SYPHILIS DES GANGLIONS LTUPHATIQUES
et les autopsies que j*ai publiées (1). Cest sur les ganglions inguinaux et lombaires que j'ai pu le mieux observer ces altérations ; je les ai rencontrées aussi sur les ganglions cer\icaux et jugulaires, quelquefois sur les ganglions des bronches et des médiastins, et, dans plusieurs cas, sur presque tous les ganglions du corps humain.
Dans la i)ériode des accidents secondaires et tertiaires, quelquefois pendant la tuméfaction ganglionnaire indolente (Ricord), j'ai pu observer deux états ou stades de Taltération des ganglions : l'état médullaire et Télat caséeux.
Dans les cas plus récents, dans les ganglions qui étaient situés plus loin du lieu infecté (en tenant compte du cours de la lymphe), et qui étaient moins modifiés, j'ai pu étudier un état qui précédait les deux autres ; je veux parler de l'état irritait f simple (état fluxionnaire , congestif, hypérémique).
La marche de cette altération glandulaire ressemble à celle que Ton observe dans la scrofule et dans la tuberculisation ; cette affection des ganglions a aussi de.s analogies avec celle que l'on remarque dans la fièvre typhoïde et dans la leukémie; l'altération syphilitique des ganglions ressemble dans quelques cas à l'une des diathèses sus-mentionnées , dans d'autres cas à lautre. Je ne puis décider si la constitution du sujet exerce ici une influence particulière, car j'ai vu des ganglions
(1) Je recommande surioul Tobscrvalion LYl de mes Gesammelte Abhandlungenf p, 63/Si.
TUM^ACTIOll IHEITATIVE DES GANGUOlfS. 166
caséeux et tuberculeux chez des judividus qui ne présentaient pas le moindre signe de scrofules ou de tu* hercule, et j'ai observé Taltération médullaire des ganglions chez des malades qui présentaient des signes positifs de tubercules dans divers organes. On peut expliquer simplement ce fait, en disant que la marche des affections irritatives des ganglions est en général la même dans les maladies les plus variées. U y a longtemps que j'ai démontré l'analogie qui existe entre Tallération des ganglions lymphatiques dans les diathèses scrofuleuses, typhoïdes et tuberculeuses (1); j'ai aussi fait ressortir les analogies de ces diverses lésions ganglionnaires avec celles que produit la leukémie (2). Les travaux spéciaux de M. Lœper (3) et M. G. Eckard (4) sont venus confirmer mon opinion.
La tuméfaction irritative commence dans tous les cas par l'imbibition séreuse, Tagrandissement des cellules lymphatiques; elles augmentent en nombre d'ordinaire , par la segmentation des cellules primitives (5); les follicules des ganglions deviennent plus volumineux 6t prennent l'aspect de points blancs ou grisâtres, ce ^ui les fait mieux apercevoir; l'hypérémie des parties
(1) WUrzb. Verhandl., 1850. vol. I, p. 84.
(2) Hapports de la leukémie avec la scrofule et la tuberculisation^ ^ans Archiv fUr path. Anat., vol. V, p. 126 ; et avec la fièvre typhoïde, flans Gesamm, Abhondl., p. 20û.
(3) Beitmge zur path. Anat. der Lymphdriisen (dissertation inaugurale, Wurzbiirg, 1856, p. \b,
(l\) De glandularum lymphaticarum structura (dissertation inaugurale). Berlin, 1856, p. 2/i.
(5) Cellular Pathologie^ p. 158, Og. 62, B.
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internes disparait peu à peu. et Ton remarque de grands réseaux ou stries rougeâtres, correspondant surtout aux veines. I^ ganglion est d'ordinaire ramolli, il cède à la pression, il glisse entre les doigts. A mesure que les follicules grossissent par suite de la multiplication des cellules qu'ils contiennent, on remarque l'effacement des interstices qui les séparent; cette modification est surtout remarquable dans certains cas , ou le stroma subit une prolifération des éléments du tissu conjonctif; te ganglion prend alors un aspect uniforme ; il est blanchâtre, blanc grisâtre , rougeâlre ou gris. La fièvre typhoïde et la leukémie donnent au parenchyme ganglionnaire un aspect plus clair et plus blanchâtre; il est, dans un sens restreint, plus médullaire et plus humide. Les scrofules et la tuberculisation le rendent moins humide, quoique .pâle et grisâtre. Dans les tuméfactions simples, inflammatoires, érysipélateuses, exanthématiques, les follicules se conservent mieux, ils sont distincts, et peuvent mieux se reconnaître à la vue. La syphilis enfin amène, en règle générale, une augmentation de volume du ganglion , qui est blanchâtre et plus sec. Cependant les différences seffacent, et à un certain degré de la maladie il est presque impossible de distinguer les altérations spéciales aux diverses diathèses; il suflBt que la maladie ait une intensité plus ou moins grande, pour que la lésion ganglionnaire prenne un caractère différent. Mais c'est un fait irrécusable, que dans le deuxième stade (caractérisé par un aspect médullaire plus ou moins prononcé), la modification essentielle du ganglion consiste en une hyperplasie eeUulaire. Dans
MÉTAMORPIIOSK GASÉEUSE. 167
toutes les diathèses dont nous venons de parler, Thyperplasie cellulaire peut conduire au ramollissement aigu ou à la suppuration ; mais si Taffection est plus lenle, la modification que Ton remaniue en gént^ral est une métamorphose graisseuse incomplète avec inspissation (dessiccation), que j'ai nommée d'abord (1) métamorphose tuberculiforme, et ensuite, pour éviter une confusion trop commune, métamorphose caséeuse (2).
Dans le ganglion , ce n'est pas l'cxsudat ou la fibrine qui subissent cette transformation ; elle porte toujours sur les éléments cellulaires appartenant au ganglion , ou bien sur les jeunes cellules nouvelles, formées par la prolifération du tissu ganglionnaire. Ces dernières se décomposent, se détruisent; leurs débris restent comme détritus, lorsqu'ils ne sont pas résorbés, et nous avons alors une forme spéciale de nécrose anémique {A), C'est d'ordinaire par une semblable destruction partielle des éléments ganglionnaires que se produit cette forme du bubon indolent que j'ai décrit comme suit : « Les gatiglions inguinaux atteignent le volume d'une prune, ils sont blancs à l'extérieur; ils ont presque une consistance médullaire; rouges en quelques points, ils présentent à la coupe de nombreuses saillies caséeuses : les unes sont petites, d'autres atteignent le volume d'un noyau de cerise ; les unes sont blanches et sèches , d'autres subissent un ramollissement qui leur donne l'as-
(1) Archiv, fur path. Anatomie, vol. I, p. 172, et Wiirzb, VerhandLf vol. I, p. 85, et vol. H, p. 72.
(2) WUrzb. VerhandL, vol. IH, p. 99.
(3) Handb, des spec, Path, und Thérapie^ 1. 1, p. 282,