STRUCTURE DES GOMMES
c'est le tissu conjonctif, ou les tissus qui lui ressemblent (tissu osseux, tissu médullaire), qui est le point de départ de l'altération ; les éléments spécifiques des tissus (cellules glandulaires, fibres musculaires) s'atrophient, par suite de la prolifération du tissu interstitiel, et enfin se détruisent par suite d'une espèce de nécrobiose. Les ganglions lymphatiques et les organes qui leur ressemblent (follicules linguaux et pharyngiens, amygdales, rate) font seuls exception à cette règle. Dans tous ces organes, en effet, c'est la cellule ganglionnaire qui est d'abord le point d'où part la prolifération ; mais celte exception n'est qu'apparente. En effet, les ganglions lymphatiquas se distinguent essentiellement des autres glandes, et, comme je le disais déjà autre part (1), ils se rapprochent beaucoup plus du tissu conjonctif.
Nous avons vu en outre que tous ces actes pathologiques, qui tous commencent par une prolifération active, par un accroissement réel du tissu, n'en finissent pas moins par avoir un caractère remarquable d'improductivité. En effet, tantôt il se forme des cicatrices et des produits calleux, rétractiles, qui amènent l'atrophie de l'organe, et qui remplacent incomplètement la perte de substance antérieure à leur apparition; tantôt il y a un grand développement de cellules, et comme ces dernières subissent la dégénérescence graisseuse et qu'elles se détruisent, il se produit, soit l'ulcération, soit la nécrose (nécrobiose) de l'organe. C'est seulement
(1) Cellular Pathologie, p. /iô.
mSTORlOUK. — PETIT. DITTRICH. LIIBEUT. i1^
autour du foyer pathologiiiue, c'est par const^quent dans un point où rirritatio^i spi^cifiiiue a agi de la manière la moins active, où il n'y a eu qu'une irritation simplement formative ou nutritive, que se forme une hypertrophie réelle, dumble, ou une ntk)plasie excédante.
La gomme se distingue surtout au milieu de toutes ces altérations. Nous la considérons comme produite originairement par la prolifération du tissu conjonctif normal, et notre opinion diffère notablement de celle qui est admise jusqu'ici. J'ai fait voir, au début de ce livre, comment depuis Petit on s'était de plus en plus accoutumé à regarder la tumeur gommeuse comme formée par une collection de liquide. En effet, quand on a coupé une semblable tumeur sur le vivant, on a vu s'en écouler un liquide filant, une substance gélatineuse, et la guérison de la tumeur a pu être la suite d'un semblable traitement (1). Plus tard, on a même cru que les nodosités caséeuses, solides, étaient aussi formées par raccumulation de semblables exsudations ( Dittrich , Billroth). L'expérience a démontré la fausseté de ces hypothèses. La nodosité peut être molle, gélatineuse ou solide ; elle peut contenir beaucoup de sérosité ou paraître sèche. Dans tous les cas, elle est ou a été organisée; elle est le produit d'une prolifération active. Lebert (:2), qui décrit ces tumeurs sous deux formes,
(1) Vor. Morgagni, Ep. LVIII, art. 8.
Bertrandi, op, cit.^ p. 29G.
Bocllcher, op. c/f., p. 33.
(2) Handb, der practischen Medicin. Tiibingen, 1858, t. I, p, 370.
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s'est, d'après moi, rapproché plus que tout autre de la vérité.
D'après Lebert, les tumeurs gommeuses fraîches sont formées par des amas de petits corpuscules ronds ; ils se trouvent au milieu d'une masse intermédiaire finement granulée, et il est difficile de savoir si ce sont des cellules ou des nuclei ; plus tard, on trouve un détritus granuleux avec beaucoup de globules purulents, des débris organiques et du tissu conjonctif encore bien conservé. Cette description, qui se rapporte surtout aux gommes du tissu cellulaire lui-même, me semble insuffisante. Les observations que j'ai données plus haut sur les tubercules profonds du tissu cellulaire sous-cutané et sur les abcès des muscles démontrent que la structure des gommes de ces parties diffère notablement de la gomme ordinaire du périoste, du foie, du testicule, du cœur, etc., etc.
Ces différences dépendent ordinairement du terrain sur lequel les gommes se développent. La texture plus ou moins lâche du tissu au milieu duquel elles se forment, sa vascularisation plus ou moins grande, amènent des variétés dans la structure de la gomme, comme cela se remarque dans l'inflammation et la formation d'autres tumeurs. Je ne puis surtout admettre^ avec Lebert que les éléments de la gomme qui commence à se former ne sont pas des cellules véritables. Au début, ils ont tous réellement le caractère cellulaire et ne le perdent que plus tard. La description dogmatique que donne Lebert ne s'accorde pas, du reste, avec
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la description qu'il a donnée des tumeurs gomnieuses du cœur.
Toutes les gommes proviennent d'abord d'une prolifération du tissu conjonctif, et le début de leur développement répond au mode de formation de la gi*anulalion (1).' Le développement ultérieur de la tumeur goaiaieuse peut se faire de deux manières : ou bien la formation cellulaire [Iql prolifération) prend le dessus, et alors la substance intercellulaire devient rapidement molle, gélatineuse, nuupieuse ou fluide ; la masse de la tumeur se fond, pour ainsi dire, devient puriforme, s'ouvre au dehors et s'ulcère (gommes du tissu cellulaire sous-cutané); ou bien elle reste gélatineuse et conserve une certaine cohérence (gommes du périoste). D'autres fois, la formation cellulaire est peu abondante, la substance intercellulaire augmente, les c-ellules conservent le caractère fusiforme ou stelliforme du tissu conjonctif, ou bien elles prennent la forme arrondie propre aux cellules de granulation, ensuite elles deviennent graisseuses, et c'est ainsi que se forme la nodosité sèche et jaune (le tubercule) des organes internes.
Dans le premier cas, l'évolution pathologique ressemble à la marche hétéroplastique de la suppuration, aux formes médullaires du cancer ou du sarcome; dans le second, elle se rapproche de la marche hyperplastique de la sclérose ou des formes fibreuses (fibro-plastiques) que Ton observe dans les tumeurs ; mais jamais les
(i) Cellidar Pathologie, p. 379.