AFFECTIONS SYPHILITIQUES DE L^RIS
L'organe interne dont les altérations récentes sont le plus directement soumises à l'observation immédiate, l'iris (et l'on peut y joindre la choroïde, depuis la découverte del'ophthalmoscope), est aussi celui dont les altérations syphilitiques sont les moins connues, au point de vue de l'anatomie pathologique. Deux raisons rendent compte de ce fait : d'abord il est rare de trouver sur le cadavre une iritis syphilitique récente; ensuite il est difficile d'enlever un œil à un cadavre sans soulever l'opposition des parents ou amis du défunt.
Les travaux récents de l'ophthalmologie (et ceci est important pour notre sujet) tendent à démontrer qu'il
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n'existe pas de forme d'iritis spéciale à la syphilis; que cette diathèse peut être accompagnée de toutes les formes d'iritis.
Ici , comme pour le testicule , nous admettrons des formes superficielles et des formes profondes. Les premières {perùirilis , iritis serosa) occasionnent les synécbies , les atrésies , les dépôts que chacun connatt , et qu'on trouve si souvent sur le cadavre.
Les affections profondes de Tiris {iritis parencAtfmatosa) amènent des cicatrices, des rétractions , des épaississements , des changements de couleur; ces altérations ressemblent à celles que nous avons étudiées dans le foie et le testicule, et qui sont consécutives à la forme simple de l'induration de ces glandes.
Existe-t-il une iritis gommeuse?
Personne, que je sache, n'a répondu à cette question. Et pourtant , quel autre nom donner à ces excroissances tuberculiformes dont le développement est si rapide , à ces formations pathologiques désignées sous le nom d'exsudations, d'épanchements indiens? En examinant ces productions avec soin, on voit nettement sur Tœil vivant que la masse morbide semble faire saillie et se développer dans l'intérieur du tissu de riris, où elle a pris naissance, et venir, pour ainsi dira, éclore à l'extérieur. C'est d'abord une tuméfaction du parenchyme décoloré en ce point; peu à peu cette tumeur, recouverte et traversée par les vaisseaux indiens, fait saillie en avant; elle a un aspect spécial; elle est blanchâtre et comme médullaire : ces caractèreg la distinguent de l'exsudation fibrineusQ, (^mme
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de Tabcës; ils annoncent évidemment sa structure cellulaire, et sont rindicatiun que cette production est lo résultat d'une prolifération, et non d'une exsudation. Cette altération répond, il me semble, à la période d'évolution de la gomme récente, que j'ai décrite dans la dure-mère et au pourtour du tubercule caséeux du testicule, et que Lebert a observée dans le cœur. Quand, sous l'influence d'une médication énergique, on voit la tumeur indienne diminuer, on peut remarquer qu'elle se ratatine, rentre au milieu du tissu, comme elle en était sortie, se conduisant exactement comme une excroissance, une verrue, un condylome, mais non pas comme un épancbement.
On se demande si, dans l'iritis, cette masse, au lieu de revenir lentement sur elle-même, peut subir la transformation précédemment décrite à propos du tubercule graisseux et caséeux. Les descriptions que Stellwag de Carion (1) donne des résidus de l'iritis caractérisée par la production de cellules semblent donner quelque vraisemblance à cette dernière supposition; niais elles ne permettent pas de porter un jugement décisif, car les métamorphoses graisseuses sont assez communes dans l'iritis chronique qui n'a pas été précédée de syphilis. Il faut aussi se rappeler la délicatesse de l'iris; il semble difficile que cet organe produise des couches sclérotisées qui entourent et enferment les masses caséeuses; enfin, il faut tenir compte du traitement énergique qu'on oppose à l'iritis, dès son début. Toutes ces considérations font hésiter dans
(1) Ophthalmologie. Erlaiigen, 1855, t. II, p. 293.
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le jugeuienl à porter sur ces modes de terminaison de Viritis, modes qui d'ailleurs sont relativement rares dans les altérations syphilitiques des organes internes, dont nous ne pouvons le plus souvent suivre la marche.
On a souvent agité la question de savoir si l'iritis est causée par le mercure ou par la syphilis (1).
Les défenseurs du mercure conviennent que ce n'est pas le mercure seul , mais le mercure et la syphilis , accompagnés de vice rhumatismal , qui causent l'iritis ; le mercure ne ferait que prédisposer à cette affection. Il est remarquable, du reste, que l'iritis syphilitique guérisse si bien, quand on lui oppose un traitement mercuriel énergique ; il serait donc difficile d'attribuer la maladie à une hydrargyrose antérieure. J'ai guéri en quatorze jours, par le mercure à doses énergiques, des sujets qui présentaient une altération de l'iris, avec production de tubercules mous (forme gommeuse).
L'iritis doit-elle être classée parmi les accidents se- -, condaires, ou parmi les accidents tertiaires? Mon opinion est celle de presque tous les observateurs : je pense que l'iritis se montre régulièrement à côté des symptô- : mes secondaires (condylomes et syphilides de la peau) ; j'ai même vu, et j'insiste sur ce point, la forme tuberculeuse dans ces conditions. On pourrait encore se demander s'il n'y a pas une iritis spéciale à la troisième période de la syphilis; si l'iritis secondaire répond anatomiquement à l'ostéite, à l'orchile, à la myocardite tcFtiaires.
(!) Voy. Sieliwag, p. 262, 478.
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