CHAPITRE VI
SYPHILIS MUSCULAIRE. — TUMEURS GOMMEUSES DE LA LAN- GUE ET DU COEUR. — OBSERVATION VU. — MYOCARDITE ET ENDOCARDITE SYPHILITIQUES. — RAMOLLISSEMENT DE LA GOMME MUSCULAIRE.
Les affections syphilitiques des muscles peuvent aisément être rangées à côté des altérations du foie. Bouisson (2) s'en est occupé et les a minutieusement décrites. Après avoir mentionné les douleurs musculaires, il signale la contracture (Ph. Boyer, Ricord, Notta) et les tumeurs syphilitiques des muscles.
Les contractures musculaires ont pour cause, et j'ai insisté déjà sur ce point (3), des dégénérescences cal-
(1) Mémoire sur V ictère qui accompagne quelquefois les éruptions syphilitiques précoces {Gazette médicale de Paris, 1856).
(2) Bouisson, Gazette médicale de Paris, 1866, juillet et août. (S) Archiv fUr pathol, Anatomie, vol. IV, p, 271.
leuses du tissu musculaire, altérations analc^ues à celles que produit rinflammation rhumatismale simple ou traumatique; au milieu du tissu interstitiel des faisceaux musculaires se développe un tissu conjonctif qui se sclérose et détruit , après Tavoir atrophiée , la fibrille musculaire primitive.
Les tumeurs musculaires se comportent autrement: leur mode de terminaison est très variable, d'après Bouisson; il dit qu'elles se ramollissent, suppurent, s'indurent, deviennent cartilagineuses et peuvent enfin s'ossifier. Billroth (1) regarde les tubercules musculaires comme une exsudation couenneuse , pénétrant la substance du muscle; il décrit l'ulcération d'une de ces tumeurs.
D'après Bouisson, elles sont produites par une lymphe plastique grisâtre, s' accompagnant d'hypertrophie. Ricord (2) en donne une figure et les rapporte à une dégénérescence plastique. — Les tumeurs syphilitiques des muscles ont en effet la même marche que les tumeurs gommeuses du testicule et du foie : elles résultent de la prolifération du tissu conjonctif interstitiel et présentent les métamorphoses graisseuses et caséeuses des couches de nouvelle formation.
Les altérations musculaires les plus importantes sont les tumeurs gommeuses de la langue et du cœur; je n'ai pu faire aucune recherche anatomique sur les premières qui ont été bien souvent décrites. On possède
(1) Op. cit., p. 62.
(2) Clinique iconographique, planche XXVIH bis, figure 1.
OBSERYATIOff DE RICOED. 107
deux planches des secondes; la première est donnée par Ricord (1) : la seconde se trouve dans l'Atlas de Lebert (2) ; l'âge peu avancé de ses éléments morphologiques la rend moins caractéristique; elle existait simultanément avec des tumeurs analogues du col de l'utérus el de l'ovaire.
Comme j'ai pu observer moi-même une altération de celte nature, je ferai, avant de donner l'histoire de mon malade, le résumé des deux cas dont je viens de parler.
Observation de fiicord, — Kicord (3) parle d'on homme qui avait eu plusieurs fois des chancres, puis des tubercules de la peau, dont quelques-uns s'étaient ulcérés. La mort survint subitement. A Fauiopsie, on trouva le cœur hypertrophié ; Teudocarde du ventricule droit avait plus d*un millimètre d*épaisseur, sa consistance était fibreuse, sa coloration d*un blanc mat; Tendocarde du cœur gauche était recouvert, près de la pointe du cœur, par un thrombus adhérent. Au-dessous de ce point on voyait une infiltration hémorrhagique occupant toute Tépaisseur de la paroi cardiaque et accompagnée d'un épaississement du péricarde ; à cet endroit se voyait une fausse membrane ayant 3 millimètres d'épaisseur. Dans plusieurs des parois ventriculaires se trouvaient des masses tuberculeuses formées par une substance jaunâtre, dure, criant sous le scalpel, totalement dépourvue de vaisseaux ; cette substance, squirrheuse en quelques endroits, était ramollie en quelques autres, tout comme les tubercules syphilitiques du tissu cellulaire sous-cutané ou sous-muqueux. Les fibres musculaires étaient non-seulement refoulées par la tumeur, mais encore elles étaient dégénérées ; il
(1) Clinique iconographique y planche XXIX.
(i) Traité d'anatomie pathologique, U 1, pi. LXVllI, fig. 5. (3) Ce cas a éié décrit pour la première fois dans la Gazette des hôpitaux, août 1845, n" ipl.
semblait que du sang s*éuit mélangé k du tissu musculaire. D» les points où i'altéraiion était plus ancienne, on voyait cette espèce de mélange à Teutour des tubercules. La base des poumons reafermait ausïti des tumeurs analogues.
Observation de Lebcrt. — Le cas de Lebert concerne w femme qui avait eu des tubercules syphilitiques de la peau et qui, dans les derniers temps de sa vie, présenta un souffle peu inlenst au premier temps. Les organes génitaux, de même que le tissa vèt lulaire sous-cutané présentait aussi de semblables tumeurs ; il y ei avait à la surface de la voûte crânienne ; on trouva aussi une carie du frontal et une ulcération du palais. — A la base des valvules de Tartèrc pulmonaire se voyaient, dans la paroi du ventricule droit, deux tumeurs sphériques ayant de 21 à 25 millimètres de longaear, de 12 à 35 millimètres de largeur et de 11 à ik millimètres d'épaisseur. L'endocarde qui les recouvrait était très vascularisé et tacheté de jaune. Un peu plus loin se trouvait une troisième tumeur plos petite. L'endocarde était épaissi dans les points qui répondaient aux tumeurs ; il avait jusqu'à un demi-millimètre d'épaisseur ; des papilles simples ou bifurquées le recouvraient. — Les tumeurs étaient élastiques ; leur couleur variait du jaune pâle au jaune rougeâtre : elles étaient infiltrées d'une petite quantité de liquide se troublant aisément; leur consistance était homogène et elles présentaient des vaisseaux en quelques endroits. — Le microscope fit reconnaître des petites cellulles de 1/120* à 1/100* de millimètre de diamètre, ayant un noyau rond, et entourées d'une substance demi-transpa* rente, finement granulée; enfin on trouva un grand nombre de corpuscules fibro-plastiques.
Observation VIL — Syphilis constitutionnelle. — Affection du cœur. — Dyspnée et mort. — Myocardite, péricardite^ endocardite gommeuses. — Anéurysme partiel du cœur avec tkrom-^ bose. — Camification et indurations cicatricielles du poumon. — Foie noix muscade avec hyperplasie. — Tuméfaction sim* pie de la rate, — Tuméfaction parenehymateuse des reins.
OBSRRVATION Vit. 109
— Epaississement partiel de la muqueuêe vésicale. — Hernie obturatrice commençante. — Orchite simple et gommeuie, — H^perplasie médtUlaire des ganglions inguinaux. — Pentastômes dans le foie et l'intestin, — TricocépAate.
FrédérioGuillaume Sparenberg, âgé de quarante-sept ans, valet de bourreau, de Bremcrfœrde, fut envoyé à la Charité, le ik mai 1858, avec un certiticat.de la police constatant une fièvre intermittente avec hydropisie.
Il raconta qu'il fut affecté de chancre Si l'âge de trente-trois ans, et se plaignait alors d'une dyspnée intense avec un œdème léger des extrémités inférieures. On trouva un bruit systolique Si la pointe du cœur, augmentation du deuxième bruit de l'artère pulmonaire avec hypertrophie modéré du cœur, lividité du visage et des extrémités ; quarante-huit inspirations à la minute ; crachats rougeâtres; une saignée et de la digitale n'apportèrent aucun soulagement Mort le 1 7 mai. Le détail exact de la maladie a malheureusement été perdu .
Autopsie, — Homme fortement constitué; cyanose intense du visage, du cou et des pieds.
Crâne assez lourd et épaissi, surtout aa frontal Peu de sang dans les sinus, œdème léger de la pie-mère, dare-mère normale, base du crâne sans altérations. Consistance normale du cerveau, substance corticale anémiée, substance médullaire modérément hyperémiée, Uialamus et corps striés pâles et humides, cervelet petit et ferme. Peu de sérosité dans les ventricules, plexus pâles ; à gauche, un petit fibroïde blanchâtre dans le plexus choroïde du quatrième ventricule. Dans les deux sacs pleuraux, adroite en particulier, et dans le péricarde, sérosité brunâtre. Le cœur est notablement augmenté de volume, surtout à gauche, où il mesure, de la base à la pointe, quatre pouces et demi ; à droite, deux pouces trois quarts; la largeur â la base est de quatre pouces et demi; l'épaisseur du ventricule gauche est de trois pouces un quart. Sur le ventricule droit et à l'orifice des gros vaisseaux , la péricarde présente des taches d'aspect tendineux et assez étendues; à la face pariétale et répondant à la pointe du cœur, se voient des appen-
tlO STràlLIS MU9CCLAIRR.
dice8 veloiités, li large circonfiircnce, très vasentaîres, Ibrtnés par du tissu coDJonctir, liclie, gélatineux , adhérents an péricarde qni, dans ce puint et dans une étendue de deoi ponces, est ëpatM et cumiue calleux. Dans le cœur gauche ou traore da stng trta fonci coagulé, avec uue couenne très épaisse. La valvule mitrate possède nne dimension soffisanle A droite, caillots |ilns Tofomineoi et (dut Goni[riéteaieat coagulés. De ces caillots partent défi prolongement) qui s'étendent assez loin dans les etnbouc hures de toutes les vrinet, et qui sont recouverts, au niveau de t'arlère palmonaîre par un d^ pOl couenneui peu épais. Artère pulmonaire dilatée, aes TaKnks ne laissent pas reQuci* le sang. Aorte étroite. Les valvales aoniqna iaissent passer l'eau qu'on verse dans le vaisBeau. Les parois do cœur droit sont épaissies; en particulier, les colonnes cbanines de l'oreillette sont très développées. Valvules de l'artère palmonaire aa peu ^(Higées et épaissies. Il en est de même pour la lame posH-, rienre de la valvule tricuspide. Sons cette lame, Is paroi du ran est excavéej on y voit un espace triangolaire d'an pouce e( demi
de laideur et d'une longueur â peu près égale, dont la base a^iasère ï la valvule tricuspide ; cet espace est occupé par uoe aum blaocbairc, dure, mamelonnée. On voit i la coupe que la cMna
(*) Coupe de la cloison ventriculaire droite, présentant une myocardit* 4 une endocardite syphilitiques.
E E' Endocarde du ventricule droit très épaissi et aclérotteë en E'.
T T' Tnbéculei pénétrant dans la coupe.
D H' Dégénéreicence des muscles du cœur. Dans ce» derni«n, iminNJitvmenl sous l'endocarde, pénétrant dans la substance elle-même, se trônai les tubercules fommeux jaune; entourés d'un tiisu flttrenx. — Dûhhhn nalureUe.
veiUriculaire est épaissie dans sa totalité et complètement dégénérée dans une épaisseur d*un quart à un demi-pouce.
On distingue sous l'endocarde presque cartilagineux, et qui a une épaisseur d'une demi-ligne à une ligne, des cordons tendineux qui s'enfoncent profondémeat dans le tissu et enlooreiit des tabérosités irrégulières, plates, arrondies ou angaleuseSy-en partie isolées, en partie réunies par groupes ; ces tubérosités sont formées par on tissu jaunâtre, sec, dense et honn^ène. Le tissa musculaire, dont les faisceaux profonds sont pâles et ont subi la dégénérescence graisseuse, pénètre entre les callosités et les tubérosités et vient apparaître à la surface du ventricule; mais il a disparu en grande partie.
Dans aucun point l'altération n'occupe la totalité de la cloison (fig. 7). Le ventricule gauche tout entier est dilaté, mais principalement en avant et à gauche; vers la |join(e, un diverticule pouvant recevoir une noix muscade dans sa cavité, est tapissé par un endocarde très épaissi, sclérotisé et rempli en partie par un thrombus adhérent aux parois. Les deux muscles papiliaires de la valvule mitrale, et surtout le postérieur, sont presque complètement ratatinés, transformés depuis leur base eu cordons, durs et aplatis ; leur tissu est calleux et ressemble à du tissu cicatriciel ; ils ont un aspect blanchâtre. Leur sommet seulement (et ceci est surtout remarquable dans le muscle papillaire antérieur) est encore formé par du tissu musculaire rougeâtre. Les fibres tendineuses, celles du muscle papillaire |)osténeur, en particulier, sont raccourcies et un |)eu épaissies. La lame antérieure de la valvule mitrale est également un peu épaissie.
Sur presque toute la surface du ventricule, l'endocarde est blancbleuâtre ou blanc-jaunâtre, d'un aspect terne; il est épais, inégal, mamelonné ; dans un point se remarque un dépôt ûbrineux ; les parties supérieures du ventricule et la cloison sont recouvertes par un endocarde à peu près normal. Au-dessous de l'enveloppe interne du cœur, le tissu musculaire a disparu ; il est remplacé par un tissu conjonctif, relativement mou, très vasculaire, comme œdématié, et qui tranche nettement avec l'endocarde dur, rigide,
presque scléroiisé. Ou trouve en plusieurs points de ce tissu, ds tubCrasiiés aplatie» ou airondics, d'un blanc jaunStre, d'uu aspect desséclié, d'une cousbtancc sèche, dure, résistante, caséeuse. Ca
Figure 8 (').
altérations n'occupent pasdes points analogues dans les deux cœun; celles du cœur gauche n'ont pas le mfime siège que les altération! du cœur droiL Mais ici, encore, on remarque que le reste du parenchyme musculaire est strié de jaune, et présente une apparence de dégériéj'escencc graisseuse [Gg. 8]. L'aorte est normale.
Voici les résuliats de l'examen microscopique : dans tous les points du cœur qui sont blanchâtres, tendineux, dans tous kf points qui ont l'aspect d'une cicatrice, le tissu musculaire a total^ ment disparu; un tissu fibreux, â cellulaiion riche, abondante, provenant d'une prolifération des corpuscules du tissu conjonctif, k remplace. En quelques points, ces cellules de nouvelle formation, de forme ronde, se trouvent rangées par séries régulières, arec une certaine élégance; elles ressemblent à des colliers de perles; dans d'autres endroits, elles occupent un espace plus considérable, et forment des stries ressemblani au pavé. Quand on se rapproche des tubérosilés jaunâtres, on voit ces cellules se transformer en cellules i granulations graisseuses d'une dimension plus considérable, et en globules graisseux. Au niveau du tissu musculaire, au con-
(*) Coupe du ventricule gauche, préeentant une mjoeardite et une endocardite ejphililîquee.
D D' D" ont la même valeur que dans la ligure précédente.
H -VaJVule milrale.
P Coupe d'un muicle papillaîre aplati, d'un aspect calleux, cicatriciel. U prégente encore quelques striea. — Dimenuon naturelle.
OBSERVATION VIÎ. 14ft
traire, on voit la prolifération pénétrer plus ou moins avant dans Us interstices des fibrilles primitives. La substance des tubérosités jaunâtres ne présente pas partout la même structure. Dans les ))oints qui sont durs et d*un blanc jaunâtre, on trouve un tissu fondamental bomogène, avec des granules graisseux ; quelques petites cellules avec des granulations graisseuses; enfin d'autres cellules très serrées les unes contre les autres et peu modifiées. Dans d'autres points on trouve encore quelques débris de tissu musculaire , ou bien la fibre musculaire forme elle-même la plus grande partie des tubérosités, qui ont Faspect rougeâtre, qui sont frêles et friables. Dans ce dernier cas, les faisceaux primitifs sont d'une dimension moindre qu'à l'état normal ; ils sont ternes, leur intérieur est finement granulé, ils présentent tantôt l'état graisseux, tantôt l'état albumineux ; leurs stries transversales n'existent plus , et leurs noyaux sont à peine visibles. Quand les fibres musculaires sont peu nombreuses, comme on le remarque dans les tubérosités jaunes, on trouve les fibrilles primitives extrêmement rapetissées, mais ayant conservé leur apparence normale ; elles ont l'aspect de cylindres très étroits, assez brillants, dans lesquels on aperçoit la plupart du temps des stries transversales; les cylindres sont quelquefois tortus ou courbés; dans certains points, au contraire, ils sont disposés parallèlement avec une grande régularité.
Au premier abord, on pourrait croire que deux de ces fibrilles forment un tout à elles deux, et constituent la paroi épaissie d'un canal, au milieu duquel s'effectuerait la proliférali(m cellulaire. Mais l'observation exacte démontre que, partout, les jeunes éléments naissent dans les interstices des faisceaux primitifs des muscles.
On voit que dans ces points il s'est {)roduit une nécrose relativement assez rapide; tandis qu'à la périphérie de la tubérosité, c'est une atropbie lente.
Le poumon droit est volumineux, très dense, hyperémié, d'un aspect rouge-bleuâtre à l'extérieur. A la coupe, on trouve qu'il est partout très compacte, peu aéré; dans le lobe inférieur, le tissu est tuméfié et coloré en gris-bleu, avec quelques points bruns; on peut en exprimer une séi*osité légèrement spumeuse.
11& SYPHILIS MUSCULAtRE.
Le poumon gauche présente des adhérences fibreuses très éten- ^dues ; il est un peu plus petit et beaucoup plus compacte que le droit. Au sommet, cicatrices anciennes, ardoisées, avec quelques dépressions caséeuses; le reste du tissu est carnifié, surtout au soiûmet du lobe inférieur dans le milieu duquel on voit une cicatrice ardoisée très étendue. Bronches un peu étroites, très épaissies, hyperémiées. Artère pulmonaire normale.
Faible météorisme des intestins ; cyanose de Tintestin grêle, sérosité jaune rougeâtre dans la cavité abdominale. Le long de Y S iiia* que et du côlon descendant, cicatrices nombreuses du mésentère. Adhérence de la vésicule biliaire avec Tépiploon.
Foie volumineux et pesant, sa surface est grise et faiblement granulée. Au lobe gauche et à la face postérieure du lobe droit, il y a quelques kystes formés par des pentastômes; aspect de noix muscade à la coupe; points rouges alternant avec des points blancs tuméfiés. Au lobe gauche, petite tumeur de la grosseur d'une cerise, arrondie, lobulée, dense et d'un gris pâle (hyperplasie partielle, glandulaire). Vésicule biliaire modérément remplie; bile filante «"^assex foncée. Une pression modérée sur la vésicule le fait aisément sortir par l'orifice du canal cholédoque. Rate très hypertrophiée, sa capsule est un peu épaissie, son parenchyme friable, sa pulpe pâle, ses follicules petits.
Capsules surrénales presque normales; la gauche est asseï volumineuse et bosselée ; sa substance corticale est épaisse. Reins assez volumineux, leurs capsules sont faciles à séparer; leur surface est lisse, leur tissu dense, leurs glomérules pâles; la partie externe de la substance corticale présente une coloration légèrement bleuâtre. Cônes médullaires assez développés, fortement co* lorés en rouge et au bleu, dépôts calcaires dans les papilles.
La vessie a des parois épaisses ; au niveau de Torifice de l'un et l'autre uretère, sa muqueuse présente une tuméfaction transparente, rougeâtre, sous laquelle la membrane musculaire est on pei hyperémiée.
Prostate normale, contenant des concrétions noirâtres, aMez t^
OBSERVATÏOPr Vïî. 115
lumineuses. Le long du conduit spermatique interne se tron?ent des varices petites et nonibreuses.
A droite de la vessie, dans le |)oint qui correspond exactement au foramcn obturatorium se trouve un petit diverticule, ayant la forme d*un sac et se dirigeant vers la cavité du bassin. Derrière ce diverticule, se voit un petit peloton graisseux qu'on peut aisément repousser dans le trou obturateur.
Les ganglions inguinaux sont un peu hypertrophiés, leur substance corticale est colorée en rouge, elle présente en quelques points un aspect médullaire. Adhérence intime de la tunique vaginale avec le testicule gauche. La glande est elle-même diminuée de volume, un peu aplatie, dure ; à la coupe^ on trouve le parenchyme presque totalement transformé en une masse blanche libro-calleuse, dans laquelle sont enclavés une foule de lubérositéscasécuses jaunes; ces dernières ont le volume d*un pois, elles sont très sèches et très dures. On en trouve une au milieu de la substance très épaissie de la tunique albuginée ; d'autres tubérosilés se trouvent à peu de distance et elles forment un groupe assez considérable. Aux extrémités supérieure et inférieure, on trouve encore quelques îlots conservés de substance testiculaire très brunâtre. Le cordon spermatique est induré à son origine, sa surface externe est parsemée des tubercules caséeux de la grosseur d'une tête d'épingle. Adhérence complète de la tunique vaginale du testicule droit, qui est plus volumineux que le gauche ; son tissu, conservé en grande partie, d'un brun foncé, est transformé, à partir de la capsule, en une masse homogène gris-pâle, blanchâtre en divers points et cachant comme un nuage les canalicules spermatiques.
La muqueuse de l'estomac est très épaissie et colorée en rouge foncé. Forte hyperémie de la muqueuse, à la partie supérieure du duodénum, qui contient en petite quantité un liquide étendu et jaunâtre ; uu peu plus bas le liquide devient muqueux et d'apparence bilieuse. L'intestin grêle contient un mucus brunâtre dans les parties supérieures, rouge un peu plus bas. Dans le jéjunum et l'iléon se trouvent deux pentastômes à l'état crétacé; ils sont situés dans le tissu sous-muqueux.
H 6 SYPHILIS Mi:s;:iLAiiu:.
Mu(|iJ('Usi' (le l*in(cstin grêle, très épaisse dans tonte son étendue, irr»liy|)(MY»mi('e; hyporémio hémoriiiagiquc à la partie terminale de Tili^'um. Follicules de Feyer tuméfiés, faisant saillie, et ayant on aft))ect granuleux, grisâtre. Glandes solitaires norinales. Ganglions méscMitériqiies un peu rouges. Dans le cœcum se trouvent quelques trichocépliales ; mucus blanchâtre, visqueux, dans lé rectum.
('es tiois cas présentent de nombreuses analogies; mais ils ont aussi certains points spéciaux qui les différencient et les complètent les uns les autres. Dans le cas de Lebert, nous n'avons pas encore des gommes cas(^euses, mais un tissu conjonctif récent, vasculaire et entièrement organisé et contenant de nombreuses cellules fusiformes. Dans le cas de Ricord, à côté des gommes caséeuses, déjà dévelo|)pées complètement, se montrent des inflammcations hémorrhagiques récentes du tissu du cœur, dont on peut'suivre la transformation en masse tuberculiforme. Enfin, dans le cas que j'ai observé, la formation était arrivée à sa période d'arrêt et les tubérosités étaient constituées. La marche de l'affection nous présente certains points importants.
Dans mon observation, il n'y avait pas trace d'éruption récente ; les seuls signes d'une syphilis antérieure étaient le sarcocèle qui avait parcouru tous ses stades, et peut-être aussi les affections de la vessie et des poumons; dans les deux autres cas, au contraire, il y avait encore persistance d'éruptions tuberculeuses récentes à la peau. Mais les trois cas se ressemblent en ce que des gommes tout à fait semblables existaient dans le tissu du cœur, en même temps dans d'autres organes; elles attaquaient non-seulement le myocarde, mais aussi
ALTkuATIONS SYPHILlTIQUIiS DU COEUR. 117
rendocarde dans une grande étendue et transformaient celte membrane en masse épaisse sclérofisée. Dans le cas de Ricord et dans le mien, une pcricardite partielle s'était aussi développée. De plus, dans les deux observations on trouva, dans les points les plus modifiés, un thrombus interne adhérent aux parois, et dans la mienne un anévrysme partiel du cœur commençait à se former d'une manière très évidente. Dans le casque j'ai décrit , outre la tumeur gommeuse, on voyait encore une myocardite interstitielle simple très étendue, tout à fait spéciale, mais répondant complètement aux affections syphilitiques des testicules, du foie, etc.; cette myocardite s'était propagée de la paroi du cœur aux musclés papillaires, et avait déterminé une endocardite pariétale et valvulaire.
Il y a donc une péricardite et une endocardite syphilis tiques, une myocardite simple et une myocardite gommeuse interstitielle^ et la nature de Taffectiou du cœur est en tous points identique avec celle de Tafîection des testicules et du foie.
On peut avec raison se demander s'il n'y a pas aussi au cœur des inflammations syphilitiques sans formation gommeuse, comme on les rencontre au foie et aux testicules. Telle myocardite simple, déterminant le développement d'un anévrysme partiel, n'a-t-elle pas une origine syphilitique? Ne pourrait-elle pas donner lieu, comme le pensait Corvisart, à des excroissances syphilitiques des valvules du cœur, en quelque sorte à des condylômes? J'avoue que je n'ai été amené à admettre celte possibilité que depuis peu de temps, et que les
il8 SYPHILIS MUSCULAIRE.
faits antérieurs, dont le nombre a été récemment accru encore par Julia (1), ne sont pas assez minutieusement décrits pour qu'on puisse en tirer des conclusions; et justement, ces ulcérations superGcielles du cœur, mentionnées par Julia et déjà décrites dans l'observation de celte fille de vingt-deux ans, affectée d'une syphilis constitutionnelle (2), auraient du être exposées d'une manière beaucoup plus explicite. Comme Dittrich a déjà rapporté des cas de myocardite survenue dans le cours d'autres affections syphilitiques, il est certainement de la plus grande importance d'étudier minutieusement ces rapports étiologiques.
J'attirerai encore l'attention sur un détail anatqmique.
Rokitansky (3) dit au sujet de la myocardite ordinaire : « Les parties calleuses renferment une portion d'exsudat transformé en masse tuberculeuse jaunâtre, friable, crétacée. » Ceci est inexact sou$ tous les rapports. Dans les masses fibreuses blanchâtres ou vascularisées qui proviennent incontestablement du tissu conjonctif interstitiel des parois du cœur, et à l'intérieur desquelles le tissu musculaire propre disparaît peu à peu, se montrent, comme dans le foie, deux sortes de productions jaunes souvent tuberculiformes. C'est d'abord la tumeur gommeuse subissant la métamorphose graisseuse, et ensuite les espèces d'îlots, débris d'un tissu musculaire subissant l'atrophie et très
{i) Gazette médicale de Paris ^ 18/i5, décembre, n*62.
(2) Mémoires de la Société royale de médecine de 1775.
(3) Pathol. anat,, 1856, U II, p. 275.
GOMME SYPHILITIQUE DU COEUR. ilU
riche en pigment. Ce tissu musculaire est souvent coloré en jaune, en brun ou en vert; il est friable, mou, et montre au microscope beaucoup de pigment dans les faisceaux primitifs. On doit bien le distinguer de la formation gommeuse, bien que, comme nous l'apprend mon observation, les gommes puissent contenir certaines portions de parenchyme musculaire atro^ phié ou en décomposition.
La tumeur gommeuse n'est donc pas, comme le pensait Ricord, le résultat d'une transformation simultanée ; elle ne provient donc pas de la fusion du tissu j musculaire avec l'épanchement; mais elle se développe ' entre les éléments musculaires dont elle contient 1er» débris en quantité plus ou moins grande. L'exsudation crue manque ici comme dans les inflammations des autres muscles.
Une dernière question, également très importante à décider, est celle-ci : la syphilis musculaire peut-elle véritablement s'abcéder, suppurer, comme l'ont écrit plusieurs auteurs?
Je ne connais jusqu'ici aucune observation de laquelle il ressorte évidemment que la tumeur gommeuse caséeuse véritable puisse se ramollir et s'ulcérer, mais j'ai certainement vu chez les syphilitiques des abcès des muscles qui, selon toute probalité, appartenaient à cette forme.
J'ai donné un rapport minutieux (1) d'un cas semblable, dont A. Geigel a fait une courte description (2). Cette
(1) Dans mes Gesammelte Abhand,, p. 633.
(2) Archiv fUr path, Anatomiet vol. VU, p. 246.
120 SYPHILIS GÉRÉBRALli:.
forme ressemble notablement aux abcès précédemment décrits du tissu sous-cutané (tubercules profonds), et je pourraisconclurede ce fait quelatumeurgommeuse peut devenir indurée et caséeuse lorsqu'elle suit une marche chronique, ou bien qu'elle amènera une suppuration de mauvaise nature lorsque sa marche sera plus aiguë. Il est très possible aussi que la tumeur gommeuse caséeuse, de même que ce qu'on désigne ordinairement sous le nom de tubercule, puisse dans la suite se ramollir et s'ulcérer. On trouve du moins dans Dittrich (1) un cas dans lequel la masse purulente en bouillie épaisse était enveloppée d'une capsule calleuse de plusieurs lignes d'épaisseur.