQUKS DU FOIK. — PÉRIUËPATITB. — UÉPATITE. — CICATRICKS. — OBSERVATIONS H, UI, IV, V, VI. — FORMES OOMMEUSES.
Les affections syphililiciues du foie offrent la plus grande analogie avec celles du testicule. Les auteurs qui ont les premiers décrit la syphilis considéraient cet organe comme le vrai siège de la maladie, et ils ont donné plusieurs observations qui peuvent s'y rapporter. Mais ceux qui, les premiers, ont nettement déorit les véritables altérations du foie produites par la syphilis, sont Dittrich, chez les adultes (1), et Gubler (2), chei les
(1) Prager Viertelj., 18à9, I, p. 1, et 1850, lE, p. 33.
(2) Mém. de la Soc. de biologie^ 1853, t. IV, p. 25.
PÉRIHÉPATITE SYPHILITIQUE. 79
enfants. Les recherches du premier offraient en outre un intérêt particulier : il rangeait parmi les lésions causées par la syphilis des altérations du foie que Ton avait prises pour des. cancers guéris de cet organe. Toutefois les descriptions de Dittrich et de Gubler ne concordaient pas complètement, et la critique un peu trop vive de. Bôhmer (1) contribua à faire voir combien il était peu constant de trouver Tenkystement des résidus crus de Tépanchement, signe que Dittrich avait considéré comme caractéristiquCé Déjà, auparavant, Dufour (2) avait décrit un cas de cirrhose syphilitique» et les observations de Sigmund (3) font mention de masses de tissu conjonctif qui avaient quelquefois l'aspect et la résistance du squirrhe, et , dans d'autres cas, ne différaient en rien du tissu conjonctif normal. Dans le fait, les productions syphilitiques du foie sont aussi variées que les produits analogues du testicule ; tantôt c'est une périhépatite, tantôt une hépatite simple, tantôt enfin une hépatite gommeuse interstitielle ; ces trois formes existent souvent simultanément, et peu- . vent se compliquer l'une de l'autre. Ceci peut surtout s'appliquer à la périhépatite, car jusqu'ici il ne paraît y avoir aucune observation de laquelle on puisse conclure que cette lésion, lorsqu'elle est seule, soit produite par la syphilis constitutionnelle. Il serait toujours facile de vérifier le fait, puisque chez les nouveau-nés affectés de syphilis héréditaire , on a observé la péritonite
(1) Zeilschr. f. rat. Mediciriy 1853, nouvelle série, vol. IH, p. 88.
(2) Bulletins de la Soc. anat., de Paris, 26' année, 1851, p. 139.
(3) Citées par Bœhmer, p. 94.
simple et chronique (i). Dans quelques cas, je dini uiénie dans le plus grand nombre des cas , Thépatite interstitielle est simple; dans quelques cas spéciaux, qui sont rares, Thépatite affecte la forme gommeose.
La péribépatite prend souvent la forme d'une éruption miliaire ressemblant à de petites verrues très fioa s'étendant sur la surface du foie , et pouvant afiTedff une forme plus grossière ; elle «st régulièrement plu abondante aux endroits qui sont le plus fortement attaqués par l'altération intérieure de l'organe. Dans ces points on observe non-seulement Tépaississement dur, calleux de la capsule fibreuse , mais presque toujours des adhérences avec les oi^anes voisins, et surtout avec le diaphragme. Ces adhérences, bien que fréquentes dans d'autres cas, ont, dans la syphilis, un aspect pa^ ticulier ; elles acquièrent une solidité et une épaisseur tout à fait extraordinaires; de sorte que des brides, des espèces de cordons longs et véritablement ligamenteux s'étendent du foie au diaphragme.
Les adhérences réellement spécifiques du foie avec l'estomac et le côlon sont beaucoup plus rares; cela tient à la situation des points enflammés du parenchyme.
Les lésions du parenchyme affectent ordinairement la forme d'une cicatrice; produites par l'irritation w consente d'un ou plusieurs points de l'organe, elles provoquent dans ces parties l'atrophie complète du parenchyme glandulaire, laissant complètement intact le reste de l'organe. On trouve en effet (qu'il y ait
(1) Simpson, Obstetrick Memoirs. Edimb. 1856, If, p, 172.
CICATRICES SVPllILITIQriiS DV KOli-:. 81
(Il ([u'il n'y ait pas tubercules gunimeuxy des (h^pressiuus à la surface du foie, ayant la forme de replis radiés, d'une couleur blanchâtre. A ces dépressions viennent s'insérer des brides ressemblant à de véritables ligaments. A la coupe , ces points présentent, au-dessous de la capsule fibreuse très épaissie, une masse dure, d'un blanc éclatant, très résistante, pénétrant plus ou moins le tissu de l'organe , et s'étendaut en rayonnant jusqu'à d'autres points malades, qui sont souvent ainsi réunis les uns aux autres, en nombre variable. On trouve parfois au milieu de la cicatrice les vaisseaux sanguins et les canaux biliaires conservés; la cicatrice est alors moins résistante , elle est moins blanche , elle présente un aspect caverneux particulier. Le plus souvent les vaisseaux et les canaux sont aussi modifiés;
' dans les premiers , on trouve des thrombus , qui finissent par s'organiser: les seconds sont oblitérés par des
.concrétions biliaires.
L'ascite et l'ictère peuvent être la conséquence de semblables altérations.
Ici, comme dans l'orchite simple syphilitique, on a affaire à l'induration chronique suivie d'atrophie du tissu glandulaire; ici, encore, nous trouvons une particularité qui tendrait à faire supposer que Taltération a été la suite d'un traumatisme. En eftet, la lésion n'attaque, dans quelques cas, qu'un lobe , le droit ou le gauche , et l'atrophie de la partie affectée est si complète , que le foie devient méconnaissable et ressemble à la rate; dans d'autres cas , il se forme au moins une dislocation notable du lobe. D'un autre côté, c'est ordinairement au-
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pn'^s ou autour des ligaments suspenseur, coronaii!. trian$;ulaire du foie, c'est-à-dire aux endroits où toale les secousses impriuiées au corps^ où toutes les tractios exercées sur Torgane Font le plus vivement sentir len: influence; c'est dans ces points , dis-je, que Ton rencontre le plus communément les indurations doDtje viens de donner la description. Quand ces cicafrioQ pénètrent profondément dans la glande et s'unissentto unes avec les autres , elles forment de véritables nœuà qui étranglent l'organe; c'est ce qu'on nomme le fok lobule, et, dans les altérations syphilitiques , il présente ce caractère particulier que les indurations cicatricielte ne suivent pas nécessairement la direction des grandes ramifications de la veine porte.
Les deux cas suivants peuvent donner une idée de cette altération.
Observation II. — Syphilis ayant parcouru tous aeê stades,- Atrésie cicatricielle de l'isthme du gosier^ destruction partiélk de l'épiglotte. — Cicatrices du foie et des reins. — Calcdî biliaires. — Thrombus des veines rénales. — Induration <fe la rate. — Pneumonie récente.
Une veuve d*un certain embonpoint, (l*une trentaine d'années environ, mourut à la Charité, le 9 novembre iSkS, affectée d'une dyspnée considérable et d'bydropisie, après avoir souffert depois assez longtemps d'ulcérations syphilitiques de l'arrière-gorge et do palais. A l'autopsie on trouva une atrésie complète de la partie postérieure de l'isthme du gosier, qui résultait de l'adhérence do voile du palais avec la paroi postérieure de l'arrière-gorge, an moyen d'une masse cicatricielle dure et tendue. Toutes ces parties, ainsi que la racine de la langue et la face supérieure de l'épigiottè, sont tuméfiées, bosselées," et ont un aspect lardacé à la coupe. La
OBSBEVATION II. 83
pointe de Tépiglotte est détraite, rongée en forme de croissant, mais partout complètement cicatrisée. La muqueuse du larynx et des bronciies a une coloration d'un rouge foncé, sans ulcération ; peu d'adhérence d^ l'épithélium, cicepté autour des orifices des conduits glandulaires. Les poumons assez dépourvus de sang, modérément pigmentés, fortement rétractés en différents points sous lesquels se trouvent des tubercules anciens, crétacés et caséeux. Hépatisation récente de tout le lobe moyen à droite, ainsi que de la plus grande partie du lobe inférieur et de la base du supérieur ; à la coupe, aspect compacte, granulé, d'un rouge sale. A la pression, les bronches laissent abondamment suinter une sécrétion purulente. Cœur et vaisseaux normaux. Peu de sang, bien coagulé, n'offrant point de couenne.
Le foie présente une surface granulaire et l'aspect de la noix muscade : rougeur prononcée des acini, accompagnée d'une abondante infiltration graisseuse autour des ramifications de la veine porte. Tout l'organe est déformé par des cicatrices étendues et rétractées; le lobe gauche surpasse presque le droit en volume. Ces rétractions formaient presque toujours une dépression en forme d'entonnoir, vers laquelle convergeaient des stries blanchâtres; le milieu en était arrondi ou allongé. Sur la périphérie, ainsi que dans le parenchyme, se trouvaient un grand nombre de tout petits granules blancs et perlés. A la coupe, on aperçoit des stries cicatricielles résistantes, dépourvues de vaisseaux et d'un aspect blanchâtre, qui provoquaient la torsion et la traction des gros vaisseaux, surtout de la veine hépatique. La plus grande de ces cicatrices se trouvait à droite et était parallèle au ligament suspenseur; elle partait de la Tésicule biliaire et avait tellement atrophié le tissu du foie, que la vésicule était complètement libre et nullement recouverte. Cette dernière était fortement contractée autour de calculs de cholestérine à larges faces, qui étaient accumulés dans une bile épaisse et verdâtre.
Rate de dimensions normales, compacte, résistante, d'un rouge foncé, parsemée de taches pâles et transparentes. Reins augmentés de volume, surface d'un blanc jaunâtre, transparente, présentant çà
S/| SYPHILIS llÉPATIQUE.
il là des poiiUs rruges el bruns; à droite, sur le bord coiifeiej gauche, sur une plus grande étendue, se voient des dépresM irrégulières et vasculaires, qui offrent à la coupe on tisso homgènc, presc|ue lardacé, de couleur jaunâtre et tacheté de poirii Inun-rougeàtre, et qui envahissent encore en grande partie b substance médullaire. Toutes les veines des reins remplies de tbroml)oses volumineuses et consistantes n'adhèrent pas an vaisBca et s'étendantjusque dans les grands troncs. Rien à la vessie.
Llérus assez volumineux, col dur, bosselé, offrant à la coup un aspect homogène, tendineux et blanc. Beaucoup de cicatrices sur les ovaires et tunique albugineuse très épaissie. Rien à Testomac ni à Tintestin.
Si je comnuinique le cas suivant, c'est surtout i cause fie Tintérôt qu'offrent lessyniptônies, qui ne sont nialheureuscMiient pas suffisamment expliqués par Tautopsie.
Observation III. — Accidents nerveux particuliers : cmna, hyperesllu'siv , dysphagie, intention d'urine^ ralentissement du pouls. — Mort. — Hypertrophie aiguë du cet^veau, — Pharyngite granuleuse et ulcéreuse, — Tuméfaction des ganglions jugulaires et sous-maxillaires. — Cicatrice du foie. — Périmé' trite et périképatite partielles guéries. — Induration de la rate.
Augusta Emilie, âgée de vingt-quatre ans, fille publique de la Kœnigsmauer, n" 30, bien faite, d'un certain embonpoint, jouissant anlérieurenicnt d*une bonne santé, est transportée, le 15 décembre 1865, à la Charité, après avoir souffert pendant trois jours de malaise. Elle avait vomi des matières bilieuses ; elle se plaignait de douleurs siégeant dans la région de l'estomac et du foie, s*irrtdianl jusque dans la région bypogastrique. Pendant les deux premiers jours de Taffcction, elle avait eu une rétention d'urine qoi avait cessé ; son urine était très foncée. A son entrée, frisson pro-
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lougé, douleurs ilaos l'occipat et (es tempes, malaise, bouche amèrc, euduit jauuâire de la langue, abattement considérable, eugnuixlissc • meut des membres, mi peu de toux dont la cause ne peut être révélée par Tauscultation.. Elle est régulièrement menslmée ; elle a ses règles au moment de son entrée. Nulle trace d'exanthème à la peau. Pouls à 40. (Pulv. aêrophorus.)
Elle a passablement dormi la nuit et a eu peu de Tomissemenls, mais vers le matin, persistance des maux d*estomac, céphalalgie, vertiges. La soif est intense, les urines peu copieuses, pas de selle, pouls à 46 (saignée de 320 gram.). Le soir, céphalalgie et douleur dans la cuisse gauche, assoupissement continuel, impossibilité de se tenir debout, soif intense, pouls à 46, ni selle, ni mixtion; cathétérisme.
Dans la nuit du 16 au 17, subdelirium, la malade fait des tentatives pour se lever, mais ne peut se tenir debout. Le matin, douleurs dans Tabdomen, surtout dans la région où se trouvent l'utérus et le cœcum, distension considérable de la vessie, pas de selle, pouls 50, réponses précises. (Émuls. riciuosa c. aq. âmygd. amar.)
Le soir, après une selle involontaire, langue brunâtre, sèche et fendillée. Pouls à 40.
La malade est plus tranquille dans la nuit suivante, son sommeil est peu interrompu ; le 18 au matin, un peu plus de lucidité dans les idées, la langue est plus humide, douleur dans la nuque, derrière les oreilles et à l'angle de la mâchoire, ainsi que dans la région hypogastrique; rétention d'urine, une selle involontaire, pouls à 48 (saignée de 500 gram., 12 sangsues au front, 12 centig. de calomel). Le soir, trois selles involontaires, pouls à 54 (affusions froides). Peu de sommeil pendant la nuit ; la malade est agitée et parle beaucoup ; après 3 doses de calomel, cinq selles. Le 19 au matin, poul à 56» dans le courant de la journée, délire à plusieurs reprises, sept selles involontaires et liquides. Une nouvelle affusion froide est suivie d'un peu d'amélioration, pouls à 44 le soir. Dans la nuit, délire continuel ; le 20 au matin, la torpeur est augmentée, et s'accompagne d'une dyspnée considérable. Voulant boire un peu d'eau, elle avala de travers et eut un accès de toux violent, |)ouls à 58. (Inf.
sennae comp. application de rondelles de drap imbibées d'huile essentielle de nioutarde'siir la poitrine.) Le soir, pouls à 65, devenant plus fréquent quand la malade remue ; pas de selle. Pendant la nuit, délire continuel, toux fréquente; le 21 au matin une selle, la malade ne peut avaler; elle a une dyspnée considérable, mais répond avec justesse; pouls à 70. Le soir, la tête est brûlante, hyperenthésie de tout le corps, surtout^à la nuque; le moindre attouchement provoque de la douleur; râles, pouls 80, plein. Mort le 22. ' Autopsie le 23 décembre. Faible amaigrissement, seins très développés. Crâne normal, vaisseaux du diploé très nombreux et gorgés de sang des deux côtés le long de la courbure du sinus transverse* Dure-mère très amincie, au point de laisser apercevoir les circonvo* lutions cérébrales ; le sinus est plein de sang caillé, légèrement couenneux ; à la portion postérieure et dans Tintérieur du sinus longitudinal se trouvent des glandes de PacChioni très développées. Le cerveau est si turgescent qu'après Penlèvement des membranes on trouve les circonvolutions entièrement aplaties. La surface cérébrale paraît si sèche, si 'aplatie et si anémique, qu'on peut à peine supposer l'existence de la pie-mère. Les glandes de Pacchioni sont à peine augmentées de volume. A la base du crâne se trouve une petite quantité de sérosité limpide, peu de sérum dans les ventricules; anémie des plexus choroïdes. La substance cérébrale est résistante, sans pourtant avoir la résistance du cuir ; elle est sèche, compacte, complètement anémique, sans la moindre modification de structure. La moelle allongée et les nerfs qui en partent présentent un aspect normal. Rien dans les muscles et les portions fibreuses du cou, de même que dans le canal vertébral, dans la moelle et ses enveloppes. A la hauteur de l'épistrophéus^seulement, la dure-mère est épaissie, et d'un aspect rougeâtre ; les origines nerveuses sont tout à fait normales.
La muqueuse pharyngienne est tuméfiée et médiocrement hyperénuée ; tous les follicules, même ceux de la base de la langue, sont saillants. Les amygdales sont augmentées de volume; dans l'amygdale gauclie, se trouve un petit foyer plein de pus épais, à côté on aperçoit une cavité vide dont les parois sont d'un gris ardoisé . Auprès
des amygdales» à l'isthme du gosier» l'on voit de chaque c6té une ulcération assez étendue, assez profonde, anguleuse» mais dont le fond est uni, rougeâtre» lardacé, à bords non calleui» of n sinueux et taillés à pic. L'ulcération a de trois quarts à un pouce de long, et d'un tiers à un demi-pouce de large. L'cesophage et le larynx ne présentent rien de particulier; il en est de même du poumon et des bronches ; ces dernières sont pourtant un peu infiltrées de sang» Rien d'anormal dans les vaisseaux de la poitrine et dans le conduit thoracique. Les ganglions sous-maxillaires au contraire, et les ganglions lymphatiques situés de chaque côté de la jugulaire sont for* tement hyperémiés ; chaque ganglion a la grosseur d'un haricot; ils sont tous d'une consistance mollasse, d'un blanc jaunâtre, et donnent une coupe homogène; ils ne sont pas hyperémiés, et ne présentent ni tubercules, ni pus. La parotide, les muscles du cou, les autres parties» le pneumogastrique et le grand sympathique sont normaux. Le cœur et ses valvules ne présentent rien de particulier ; le sang est peu abondant, légèrement décomposé, d'un aspect foncé, peu couenneux. Dans l'aorte et les veines al)dominales se trouve un sang fluide d'une coloration foncée, sans couenne appréciable.
Cavité abdominale normale ; le foie de dimension ordinaire, est congestionné, d'une couleur brun foncé, *et il est entrecoupé de stries graisseuses. L'enveloppe péritonéale présente en quelques endroits des cicatrices épaisses ; l'on remarque au milieu du lobe gaucho une dépression profonde, allongée en forme de gouttière, qui, au toucher, donne la sensation d'un tendon. La vésicule biliaire est petite et contient une bile d'un jaune clair, peu épaisse. La rate, de dimension normale, est assez résistante, sa substance est compacte, d'uu rouge pale, avec quelques points plus foncés. Les vaisseaux spléni« ques sont remplis de sang fluide cl foncé ; les reins sont normaux ; les uretères et les bassineti^sonl hyperémiés, la vessie très dilatée, à riche vascularisation, mais pourtant sans ecchymose; l'urine est foncée, contient du mucus et un dépôt de sels calcaires à gros grains. Le pancréas et l'estomac sont normaux. Dans le duodénum» infillration graisseuse très marquée des villosités; dans l'intestin grêle desquamation épitbéliale très abondante et un lombric; dans
l'appendice iléo-cœcal, qui est hyperémié, se trouve une petite quanliic de matière fécale.
Le vagin, dunt la muqueuse est extrêmement rugueuse, comme épidermoïdale, présente des papilles très proéminentes qui lui donnent l'aspect d'une râpe ; cet aspect se rencontre aussi sur la lèvre postérieure du museau de tanche. L'utérus adhère au rectum par des brides nombreuses qui se trouvent^ à sa portion inférieure. La trompe gauche adhère aussi à la paroi postérieure de Tutérus. L'utérus très volumineux, a des parois épaisses; l'oriGce externe da col est rempli par un bouchon muqueux assez volumineux ; sa muqueuse, tachetée et rougeâtre, est lisse et ressemble à une membrane séreuse. Les ovaires volumineux présentent de nombreux corps jaunes et blancs, et des follicules gorgés de liquide; les trompes sont très longues et colorées en rouge ; on y remarque des Tésicules à pédicules allongés, qui contiennent un liquide sanguinolent et peu épais.
Observation IV. — Syphilis constitutionnelle, — Maladie de Bright. — Dysenterie et pleurésie, — Mort. — Diverses modifications organiques.
En 1850, décéda à la clinirfue de AVurzbourg un homme qui, affecté de vérole constitutionnelle, était devenu hydropique et était attaqué de dysenterie et de pleurésie. L'autopsie fit reconnaître un oedème de la pie-mère avec hydrocéphale. Le cerveau et les poumons étaient très anémiques, on trouvait des deux côtés une pleurésie. A droite, elle était fibrineuse; à gauche, elle était suppurée. L'isthme du gosier était entièrement atrésié, la portion supérieure de l'oesophage était rétrécie par une cicatrice, sa poition inférieure présentait des érosions hémorrhagiques.
Rien dans le larynx et dans la trachée, les bronches étaient dilatées ; il y avait une infiltration pneumonique et un ramollissement. Ganglions lymphatiques et jugulaires tuméfiés, d'un aspect caséeux.
Cicatrice profonde et étendue du foie, présentant, en certains endroits, l'aspect hyperémié. Rate volumineuse, dure, anémique,
à follicules peu développés. Les reins sont diminués de volume, la couche corticale présente des rétractions cicatricielles ; les ppilles sont volumineuses et gorgées de sang.
Âltéralion dysentéiique du côlon, les ganglions mésentériques et lombaires présentent une infiltration caséeuse. Cicatrice à la cou* ronne du gland, près du frein. Tuméfaction de Tépididyme, quelques adhérences au testicule gauche.
Voici donc trois observations dans lesquelles l'hépatite cicatricielle simple se montre à côté d'ulcérations pharyngiennes. Dans deux de ces cas, la syphilis avait terminé toute son évolution et avait eu pour conséquence l'atrésie de l'orifice postérieur des fosses nasales, par suite de l'adhérence du voile du palais avec la paroi du pharynx. Dans un de ces cas, nous avons trouvé des ulcérations existant encore après que l'hépatite semblait avoir parcouru tous ses stades morbides ; c'était donc probablement deux modifications qui n'appartenaient pas à la même infection. Il serait facile de multiplier ces exemples; mais la fréquence de cas analogues me dispense d'insister sur ce point. Étudions spécialement maintenant la forme gommeuse. Le cas suivant est un exemple des combinaisons pathologiques que l'on rencontre le plus souvent.
Observation V. — Présomption de cancer hépatique.'^ Atrophie inflammatoire , hyperostose , sclérose de la voûte crânienne. — Gommes et méningite , avec fausses membranes. — Pleurésie tuberculeuse, — - Cicatrices anciennes du poumon. — Ascite et péritonite. — Hépatite chronique gommeuse. — Tumeur splé^ nique indurée, avec cicatrices hémorrhagiques. — Atrophie des
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reins , catarrhe et diverticulum de la vetsie, — Tuméfùctton des ganglions.
Georges Veech, cocher, âgé de quarante-quatre ans» mourut le 20 février 1853 à l'hôpital Saint-Jules, de Wurzbourg. Il avait été traité à la clinique médicale |)our une hydropisie et surtout pour une ascite. Après la ponction de la cavité abdoniioale, on attribua son afîection à un cancer du foie.
Voici ce que Ton trouva à l'autopsie : grand amaigrissement, œdème des extrémités inférieures et des boursesT; le sujet est bien musclé. Dépressions cicatricielles de la voûte crânienne au niveau du front et de l'occiput, périoste non altéré, le centre de la dépression présente seulement une coloration rouge plus intense. L'os frontal du côté gauche présente aussi à sa surface interne de semblables dépressions avec sclérose et épaississemeut des parties voisines jusqu'à la lame orbitaire ; le point correspondant de la dure^mère présente un épaississemeut, sorte de tampon gélatineux, translucide, très vasculaire à la périphérie, blanchâtre et opaque au centre (métamorphose graisseuse). Hyperostosc el sclérose à la face interne du frontal du côté droit. Le long du sinus longitudinal on observe des dépressions osseuses assez nombreuses, ressemblant à des cicatrices de l'os. Des productions ostéophytes aplaties ou verruqueuses, très vasculaires du reste, entourent ces dépressions. La dure-mère, au niveau de ces points, est calleuse et transparente dans les parties les plus excavées de l'os. Au-dessous de chaque bosse pariétale se trouve une dépression superûcielle eu forme d'étoile, avec sclérose de la table interne. La dure-mère, en général très injectée, est recouverte à sa surface interne par une fausse membrane opaque, peu épaisse, niais très vasculaire, qui ne correspond pas aux altérations osseuses. La pie-mère présente des glandes de Pacchioni très épaissies, les veines sont dilatées, et l'on y voit des traînées blanchâtres épaissies. Peu d'hydrocéphalie intérieure ; épaississement de Tépendyme. Le cerveau est un peu sec; sa consistance est celle du cuir. Anémie de la substance grise.
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OBSERVATIOfl T. 91
Valvules du coeur uo peu épaissies ; do reste rien de pirticoKer à meotionner au cœur. Dans le sac pleural gauche, on trouve des dépôts ûbrineux sous lesquels la plèvre est infiltrée d'une couche de tubercules miliaires caséeux. Dans les deux poouMHis, masses cicatricielles anciennes, avec granulations grises à la périphérie. Le long du canal thoracique, près du nerf vague^ se trouvent de nonw breux ganglions lymphatiques tuméfiés, jaunâtres, atteignant le volume d'ùue amande, laissant à la pression suinter un liquide séreux, et qui sont entourés d'uu tissu cellulaire rouge. Ascite peu abon*^ dante, sédiment purulent dans le petit bassin. On trouve béants les oriOces de la {)onaion récente ; ecchymoses, épaississement marbré d'un rouge grisâtre et exsudations récentes, fibrineuses dans Je péritoine. Épiploon refoulé eu arrière, calleux, épais, rouge, adhérant au foie, â Testomac et à la vésicule biliaire. Veine porte normale*
Le foie présente des adhérences sur toute sa circonférence, et particulièrement du côté des capsules surrénales; le lobe droit et Textrémité supérieure correspondant au ligament suspensenr sont diminués de volume. Le lobe gauche au contraire est plus étendu et plus volumineux. La surface du foie présente une foule de bosselures grandes et petites, et elle est sillonée par des lignes cicatricielles ra* diées allant du ligament sospenseur à la veine porte. En suivant ces lignes, on voit qu'elles se prolongeaient aussi bien autour de la veine porte qu'autour de la veine hépatique, déterminant le rétrécissement des vaisseaux, Tépaississement de leurs tuniques qui étaient plissées transversalement. Les canaux biliaires étaient de même rétrécis ; ils contenaient, ainsi qoe la véhicule du fiel, une bile très claire, avec des graviers noirâtres et une masse brune, molle, formée d'épithélium, de pigment et de petits calculs à couches concentriques. Le reste du parenchyme hépatique était lâche et comme ramolli ; on y voyait des points pâles (acini) alternant avec des points rougei^ (cadème et atrophie). Au bord droit le tissu, rougeâtre et atrophié dans une grande étendue, était parcouru | ar des lignes épaisses et blanches, se terminant par de petites taches jaunes. On voyait en ce point et à la surface du foie, des tubercules ; les uns avaient le volume d'une cerise, les autres étaient plus petits, d'un blanc jaunâtre, secs, résis«
tanls, cl augles un peu arrondis. Ils étaient entourés par un tissu cicatriciel blauchâlre, calleui, comme tendineux. La rate, augmentée de volume, avait sii pouces et demi de longueur, quatre pouces et demi de largeur, deux pouces d'épaisseur. La capsule présente quelques points épaissis, résistants, couverts d*exsudatioDs ; le tissu splénique est également épaissi, il renferme peu de sang et est comme desséché ; en quelques points il est décoloré et blanchâtre et présente des dépressions cicatricielles, apparemment par suite d*infractus hémorrhagique. Les capsules surrénales sont volumineuses. Le pancréas est petit Les reins ont une surface chagrinée, leurs capsules se séparent diflBcilement de leur tissu hyperhémié; les papilles sont d'un blanc jaunâtre pâle. La vessie contient une urine trouble et jaunâtre; la muqueuse vésicale est d'un rouge foncé ; la tunique musculaire est le siège d'un épaississement trabéculaire. A la portion postérieure du bas-fond vésical se trouvent trois diverticulums, ayant à peu près un pouce de profondeur, un orifice étroit, laissant pourtant pénétrer le doigt, et contenant dans leur cavité très hyperémiée des calculs d'acide urique. A la partie qui correspond à ces cavités, on remarque dans l'excavation recto-vésicale, des adhérences nombreuses. État catarrhal de l'estomac et des intestins. Les ganglions mésentériques et lombaires sont tuméfiés, cedématiés. Les ganglions épigastriques augmentés notablement de volume sont ardoisés, et présentent de petites taches granuleuses blanchâtres.
Dans cette observation , nous trouvons les tubercules jaunâtres dont nous avons si souvent parlé, existant simultanément avec d'autres altérations. D'abord avec Fatrophie hépatique , désignée sous le nom de foie à aspect de noix muscade; ensuite avec ces dépressions cicatricielles de Tinflammation interstitielle. Cette der* nière produisit ici, comme cela s'observe si souvent dans la cirrhose , Tascite et la tuméfaction de la rate ; c'est encore à l'inflammation interstitielle qu'il faut
TUBERCULES GOMMEUX DU FOIE. 9tS
rapporter ces inégalités et ces nodosités du foie, sensibles pendant la vie, et qui avaient fait présumer un cancer. Budd(l) a le premier décrit ces tubercules jaunes, sous le nom de tumeurs granuleuses enkystées; il les attribuait à une inflammation des voies biliaires, ayant pour résultat Toblitération, la dilatation de ces canaux, et, par suite, Taccumulation des produits épaissis de la sécrétion. Mais Budd les confond (*2) avec une certaine forme des tubercules vrais du foie, qui, comme je Tai trouvé, débutent par les parois des conduits biliaires de moyen calibre.
Oppolzer et Bochdalek (â), à Prague , prirent ces tu- S/ bercules pour des cancers guéris jusqu'au moment où Dittrich , se servant des mêmes préparations anatomiques et des mêmes observations sur lesquelles ces deux professeurs avaient basé leur opinion , démontra la nature syphilitique de ces altérations. On s'est servi depuis de ces observations pour affirmer Tincurabilité du cancer hépatique.
Je ferai remarquer que, dans mon travail sur le can.cer (4), j'ai précisé ce point en disant : «On ne peut affirmer que ces tumeurs soient du tubercule ou du cancer; il faut pour cela connaître l'histoire de leur développement. x> Ce détail n'a pas eu d'influence sur la description que je donne de la cicatrisation du cancer
(i) IJberkrankhetten^ p. 371.
(2) Loc. ciU^ p. 179.
(3) Prager VierUljahrsschrift, 18/i5, l. II, p. 59.
(4) Archiv fUr path. Anatomie^ vol. I, p. 193.
9ft SYPHILIS HÉPATIOUB.
hépatique; je vais môme plus loin, ee que j'ai décrit comme métamorphose tuberculeuse (caséeuse) du cancer hépatiiiue est, d'après moi, toute autre chose que le tubercule syphilitique (1).
Dittrich pensait que ce dernier était les débris d'une exsudation , débris enkystés à Tétat de crudité. D'apris lui, la masse cicatricielle était formée par Torganisatioi) de cet exsudât. De cette opinion à celle qui n'accorde aucune qualité particulière ou spéciGque à cet exsudât, il n'y a qu'un pas ; il est vrai de dire que telle n'était pas la pensée de Dittrich. Cohn (2) pense aussi que le centre de l'exsudation privée de ses vaisseaux sanguins, par suite du dépôt de substance fibroïde autour de l'épanchement, flnit par se tuberculiser. Ricord (3), an contraire, compare ces produits à certains tubercules du tissu cellulaire que l'on rencontre fréquemment da» la syphilis tertiaire ; il les désigne sous le nom de dégénérescence plastique: H. Meckel (4) les considère comme une dégénérescence fibro-luberculeuse.
Budd a donné une analyse micrographique très exacte de ces altérations. Comme dans le tubercule, la partie centrale est formée par une substance dense, parsemée de granules graisseux ; on peut y distinguer quelques noyaux plus ou moins évidents ; il s'y trouve
(i) Voy. mon Handb. der Spec, PathoL, vol. I, p. 361.
(2) Bericht iiber die im Jahre 1852 et 1S58 im Hospitai, xu AlkTheiligen verpflegten Kranken. BiesldiU, iSbli, p. 120.
(3) Cliniq. iconographique, pi. XXX, fig. 2-3.
(4) Charité -Annalen, vol. IV, p. 287 et 319.
TUBEBCULB9 GOHHBUX DU FOIE. 95
aussi quelques cellulescomplètes,dosglobulesgranuleux et quelques ûlaments fibreux (1). Il serait inexact de dire que cette substauce est enkystée , et qu'elle est enveloppée d'une membrane spéciale, doot on pourrait l'isoler. Il est plus juste de dire que la substance qui forme la capsule, ou mieux le tissu cicatriciel d'onve-
riGDii 6 0loppe, 6nil par se confondre peu à peu dans la masse du tuljercule ; ce dernier n'est en définitive qu'une partie
(1) Voy. i ce sujei Dillrlch, Pragtr Viertelj., 18i9, vol. I, p. 3, el Wilks, Tratuact. of the patbol. Soc. of London, vol. Vlir, p. 2ii.
(*) Coupe d'un tubercule gorameux du roîe. OroiiÎMement, 300 diamèlrei. A Tissu cicilriciel EcléroUté, avec des fibres- cellules et un vaisseau atu-
B B' Jeune proliUralion des ceUulei ; leur division et leur muUiplicatiop, Elles sont rondes, ovilei ou fluifonnes ; entre elles se voient des ouvertures vasculaires .
ce Prolifération plus avancée, se trouvant sur les limites de la masse uiéeuie.
D Ù' Substance propre du tubercule jaune avec les fines cellules de granules graisseux provenant des jeunes Éléments du lissu conjonctif qui ont encore tour dispoiilion primitive.
plus modifiée et plus transformée du tissu cicatriciel. Ce qui se passe ici est analogue à ce qu'on remarque dans les tumeurs gommeuses des autres régions ; la métamorphose graisseuse attaque ici des éléments de petite dimension, et les cellules graisseuses granulées qui en résultent sont d'une nature plus difficile à reconnaître (fig. 6, D, D'). C'est le tissu conjonctif qui contribue en grande partie, par sa prolifération, à former la cicatrice dense, tendineuse, presque analogue à la sclérotique.
Les cellules augmentent dans certains points en nombre et en volume; elles subissent ensuite une métamorphose graisseuse; cette graisse n'est pas résorbée, au moins en ce moment , parce que le tissu cicatriciel qui environne ces points ramollis empêche toute circulation. De semblables tubercules peuvent se rencontrer dans le parenchyme non modifié de l'organe, en dehors de tout tissu cicatriciel. On peut s'assurer qu'ils sont produits par des modifications du tissu de nouvelle formation; on ne peut les confondre qu'avec les acini du foie, qui subissent quelquefois une sorte de sclérose ou une métamorphose graisseuse , que le tissu cicatriciel finit par envahir, par enkyster et par comprimer (1). Nous ferons remarquer que ces acini ainsi modifiés sont plus petits, moins résistants, moins secs que les turheurs gommeuses subissant la métamorphose caséeuse. Il est facile de les distinguer des véritables tubercules,d'abord par leur volume, ensuite parce qu'ils sont rapprochés des
(1) Priedreicli, Archiv fût pathol. Anatomie^ vol. XVI, p. 501.
cicatrices foiteiuenl alro|)bi(?es, au milieu desquelles ils se trouvent quelquefois, enfin par leur sécheresse, par l'aspect uniforme de leur coupe; car il est démonln; que le tubercule hépatique se ramollit dès qu'il atteint un certain volume.
Il faut encore insister sur un point : ces tubercules ont-ils quelque chose de spécifique, comme le prétend Dittrich; suffisent-ils pour le diagnostic anatomique de la syphilis hépatique? je suis forcé d'avouer que cette question est très embarrassante à résoudre. Le cas suivant^en est une preuve.
Observation VI. — Rhumatisme articulaire (?). — Maladie de Dr i g ht, — Ascite. — Mort dans le coma , ap7*ès des symptômes de péritonite. — Tuméfaction et ramollissement de la plupart des ganglions lymphatiques et follicules, — Leucotytose consécutive, — Cyanose affectant spécialement le cerveau, — Cicatrices dans le pharynx, — Péritonite ancienne et récente, — Ae contenu de V estomac et de V intest in est en pleine fermentation. — Cicatrices du foie avec tubercules jaunâtres caséeux et tuméfaction parenchymateuse récente, — Tumeur amyloïde de la rate, — Néphrite parenchymateuse , dégénérescence omyloïde commençante des gloméruletde Malpighi,
Cari Unfenbaci), apprenli serrurier, âgé dcdix-liuil ans, fut reçu pour la première fois, 1^28 avril 1855, à la Charité de Berlin. Dans son enfance 11 cul la scarlatine; en 1849, la fièvre intermittente. Depuis trois semaines il a des doulcui^ dans les articulations (pied, talon, main, genou) ; ses pieds ont été enflés. Il sort guéri le 5 mai, mais rentre à Thôpital le 13 mai; il avait de la fièvre, des douleurs dans les membres inférieurs, qui sont douloureux tuméfiés jusqu'aux genoux, et qui présentent une rougeur érysipélateuse très tranchée. Il sort de nouveau guéri 7 juin.
' *Vv. u:.. jj.^ . - '
Dans Télé de 1856 il y eut d* abord gonflement des extrémités inférieures ; cet état cessa à la fin de juin. En même temps il se développe de i'ascite, accompagnée d'une forte dyspnée. Lorsqu'il ?iat de nouveau âi la Charité, le 2 octobre, ou trouva la régioudu genou droit douloureuse, et l'urine claire, jaunâtre, augmeuiée de densité, très albumineuse, tandis que les organes de la digestion, delà respiration et de la circulatio:i étaient normaux. Par l'emploi de l'acétate de potasse, l'ascite disparut, mais l'urine resta albumineuse, et le malade fut abandonné le 25 octobre, comme incurable.
U fut traité au dehors pour son ascite; mais, l'année suivante, à la suite d'un refroidissement, il vit reparaître l'œdème des pieds et du scrotum ; il rentra quinze jours après, le 23 février 1857, à la Charité. On le trouva affaibli et cachectique, avec ascite et hydrothorax double; les bruits du cœur étaient nets, le foie augmenté de volume. Pouls à 80. Urine en petite quantité. Sommeil bon. On fit usage de bains chauds. Dans la nuit du 3 mars, frisson violent, subit, sueur froide à la partie supérieure du corps, douleurs dans le bas-ventre, diarrhée, pouls à 120 ; bientôt vomissements, sensatiou de brûlure dans le ventre, perte de sommeil, lividité et refroidissement des extrémités. Le /t, coma et mort.
Autopsie, — Cyanose très prononcée, veines périphériques extraordinairement dilatées au tronc, aux bras et aux cuisses, et entourées d'une coloration livide ; crâne relativement mince et facile à scier, du reste normal et adhérent encore très intimement à la dure-mère; caillot très couenueux, avec dépôts blanchâtres ponctués formés par des corpuscules blancs du sang dans le sinus longitudinal. La surface du cerveau est très affaissée et sèche, un peu de sérosité sous la tente du cervelet Ventricules presque vides, la substance cérébrale très humide, la substance blanche très hyperémiée, la substance grise anémique. Le cerveau pèse en tout 4285 grammes.
Sous le sternum, en particulier le long de l'artère mammaire, se trouvent plusieurs tumeurs lisses, d'un aspect gris-rongeâtre, n'adhérant pas à l'os , présentant une structure très vasculaire, friS' blés, d'un gris blanchâtre (ganglions hypertrophiés). Quelques
petites tomeare grisâtres assez développées, d'an aspect médallaire et ayant leur point de départ sur le diaphragme, font saillie dans le médiastin antérieur et dans les sacs pleuraux. Cœur très petit, re* venu fortement sur lui-même, normal du reste. Sang foncé avec une couenne fortement iciérique et des dépôts grisâtres. I/eiamen microscopique démontre que ce sont des amas de corpuscules sanguins très développés, avec un nucléus. Hyperémie modérée des poumons; à leur partie postérieure ramollissement (par suite de l'écoulement des liquides digetftifs hors de Teslomac). Artères puU roonaires et bronches normales. Ganglions bronchiques et médiastinaux postérieurs tuméfiés, ramollis.
Amygdales très grosses; leurs cavités mnt remplies de matière purulente, et tellement élargies, que l'organe entier a l'apparence d'une éponge à larges vacuoles; le reste de l'organe est tuméfié et a l'apparence médullaire. Les follicules de la base de la langue sont développés et grisâtres, et présentent aussi pour la plupart des excavations profondes. Sur la paroi postérieure du pharynx, on voit plusieurs cicatrices rayounées, blanchâtres, confluentes; les glandes pharyngiennes sont augmentées de volume. Les ganglions jugulaires et cervicaux présentent des modifications semblables, qui sont surtout prononcées dans les ganglions jugulaires supérieurs. A la coupe, ils présentent une rougeur intense et une tuméfaction partielle, avec commencement de ramollissement.
Cavité abdominale très développée par suite du méiéorisme des intestins. Exsudation présentant un sédiment purulent et une sérosité claire et rougeâtre. Le météorisme est notable à l'estomac et vers le gros intestin. Mésentère gras, un peu rétracté à son origine, relativement très épais, présentant çà et là des indurations ressemblant à des cicatrices. Côlon ascendant, infléchi à sa partie moyenne, et adhérent à la surface du foie par d'anciennes fausses membranes. Appendice vermiforme normal. Des tumeurs volumineuses grisâtres, presque médullaires, formées par des ganglions hyperplastiques, se trouvent le long de la grande courbure de l'es*
(omac.
Dans l'estomac se trouve une grande quantité de liquide en fer-
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nuiitation, mélangt' avec des restes d'aliments; muqueuse non altérée. Duodénum modérément développé, il conlient un liquide très épais, d'un gris jaunâtre clair ; on y remarque en certains points un précipité floconneux. La bile sort facilement, par la pression, de la vésicule du fiel. Dans le jéjunum se trouve une matière claire, d'un gris blanchâtre, avec quelque flocons jaunes ; il y en a davantage encore dans Tiléum, où elle acquiert une coloration grisverdâtre, par suile de son mélange avec des débris épilhéliaux. Les liquides de l'intestin exhalent partout une odeur aigrelette; le contenu de l'iléum présente cependant une réaction neutre. CËdènie de la muqueuse, tuméfaction des follicules isolés ; ganglions mésentériques d'un jaune grisâtre clair, médullaires. Le gros intestin contient partout un liquide écumeux, clair, d'un gris jaunâtre, à réaction acide : sa muqueuse est oedématiée et présente une teinte ardoisée.
Le foie est entièrement déformé; il est diminué de volume, il présente une forn)e arrondie, plate ; il a sept pouces et demi de largeur (le lobe gauche n'a que deux pouces un quart) ; sa hauteur à droite est de cinq pouces et un quart ; à gauche, elle est de deux pouces et un quart; sa plus grande épaisseur à droite est de deux pouces sept huitièmes ; une série de dépressions profondes divise surtout le lobe gauche en plusieurs petits lobes et lobules très proéminents; les interstices de ces lobules convergent vers les ligaments suspenseurs du foie. Du ligament suspenseur partent des sillons qui rayonnent à droite et à gauche sur toute la surface de l'organe. A la partie supérieure et externe du foie se trouve une masse radiée qui sillonne ce point et s'étend sur la face antérieure. Dans ces points ;/8 trouvent un grand nombre de tubérosités entourées d'nn tissu cicatriciel blanchâtre ou grisâtre, résistant et calleux; ces tuberosités sont plus nombreuses à droite qu'à gauche; elles ont le volume d'une noisette ; serrées en grand nombre, formant des groupes, très dures, elles font saillie à l'extérieur; on remarque à leur coupe qu'elles sont résistantes, d'une consistance très sèche, d'une coloration jaunâtre, d'un aspect caséeux. Plusieurs cicatrices ne présentent pas de semblables tubérosités, mais on en trouve en
K ^ltvJ\io i\r .' fv c r,- ^r ' •---'■ '
grand nombre, surtout vers la superficie de Torganc , qui sont au milieu du parenchyme hépatique, et qui n'adhèrent en aucune façon aux gros sillons cicatriciels dont ils sont très rapprochés. £n arrière, toute la |)artie supérieure du foie est déprimée par ces cicatrices, au point que le lobe de Spiegel est méconnaissable. Le reste du tissu propre du foie est lâche, pâle , tuméGé ; certains points bruns diiïus se font remarquer au milieu de la coloration gris-clair. La vésicule biliaire est petite. Les ganglions qui entourent Ja veine porte et le ligament hépatico-duodénal sont un i>eu tumé/iés; ils sont remplis de la substance médullaire que nous avons trouvée dans les autres ganglions.
La rate est très volumineuse ; elle pèse 690 grammes. £lle a six pouces et demi de longueur, quatre |)ouces et demi de largeur, son épaisseur est d'un pouce trois quarts; elle est dense, élastique; sa surface est tachetée; sa coupe est sèche, à reflets mats, colorée partie en gris, partie en rouge foncé ; les follicules sont peu apparents; dans la plupart de ses parties se trouve un tissu sec, possédant un éclat variable. L'examen microscopique fait reconnaître une dégénérescence amyloîde très étendue de la pulpe splénique. Le sang des veines spléniques forme des caillots volumineux, mous, grisâtres. Le pancréas est plus petit qu'à l'état normal. Les ganglions lombaires sont très tuméfiés ; ils présentent souvent une infiltration hémorrhagique.
Le rein gauche, très augmenté de volume, mesure quatre |)ouces trois quarts eu longueur, deux pouces un quart en largeur, un pouce et demi en épaisseur ; son poids est de 235 grammes. Kn séparant la capsule, on déchire sa surface, qui est très friable, lisse, tachetée en rouge. A la coupe, on remarque une notable tuméfaction de la couche corticale, qui est épaisse d'un demi pouce, d'un jaune brun, et est couverte de taches ecchymotiques. Les pyra<mides et les calices sont presque à l'état normal. Le rein droit est à peu près de même, seulement la rougeur des pyramides est plus intense. L'examen microscopique montre une dégénérescence amyloîde commençante des glomérules; cylindres fibrincux dans les canaiicules urinifères des papilles, et tuméfaction récente de l'épithéiium cortical. Urine trouble et d'un brun foncé dans la vessie;
i()2 SYPHILIS HÉPATIQUE.
le caput gailinaginis est très développé, b prostate intacte. Rien de particulier aux parties génitales externes.
Voici certainement une observation très singulière. Nous n'avions aucun renseignement sur rexistence antérieure de la syphilis à Tautopsie ; les seuls caractères qui, à part les modifications du foie, répondent à une lésion syphilitique, sont les cicatrices du pharynx, la dégénérescence amyloïde de la rate et des reins, ainsi que la tuméfaction notable, et que rien ne peut expliquer, des ganglions lymphatiques et de l'appareil folliculaire du pharynx. Une leucocytose très intense coïncidait avec ces dernières altérations, car le sang présentait, en forte proportion et sous forme de dépôt granuleux grossier, des cellules très développées à un seul noyau, tout à fait semblables à celles de la substance des ganglions lymphatiques tuméfiés et modifiés. Je dois avouer n'avoir jamais vu depuis de cas analogue; dans toutes les observations d'hépatite gommeuse, on trouve d'autres modifications caractérisant la syphilis constitutionnelle, ou bien les antécédents ne laissent plus aucun doute sur l'existence antérieure du mal ; enfin on ne peut baser sur rien ici la supposition d'une affection mercurielle. Reste la possibilité d'un chancre larvé et passé inaperçu ; et chacun sait combien il est fréquent de voir ces sortes de chancre être suivis d'accidents secondaires. Rien, du reste, dans l'observation ci-dessus, n'exclueraitlapossibilité d'une infection syphilitique ; les symptômes que Ton rapporte au rhumatisme pourraient bien n'être que les premières manifestations de la véroto
HÉPATITE SYPHILITIQUE INTERSTITIELLE. 103
constitutionnelle. Les cicatrices si caractéristiques du pharynx, que je ne découvris qu'après une recherche minutieuse, me poussaient surtout à adopter cette mar nière de voir; il me faudra des faits bien convaincants pour me faire changer d'avis, et je regarderai ces altérations comme des altérations syphilitiques, jusqu^à ce que des preuves évidentes viennent me convaincre qu'elles peuvent survenir sans syphilis antérieure.
Dittrich (1) a observé trois cas analogues, chez un garçon de onze ans et chez deux jeuneâ filles âgées Tune de quinze, l'autre de dix-huit ans; il finit par conclure à une syphilis congénitale , dont la manifestation se serait faite tardivement ; dans les trois observations , il trouva les cicatrices caractéristiques du pharynx.
Dans les foies syphilitiques, à côté de ces productions cicatricielles, simples etgommeuses, on voit d'autres altérations qui peuvent prendre une grande extension. Outre l'altération amyloïde que nous avons mentionnée, qui donne au foie l'apparence de la cire , et qui est rare du reste, on observe aussi une induration étendue, résultant du développement du tissu conjonctif interstitiel qui donne lieu (2) à des formes de cirrhose, ou bien une altération particulière des cellules hépatiques analogue à l'altération des cellules rénales dans la néphrite parenchymateuse. Les cellules hépatiques augmentent de volume, leur contenu se trouble et finit par subir la
(1) Prayer Viertetj,. 1869, fasc. I, p. 30; 1850, lasc. Il, p. 35.
(2) On a autrefois désigné ces formes sous le nom de foie lardacé. Prerichs (Wiener Wochensch., I856f n° 5) déciil, chez une femme qui'
lOfl SYPHILIS HÉPATIQUE.
méiamorphose graisseuse consécutive (i). J'ai décrit, dans mes .archives (2), un foie semblable , qui me semblait très caractéristique; on aurait pu lui donner le nom de foie lardacé , si Ton n'avait tenu compte que de sa composition (d'albumineux , de graisse et de tissu conjonctif). J'ai trouvé le plus ordinairement une hyperplasie et une hypertrophie des portions du foie qui n'étaient pas directement affectées. Les acini et les cellules hépatiques de ces parties acquéraient un volume tel que Taccroissement du foie égalait presque la diminution de volume produite par les cicatrices les plus considérables; le foie reprenait alors son volume normal , mais la forme de l'organe était encore plus profondément modifiée. L'histoire de ces altérations est encore bien incomplète; elles sont surtout intéressantes à cause de leur analogie avec l'hyperostose et la sclérose que l'on remarque autour des lésions osseuses syphilitiques. Il faut les séparer cependant des infiltrations graisseuses accidentelles , des diverses formes du foie à aspect de noix muscade, états pathologiques qui peuvent se combiner avec l'altération syphilitique.
L'hépatite syphilitique peut, pour plusieurs raisons, être rangée chronologiquement parmi les symptômes
présentait des accidents sypliiliiiques tertiaires, le changement d'une infiltration lardacée en dégénérescence cirrhotiqiie. On peut difiScilement adnnctire une pareille métamorphose, surtout si, comme cela a lieu aujourd'hui, on regarde la dénomination de dégénérescence aroyloîde et de dégénérescence lardacée , comme désignant la même altération.
(1) Voy. ma Cellular Pathologie^ p. 267.
(2) ArchivfUr path. Anatomie, vol. VI, p. 426.
tertiaires. Pourtant, dans la syphilis héréditaire , on remarque l'induration simple et l'atrophie cicatricielle à côté d'accidents secondaires récents. Gubler (!) a démontré, par des observations cliniques, que, chez les adultes, la première apparition des accidents secondaires s'accompagne parfois d'une complication du côté du foie. 11 ne faut donc pas trop se presser ici de tirer des conclusions trop absolues.