‹ La Syphilis constitutionelleChapitre 45 sur 49 · CHAPITRE Xffl · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xffl

THÉRAPEUTIQUE DE LA SYPHILIS. — RÉFUTATION DE l'aNTI- MERCURIALISME. — TRAITEMENT SYMPTOMATIQUE. — DIF- FICULTÉS DANS LE DIAGNOSTIC DES DERNIERS SYMPTÔMES.

En admettant que notre classiQcation soit juste, on nous demandera si l'on peut diriger le traitement d'après elle. On a dit que le mercure guérissait les accidents secondaires, que l'iode triomphait des accidents tertiaires. Ceci signifierait, d'après notre mode de classifi-

IODE ET MEtlCURE. 187

cation, que le mercure guérit les accidents légers, et I riode les accidents graves; ce qu'on ne peu!, à vrai I dire, admettre tout d'abord. Au contraire, c'est à Topposé qu'on devrait s'attendre, et il me semble que la pratique ordinaire, quelque mal formulée qu'elle soit, le démontre surabondamment. On traite simplement un chancre simple (le chancre mou de Ricord). Quelques-uns le traitent par l'iode. Le chancre induré est traité par le mercure. On guérit une angine syphilitique sitiiple avec l'iode; on donne le mercure pour la pharyngite ulcéreuse. Un malade, après avoir été délivré d'un chancre induré et d'ulcérations pharyngiennes à la suite d'un traitement mercuriel, est atteint de douleurs ostéocopes, précédant la syphilis des os ; on les fait cesser en donnant de l'iode. Ce médicament semble aussi faire disparaître la tumeur gommouse qui subit la dégénérescence graisseuse; mais le mal revient; la carie, la nécrose se produisent ; on ordonne le traitement par des frictions mercurielles, et l'on obtient les meilleurs résultats.

Mais ni l'iode ni le mercure ne préservent des réci- ,\^ dives ; car les reproches que l'on fait au mercure à ce sujet peuvent aussi s'adresser à l'iode : « Plus la maladie pénètre dans l'économie, en perdant de sa spécificité et en subissant des transformations qui la rapprochent de maladies graves d'une autre nature, plus le traitement devient difficile ou impuissant ^1). » Voilà pourquoi M. de Rerensprung conclut avec raison que le

(i) Ricord, Traité^ etc^ p. 6/i5.

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mercure ne peut guérir la syphilis, que le mercure ne combat que les symptômes, qu'il rend seulement la maladie latente. En effet, la thérapeutique ordinaire est entièrement symptomatique. Nous traitons le sarcocèlCj riritis, les affections des os, les bubons, et quand ils sont guéris, nous faisons cesser le traitement. Peu de temps après, le malade revient; un nouveau symptôme plus grave que les premiers vient de se manifester. Que penser? que faire?

Les antimercurialistes disent : « Non-seulement le mercure ne guérit pas, mais encore c'est lui qui provoque les nouveaux symptômes. Poussez aux sueure et aux urines, modifiez l'assimilation et la nulrition, et vous arriverez plus sûrement et plus promptement à votre but. » Combien de fois n'a-t-on pas hésité entre les mercurialistes et les antimercurialistes? C'est une triste histoire qui ressemble à celle de la saignée. Mais lisez donc le vieux Morgagni (1), qui traite tout au long et avec éloquence ce lamentable sujet. Sachezle bien : quoique Valsalvaait guéri par l'hydrothérapie simple les accidents les plus graves, on en est cependant revenu à l'emploi du mercure. Dans des villes entières (peut-être même dans des États), l'antimercurialisme a régné, donec tandem ad alterutram mercurii adhibendi rationem^ ubi lues gravior decoctis non cederet, in iisdem civitatibus reditum est. Ce qui s'est passé en Italie est arrivé en France, lorsque le scepticisme de Broussais fit des progrès; la même chose se renouvela en

(I) EpisL LVIII, an. 16 el scq.

l'antimercurialisme. 1 89

ADgIeterre, lorsiiu'on méconnut les expériences de Fergusson; enfin il en fut de môme en Allemagne, lorsque rtutorité anglaise influença notre praliijue. A quoi bon faire une fois de plus ce mouvement oscillatoire? A quoi nous serviraient Texpérience du passé et du présent, les trésors de la littérature et de la tradition, s'il faut en revenir à décider entre le mercurialisme et rantimorcurialisme ? Ne serait-il pas préférable de limiter Pusage du mercure, de trouver des garanties contre les dangers incontestables qui résultent de son emploi? L'expérience mille fois répétée nous a prouvé que les accidents les plus graves de la syphilis pouvaient être guéris par l'usage du mercure. Faut-il recommencer à prouver que ces faits existent ? On nous oppose que Ton a jadis traité la chaudepisse par le mercure, et depuis qu'on a cessé ce mode de traitement, le virus blennorrhagique a disparu. Cela peut être ; mais n'a-t-on pas aussi cessé de donner du mercure dans la vraie syphilis, et le virus syphilitique a-t-il disparu ? En dcîsespoir de cause, on en est toujours revenu au mercure ; et parce qu'on en a peut-être exagéré l'emploi, il ne faut pas passer d'un extrême à l'autre, mais plutôt s'efforcer de limiter les c^s dans lesquels le mercure est indispensable.

Il y a deux bonnes raisons pour que Ton s'oppose à l'extension de l'emploi du mercure. D'abord c'est un médicament altérant qui nuit au corps en modifiant des actes importants de nutrition. J'ai déjà montré combien il fallait ajouter peu de créance aux fables que les antimercurialistes débitent sur les affections organiques causées par le mercure ; mais il est certain qu'il peut

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se produire une cachexie mercurielle (marasme) qui dispose le corps humain à de nouvelles affections locales, et suilout à des affections rhumatismales : c'est ainsi que, tout en ne guérissant pas la syphilis, on peut causer une nouvelle maladie.

Il suit de ce que nous venons de dire qu'il faut manier le mercure avec beaucoup de précautions, et qu'on doit mettre des limites à l'emploi du traitement mercuriel. Quelles sont-elles î Tel est ce second point sur lequel il y a beaucoup à penser, sur lequel s'appuient les antimercurialistes pour nier l'action thérapeutique du mercure, et qui fait douter de Içt vertu curative du mercure dans la syphilis. Nous n'avons aucun signe qui nous permette d'affirmer que le traitement est complet^ que le malade est guéri.

Avant d'insister sur ce point, qu'il me soit permis de donner quelques considérations théoriques qui me semblent assez convaincantes. On a ramené la syphilis constitutionnelle à une cachexie, et celle- ci à une dyscrasie. On s'est cru autorisé à affirmer que la dyscrasie est l'affection générale durable, et que les altérations locales n'en sont que les symptômes. Les inoculations de Waller au moyen du sangniême, et la transmission de la vérole au moyen du sperme, idées que Porter (1) vient récemment d'essayer en citant de nombreux exemples à l'appui, semblent démontrer la vérité de cette conclusion. Je suis d'un avis tout opposé.

11 faut, pour causer une dyscrasie durable^ qu'il

(1) Dublin Quart, Journ. y mai 1857, p. 2ô7.

TRAITEMENT SYMPTOMATïQOB. I9i

existe des altérations locales durables, ou bien que le sang soit constauinient vicié par son mélange durable avec des substances nuisibles (1). C'est à propos de la phlbisie héréditaire que j'ai d'abord discuté sérieusement cette (juestion. J'ai cherché à démontrer que les organes hématopoétiques (et avant tout le3 ganglions lymphatiques) se trouvaient, dans cette diathèse, modifiés d'une manière durable (2).

Ces modifications, ces lésions locales, peuvent entre- . tenir une dyscrasie pendant des années, quoique l'idée de dyscrasie chronique n'implique pas nécessairement le transport continuel de substances morbides par le sang. Au contraire, des périodes d'infection et des périodes de pureté peuvent alterner les unes avec les; autres.

Rien dans la syphilis ne démontre que l'infection agisse d'une manière constante et égale. Toute l'histoire de la vérole démontre au contraire, par l'éruption toujours saccadée, pour ainsi dire, de nouvelles altérations , qu'il existe une infection intermittente provenant de certains foyers. Un père syphilitique n'engendre pas nécessairement des enfants véroles. J'ai actuellement dans mon service un malade auquel M. le docteur Wilms a extirjié récemment un testicule malade depuis dix-huit mois, et qui avait des gommes superbes et une hydrocèle. Cette maladie était survenue cinq ans après un chancre, et dans ces dernières années ce malade est

(i) Gesamm. AbhandLj p. 53; ei Cellular Pathologie , p, 118. (2) WUrzb, Verhandl., vol. III, p. 102.

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