‹ La Syphilis constitutionelleChapitre 27 sur 49 · SYPHILIS CÉRÉBRALE · texte numérisé non relu

SYPHILIS CÉRÉBRALE

sieurs granulalions tuberculeuses. 11 décrit, en outre (t. m, p. 1), une observation qui lui est propre. C'est une personne qui présentait en même temps une carie des os du crâne et des abcès dans le cerveau, les poumons, le foie et les paupières. Ces abcès avaient une coloration ictérique. Buchanan (1) a vu un abcès du cerveau après la carie syphilitique du rocher. Dans le fait, nous ne voyons ici rien de spéciflque, puisque toute espèce de carie peut provoquer des accidents analogues; il est toutefois important de mentionner cette forme, parce que Lebert (2) conteste à la syphilis une influence quelconque sur la production des abcès du cerveau.

L'altération la plus difficile à étudier, mais aussi la plus importante est encore la tumeur gommeuse du cerveau. Il est, en effet, très difficile de distinguer le tubercule spécifique d'avec le tubercule ordinaire du cerveau. Lallemand (S) a réuni plusieurs cas de ce genre qui ont été décrits par Ballonius, Prost, Bayle et Kergaradec, Ward et Tâcheron. Les deux derniers sont peu concluants; nous acceptons les autres, surtout ceux de Bayle et de Kergaradec. Dans ces derniers on trouvait, outre les tumeurs déjà mentionnées de la dure-mère, plusieurs tubérosités dans la substance cérébrale ; elles étaient d'une dureté cartilagineuse, adhérant les unes aux autres, lisses, brillantes et ne paraissaient pas fibreuses à la coupe. Cullerier et Ricord (4) ont vu un exemple

(1) Transactions of the pathol. Soc, ofLondon^ vol. VllI, p. 8.

(2) Ârchiv fur pathol, Analomie, X, p. 391.

(3) Loc, cit., p. 21-38.

(U) Cliniq. iconog.^ explication de la planche XXX» p. 2.

GOMMkiS Ï)V CëRVKAU. 135

(le gomme du cerveau et l'ont présenté à rAcadémie. Giklemeesler et Hoyack (l) ont trouvé dans le lobe antérieur un noyau tuberculiforme consistant en une exsudation amorphe, hyaline, solide, transformée eu partie en tissu conjonctif. N. Friedreich (2) donne la description d'une tumeur du lobe moyen formée par un tissu brun-rouge, ferme et calleux, qui reposait sur une exostose de l'aile du sphénoïde. Le malade avait été antérieurement syphilitique et amaurotique ; mais il avait été guéri par les préparations mercurielles et iodées.

Gjor mentionne un cas de tumeur syphihtique du cerveau (S), un deuxième de Nélaton (4) et deux autres d'Yvaren (5), cas dans lesquels les tumeurs furent compliquées de carie du crâne et d'exostoses internes. Bedel (6) décrit un cas observé dans le service de Beau, où, chez une femme de trente-huit ans, après une hémicrânie de longue durée, il se déclara tout à coup une amaurose. Malheureusement il y a ici absence d'antécédents, et la seule preuve à l'appui de la nature syphilitique de la tunïeur repose sur le soulagement temporaire obtenu par l'usage de l'iode. Nous ne pouvons que partager les doutes qui furent exprimés au

(1) Op, cit., 1^25.

(2) Beitraeye zur Lehre von den Geschwulsten in der Schaedelhoehle, Wurzburjî, 18r);5, p. [x'2,

(o) Op. cit., p. 8/13, cl Dansk Ugesckrift for Loeger.

(Zi) Gazette des h(Sintaux, 185/i, ir iliS,

(5) Des métamorphoses de la syphilis, Parjs, 185/i.

(6) Loc. cit,, p. 1/!|.

186 SYPHILIS CÉBÉBRALE.

sein de la Société anatomique sur la valeur de ce cas. 11 se rapproehe de celui que Lebert a observé dans le service de Laveran et qu'il a décrit et figuré (l). Ce dernier cas a ét'^ à la Société d'émulation l'objet de notables discussions. Et pourtant il est beaucoup plus probable que ce cas soit une affection syphilitique que toute autre maladie; en effet, des cicatrices de bubons et d'ulcérations, des taches spéciales de pigment existaienl au front et aux mains. 11 n'est pas certain que le cas plus ancien de Himly (2) puisse trouver sa place à côté des précédents. Chez un cordonnier de vingt-quatre ans, qui, avant d'être atteint de syphilis, avait perdu Touïe et la vue du côté gauche, il trouva une grosse exoslosc au pariétal gauche, ainsi qu'une tumeur de la grosseur d'un œuf de poule à la base du crâne.

Je n'ai eu, dans ces dernières années, qu'une fois l'occasion de suivre un cas dans lequel, vraisemblablement, la tumeur était d'origine syphilitique. 11 a une grande ressemblance avec une observation tirée do la clinique d'Oppolzer et décrite par Dittrich (3).

Observation X. — Sypliilis secondaire, puis apparition de douleurs rhumatismales , cécité brusque, — Guérison à la suite rfVw traitement mercurieL — Nouveaux phénomènes morbides, avec blépharoptosis , etc, — Mort, — Tumeurs au pont de Varole, près des moteurs oculaires communs: tumeurs plus petites dans d* autres parties du cerveau. — Kyste séreux de la glande

(1) Traité d'anat. pathoL, H, p. 127, pi. Gif, fig. 12-18.

(2) De exostosi cranii rariore, Gotting., 1832, cilé par bruns, Op. ciU , p. 536.

(3) Prager Vierteljahrsckrift, 1845, vol. IV, pag. 97.

pinéale. — /{amollissement du thalamus, — Quelques tuba** culcs caséeux dans les poumons, — Ancienne périmétritr.

Emilie Hildachs, vingt-deux ans, ouvrière, fut reçue le 3 octobre 18^9, service des syphilitiques de la Charilé de Berlin, l/observalion prise à celle époque porte : Urethritis^ fluor vnginalis et ulerinus gelatinosus, porlio erosa, exanihème papulo-tuberculeux et condyloma lata (plaques muqueuses) à la petite lèvre gauche. Du U octobre jusqu'au 20 novembre, elle prit du baume de coi)ahu, cl fui traitoe localement par la cautérisation avec le nitrate d'argent. Du 29 novembre jusqu'au 28 décembre, elle prit le proloiodure de mercure, U grains divisés en 20 pilules, 2 malin cl soir, arriva progressivement à 10 pilules, et revint au point de départ en suivant des doses décroissantes; ses condylômes furent traités par les moyens externes conseillés par Ricord.

Du ^8 déce;iibre au 20 janvier, proto - iodure de mercure (1 drachme pour 60 pilules, 2 mtilin cl soir) et teinture d'iode snr rexanlhème. Du 29 novembre au 20 janvier, elle but en même te:nps de la décoction de salscj^reille, on la fît transpirer, et on lui donna de plus, le 20 janvier, de Tiodure de potassium à Tinlérieur. Elle quitta l'hôpital le jour suivant, considérée comme guérie.

Le 17 octobre 1856, c'est-à-dire sept ans après sa première entrée à rhôpiial, elle revint à la Charité, et fut reçue dans le service de M- Quinke. Trois semaines a^ant son entrée, elle fut prise de douleurs très vives et déchirantes dans le front, le nez et les joues, de douleurs lancinantes dons le globe de l'œil gauche. Il lui semblait que l'œil allait sortir de sa ca^té. Quelques joura après, en se réveillant, elle n'y vit plus de son œil gauche. Les douleurs persistèrent, mais elles se concentrèrent sur la région sourcilière droite. Deux jours après, elle n'y voyait plus de l'œil droit.

Le jour de sa réception, on constate une cécité comj)lèle h gauche. La lumière impressionne faiblement l'œil droit. Les pupilles sont dilatées et sont peu contractiles; il n'y a pas d'autre anomalie dans les yeux. Ils présentent des phénomènes lumineux subjectifs; l'urine est normale. Ménostasi<f(infusion de séné composé, frictions

lâH SYPHILIS CÉRÉBRALE.

avec la poiiiinade au priH ipité bianc (5 grains pour 2 drachmes de |M>intna(lc; frictions an front et aux tempes, matin et soir, avec gros connut* une fève d'extrait de belladone [10 grains]).

Le 18 octobre, caloniel, 2 grains, toutes les deux heures; 10 sangsues, frictions avec l'onguent gris sur les parties supérieures des cuisses. Le 19, frictions sur la |)arlie inférieure. A la suite du traitement, rhaleine devicnl promptemont fétide; salivation. Le 20, on pi*escri\it du chlorate de potasse, un purgatif au sulfate de soude et un bain de pieds ii Tean régale. Le 26, cessation des douleurs. Le 28, on prescrivit de nouveau : calomel, 1 grain, toutes les heures, et des frictions avec Tonguent gris sur la partie supérieure des cuisses.

Le 1" novend)re, je pris le service de la division. Il n'y avait aucun cliangenient dans la faculté \isuelle; les douleurs qui, dans les derniers teni|)s, s'étaient limitées davantage à la région temporale droite, étaient au contraire plus modérées. L'examen ophthalmoscopique n'amena aucun résultat. Il n'y avait nulle part de troubles de la sensibilité ou de la mobilité. Le sonnneil et l'activité intellectuelle étaient normaux. Du reste, on ne connaissait rien alors des antécédents syphiliti(pies, et la ménostasie seule semblait un signe injportani. Je m'abstins de toute médication, et prescrivis seulement pour l'époque où la menstruation devait survenir, des bains de pieds excitants et des ventouses à la partie supérieure des cuisses. Celte médication eut le résultat souhaité. Les régies reparurent, et simultanément la vision commença à s'améliorer. La malade put bien distinguer le doigt, reconnaître les personnes, enfin lire la grosse écriture, et le 25 novembre elle obtint sa sortie sur ses instances réitérées.

Le 22 avril de l'année suivante, elle revint dans un état extrêmement grave.

Pendant cinq mois, elle n'eut, d'après son dire, d'autre maladie qu'une toux légère; mais elle se trouvait dans une situation très précaire. Depuis Noël, elle n'a pas vu ses règles.

Le 18 avril, elle avait été saisie tout à coup d'un frisson violent, qui dura longtemps et parcourut tout sou corps; il fut suivi de cha-

leur à la tête et de grande soif. Sans (iu*il survint d'autres syinptô- !i:es, cet état persiste, le sommeil était troublé, les si'lles lentes, l'appétit faible; elle vomissait souvent ce quVIle prenait. Lorsqu'elle vint à la Charité, elle étail très affaiblie; grand amaigrissement, peau terreuse, froid continuel, refroidissement di; toute la surface du corps, même de la lêle; mais nulle trace de souffrances d'un organe en particulier; elle avait parfaitement rerouvré la vue, 7*2 pulsations, langue bonne, ventre soujile et indolore; l'examen de la poitrine ne dénote qu'on peu de catarrhe (solution de bi<-arbonatc de soude (drach. ij) une. vjc. aq. amygd. amar. dr. ij.). Les douleurs d'estomac s'étant produites à la suite du traitement, on donne la solution à saturation.

Le 2^, je fis la remarque que la pupille droite était uii peu plus dilatée que la gauche, bien que la malade vit aussi bien des deux yeux. 64 pulsiUions. Température : 30'', 5 R. Persistance des frissons. Un bain chaud ne procure ni seutimenlde chaleur, ni sueurs. L'appétit manque toujours, mauvaise digestion, affaiblissement sensible des forces, douleurs parcourant divers points du corps (alimentation choisie, infusion du quinquina additionné d'acide sulfurique; le 26, carbonate de fer, avec asa fœtida).

Le 27, douleurs de tête, qui deviennent violentes et persistantes; les applications froides n'étant pas supportées, on lui fait des fomentations avec de l'infusion d'arnica et de camomille. Le 29, un peu de diminution dans les douleurs, mais vomissements et ptosis de la paupière droite, avec un |)eu d'affaiblissement de la vue de ce côté. On applique sans résultat quatre sangsues derrière l'oreille droite et deux derrière la gîiuche; le 30, on donne, toutes les trois heures, une cuillerée à soupe d'une solution d'iodure de potassium (dr. j), une. vj. Les frissons cessent bientôt, et sont remplacés par une chaleur continuelle, les douleurs de tète augmentent, on applique de nouveau pour les combattre deux sangsues derrière chaque oreille. Au bout de très peu de temps se produit un état apathique, presque comateux, dont on peut toutefois la tirer facilement en lui parlant; elle assure à chaque reprise qu'elle se porte bien. Le pouls

lAO SYPHILIS CÉRÉBRALE.

drvicnt petit et lent, la langue sèche et fendillée; il s'établit une ter.dai.ce à la diarrhée, la peau devient froide de nouveau (infusion d'arnica, avec acide chlorhydrique).

Le 18 mai, nuit très agitée, la malade renverse son lit et cherche h se lever. Selle involontaire.

Le matin, apathie complète, ptosis des deux paupières, dilatation de la pupille droite, la sensibilité est partout conservée, à l'exception de la |>erte de l'odorat. La malade ne prend plus que très peu de nourriture, refuse tout à fait les médicaments, boitseu* lement très volontiers du vin rouge. Vers la fin du mois, elle devient un I eu plus tran(;uille, mais il s'établit une constipation tK'S opiniâtre, dont on triomphe parfois avec des lavements excitants. Dans le mois de juin, le coma devient de plus en plus prononcé, ou ne peut l'éveiller que momentanément; les yeux restent conlinuelleuîent fermés, toutefois la faculté visuelle persiste. Légers symptômes de paralysie dans la moitié droite de la face, mais rien de semblable aux extrémités. Enfin décubilus et mort le 20 juin.

Autopsie. — Amaigrissement et pâleur, pas de rigidité cadavérique, ghuules mammaires développées.

Crâne très P]ii:ce, léger, lisse et bien conformé. Dans le sinus hjugiludinal un peu de sang couenneux, dure-mère mince, du reste normale, pic-mère très œdémateuse, veines modérément pleines. (Circonvolutions cérébrales volumineuses. A la base, en arrière du Lulbe olfactif, adhérences résistantes et très vasculaires du lobe antérieur avec la dure-mère. Dilatation modérée des ventricules, qui contiennent une sérosité claire. Épendyme médiocrement résistant. (]orps striés et thalamus normaux. Substance grise assez épaisse et pâle ; substance blanche un peu molle. Adhérences principales au niveau du chiasma des nerfs optiques. On trouve ici, du côté de la selle turrique, une substance dense, d'un gris clair, gélatineuse, transparente, traversée par les ocuh)moteurs, pendant que les trijumeaux et les paihéti(|ues passent au devant. A la place de l'oculomoteur droit, on trouve une masse épaisse gélatineuse» un peu rougeâtre, calleuse, tandis qu'à gauche le nerf avant son

OBSEHVATION X. \h\

entrée dans la tumeur, est tuinéûc et comme infiltré d'un lû»u rougeûue, transparent L'hy|K)|)liyse est assez grosse, et sa suifacc présente çà et là quelques saillies d'apparence caséeuse, jaune \erdà- Ire, qui sont disséminées dans un tissu jaune grisâtre.

Une tumeur principale est située au niveau du sinus caverneux droit. Toutefois Tos est sain. Les nerfs optiques |)araissent nn |k*u tumétiés, mais ils présentent à la coupe un aspect normal. Le» nerrs olfactifs se perdent tout à fait dans un tissu palliol<»giqne de nouvelle formation. La carotide gauche présente des parois épaisses. Le développement le plus prononcé de la tumeur se trouve entre les deux moteui^ oculaires communs, et s*étend de là sur les parties moyonDc et antérieure du pont de Varoie ; à la périp'.iérie de Tar* tore basilaire, on volt des néoplasies très volumineuses. Le pont lui même est tuméfié, augmenté dans tous ses diamètres, son épaisseur est d'un huitième de |)ouce, sa largeur, d'un pouce cin(i huitièmes; sa partie la plus antérieure est transformée en une substance d*ua gris jaunâtre, gélatineuse, trans|)arenle, dans laquelle on remarque à la coupe une série de noyaux daséeux réunis par groupes. Le cervelet est presque normal ; par rxintre, au i)oint d'émergence du moteur oculaire commui) et des pédoncules cérébraux (du reste normaux) s'accumule une masse de nouvelle formation très dense et volumineuse. la glande pinéaic est très augmentée de volume, et transformée en tme vésicule d'un pouce un tiers de diamètre, qui comprime et aplatit un peu la surface des tubercules quadrijumeaux.

La commissure molle fait défaut. Les thalami, inférieuremcnt et latéralement surtout à droite, sont ramollis dans une grande étendue et ont un aspect pâle, anémique. Enfin on trouve dans une des circonvolutions, à la périphérie de l'hémisphère droit, un tubercule de la grosseur d'un pois; il est caséeux au centre. On en trouve un semblable dans l'hémisphère gauche, vers la grande scissure longitudinale.

Il y a peu de sérosité dans le péricarde; le cœur est petit, à parois assez minces ; le sang présente des caillots mous^ avec une couenne gélatineuse et beaucQup.de sérosité. Le poumon gauche

iAâ SYPHILIS CÉRÉBliALK.

est entièrement adhérent ; il contient peu de pigment, le sommet est sain ; à la partie antérienie du lobe supérieur, se trouve un in* hercule caséeux, de la grosseur d'un noyau de cerise, ramolli au centre. Le poumon droit présente aussi de nombreuses adhérences, son tissu est pâle et sec ; les bronches sont remplies d*un mucus épais, purulent; au milieu du lobe supérieur est un petit tubercule ^caséeux de la grosseur d'une cerise; un peu plus loin, on en trouve un deuxième; un peu au-dessous du sommet et en arrière, on remarque une infiltration gélatineuse.

Le fuie est à peu près normal, modérément hyperémié, la périphérie des acini est un peu pâle, la vésicule, du fiel est développée et remplie d'une bile épaisse, d'un jaune verdàtre. La rate «est complètement adhérente au diaphragme ; elle a un volume moyen ; elle mesure quatre pouces et demi de long, deux pouces cinq huitièmes de large, et un |K)uce trois huitièmes d'épaisseur. La pulpe contient beaucoup de sang et est ramollie; les follicules sont nombreux, gris et petits. Les capsules surrénales sont petites, mais normales. Les reins sont également petits, denses ; ils contiennent assez de sang, il y a beaucoup de sérosité catarrhale dans les bassinets. Dans la vessie se trouve un peu d'urine fétide d'un aspect légèrement sanguinolent. Les replis de la muqueuse présentaient une rougeur ecchymotique; la muqueuse est du reste épaissie, et ses glandes tuméfiées.

Liquide bilieux dans l'estomac et le duodénum, dont la muqueuse est normale. Dans l'iléum, il y a une forte tuméfaction des glandes solitaires et un soulèvement manifeste des glandes de Peyer.

Quelques glandes solitaires atteignent la grosseur d'une tête d'épingle et d'un petit grain de millet. Petite tache ecchymolique dans le cœcum. Ganglions mésentériques en partie tuméfiés, transformés en une matière blanchâtre, un peu compacte, qui n'est pourtant pas caséeuse. Muqueuse vaginale épaisse. Portion vaginale du col hyperémiée. Utérus dans l'aniéflexion ; muqueuse pâle, mais nor-iiiale. Les deux ovaires, les trompes et les ligaments latéraux sont soudés ensemble; les premiers sont modérément tuméfiés; le droit est transformé en un kyste dépassant le volume d'une noix.

J'avoue que, m^^uie au moment de l'autopsie, je n'ai ])as pensé dans ce cas à une affection sypinlilitpie.

On ignorait, d'une part, (pie, sept ans auparavant, il y avait eu une affection syphiliticpie, lacpielle, «mi oulre, semblait être entièrement guérie; aucun symptôme ne venait la révéler; d'un autre côté, on ne pouvait rien conclure de Vamaurose double, dont la marchr avait d'abord été si défavorable. Il était donc difficile de savoir si l'amélioration datait du retour des règles ou du commencement du traitement mercuriel. L'amélioration de la vue, coïncidant avec le retour du flux menstruel, tendait à diriger les l'eclierches <»tiologi(iues contre ces troubles delà menstruation; enfin les signes plus favorables se montrèrent huit joui-s a|)rès (pie le traitement mercuriel avait cessé, et nul symptôme ne venait révéler la présence persistante d'une tumeur du crâne. Je ne songeai à la possibilité de celte dernière lésion (]u'aprèsla nouvelle recrudescence delà nitiladie, lorsque la céphalalgie et la chute des paupières se montrèrent. Il y avait en môme temps un catairhe pulmonaire persistant et multiple régulièrement limité; le tub(5 digestif était très irritable. Je supposai, en conséquence que la tumeur était de nature tuberculeuse, et le peu d'efficacité du traitement par l'iodure de potassium vint me confirmer dans ma supposition. L'autopsie elle-même semblait corroborer mon diagnostic.

Mais il n'en est plus ainsi quand on embrasse d'un seul coup d'œil toute l'histoire de la malade, dont je pus retrouver l'observation dans les archives de l'hôpital. La jeune fille avait eu des accidents syphilitiques

lAA SYPHILIS CÉRÉniU.E.

secondaires, et elle avait été guérie par le mercure. S^'pl ans plus tard, sans causes appréciables, on voit se déveliipper d(îs symptômes qui, d'après le résultat final, riaient indidutablomont caus(*s par le développemeol de la luineur sic^ranl à la base du C(Tveau. La inéiKistase. If reloiu' des règles, ne sont que des accidents ticcessoires a(^C(m)pagnant une lésion plus générale. Après un arrêt de (piatre mois, la tunienr recommence à s'accroître; de nouveaux ilésordres reparaissent du cAté des nerfs crâniens, la mort arrive enfin, et. outre la tumeur principale de la Imse du cerveau, on trouve encore deux autres tumeurs tulierculiformes. qui sont enclavées dans la couche corticale. Toutes ces tumeurs soot situées suiHMliciellement, en partie dans la pie-mère, en partie dans la substance grise, qu'elles pénètrent plus ou moins profondément ; elles ont un volume assez considérables: elles sont formées en grande partie par une subslance homogène, non granuleuse, gelaîineuse, transparente, d'un gris clair, médiocrement vascnlaire. \ l'intérieur de ces tumeurs on trouve dos indurations graisseuses et caséeuses en si petite^ quantité, qu'elles difTèrent notablement en cela du tubercule isolé caséeux, qui est dur jusqu'à sa périphérie. Nulle part on ne rencontre de tubercules vrais récents ou franchcîment caractérisés. Les poumons contiennent deux points caséeux, éloignés l'un de l'autre, d'un volume moyen, et qui diffèrent autant par leur situation que par leur conformation des formes habituelles du tubercule. N'attachant à cette époque que peu d'importance à cette observation, je n'ai pas fait des recherches micro-

mmS SYPHILITIQUE. 1&5

graphiques assez minutieuses. Ce serait certainement, il faut Tavouer, une tuberculisalion bien étrange, celle qu'un traitement altérant, qu'une médication mercurielle ferait disparaître, huit mois après le début de la maladie. Comment, les symptômes s'aggravent tout d'un coup, il y a recrudescence de l'affection, et il n'est pas un seul organe qui contienne d'éruption tuberculeuse récente ! Dans tous les cas, si nos déductions souiëvent quelque doute, nous engageons à l'avenir les observateurs à se tenir pour avertis, et à scruter nn'nutieusement tous les exemples qui leur présenteront de l'analogie avec notre observation.

Page 1