HISTORIQUE. — C. FALLOPE
tertiaires? Les accidents secondaires sont-ils spécifiques ou non ? En est-il de même pour les tertiaires? Les lésions dues à la syphilis peuvent-elles être séparées de celles qui sont produites par le mercure? J'essaierai de répondre à toutes ces questions; mais, pour éviter la confusion habituelle qui résulte de la description simultanée des lésions les plus diverses, je suivrai une marche qui me semble plus claire : je prendrai chaque organe à part; àFoccasion de chacun d'eux , j'examinerai si les lésions qu'il présente sont secondaires ou tertiaires, si elles sont produites par la syphilis ou par le mercure.
Dans la syphilis constitutionnelle, les lésions les plus variées peuvent, comme on le sait, affecter le même organe; c'est ce que l'on remarque d'une manière évidente à la peau. Depuis longtemps on sait que les os sont le siège de diverses altérations, sans que jamais personne se soit donné la peine de chercher les différences qui existent entre ces altérations. On séparait pourtant les tophi et les gommes d'avec la carie et la nécrose.
Falloppe dit des premiers (1) :
(( Yerum accidit ut post dolores , vel cum doloribus, tumores infestent circa articulos, internodia, in média fibula , in medio cubito , et his caput saepe coronatur, ut regni Gallici insignia prœ se ferat. Isti tumores cum contineant materiem crassam, quse est veluti gumnii eliquatum, ideo gummata gaUica vocantur a medicis. Hi tumores duorum sunt generum : alter tophaceus est, aller autem minime. Tophacei suiit constantes ex ma-
(1) Loc. c/^,p. 59.
âO PHÉNOMÈNES ACTIFS.
teria peiiitus lapidosa et videntur veluii tophi ossei vel materia illa, qua ligantur ossa fracta. Seciinda species tumorum est, quando materies est mollis, quae tiiplitîiter apparet; nam aliquando est veluti laridiim , aliquando est minus crassa et est similis polentee, et est àtheroma gallicum. Tertia speciesest sicut met et dicitur meliteris gallica. In capite ut plurimiim sunt tel substanlia laridi vel mellis vel polentse. Circa pedes sunt majori ex parte lapidosi et tophacei, ita in tibiis, in intermediis, nunc tophacei, nunc molles existunt. Loca sunt ligamenta articulorum , corpora ossium , perihostia, in quibus tumores dolorissimi sunt; aliquando in superficie ossis crescit affectus iste. Materia est ut plurimum pituitosa, tenax et rnelancolica, cum natura bene concoquere non potest. Aliquando miscetur bibs et ita fit meliceris, aliquando est pituita minus crassa et fit àtheroma. Aliquando crassa est et melancolea et fit tophus vel steatoma. »
Falloppe comprend évidemmment sous le nom de gommes toutes les formes de tuméfaction osseuse (tubercules); quelques lignes plus bas, il parle eh effet de l'ulcération qui accompagne ces lésions. Plus tard (1)on sépara les exostoses et les nodi, en réservant le nom de tophus ('i) aux tumeurs goutteuses, qu'on compare à un tubercule rempli de craie. Pourtant on continua longtemps à considérer les causes de ces lésions comme identiques,
(1) Du Verney, Maladies des os. Paris, 1751, t. If, p. 679.
{2} Idema, Heilkund proev. van den Winddoorn. Leeuvardon, 1750, p. 117, (-1 J^allas, Prakt. Anleitung , die Knochen-Krankheiten zu Heilen, Berlin et Suaisuiid, 1770, p. '213.
BERTRAND!. — PETIT. ol
Bertratidi (I) considère l'exostose et l'hyperostose comme un degré avancé de développement des gommes et des tophi , qui, d'après lui , résultent de l'accumulation d'une substance gélatineuse entre le périoste et Tos. Bôttcher ('i) dit de plus que les gommes et le tophus sont un degré peu avancé de l'exostose. Duverney avait déjà affirmé que les nodi^ c'est-à-dire les très petites exosloses (.S), étaient formés par Tépanchement des sucs nutritifs du périoste (/i). Cette idée se modifia plus tard. Petit (5) avait reconnu un œdème particulier du périoste; on rapprocha la gomme de cette lésion, tandis que la périostose, l'exostose, le nodus, étaient considérés comme tumeurs osseuses, comme une extension , un soulèvement de l'os (6). Chaque auteur copiait religieusement son devancier; la théorie de Fexsudation gagnait du terrain , et il était de plus en plus difficile de retrouver la bonne voie.
D'après ce que nous savons du développement des productions du périoste, il nous semble que l'idée des anciens était plus juste et plus vraie. Rien ne prouve que
(1) Lehrevon den Knochen Krankheiten, traduit de l'italien. Dresde et Leipsick, 1792, p. '275-!i92.
(2j Abh. von den Krankh. der Knochen^ Knorpel und Sehnen. Kœnigsbeig et Ldpsick, 1793, t, IL, p. 27.
(ô) Loc, cit.^ p. lilQ-
(û) Loc. cit., p. Zi80.
(5) Loc, cit., p. Zi38.
(6) Voy. ù ce sujet : llenard, Versuch die Entstehung und Ernœhrung, das Wachsthum, clc. Leipsick, 1803, p. 129 ; et Van lleekereri, Vermischte Beytrœge. Breslau, 1803, vol. I, p. l/i; enfin, Glossius, op, cit., p. 109, 118.
l'exostose et l'hyperosiose syphilitiques résultent d'un soulèvement, d'un accroissement de l'os; tout semble démontrer, au contraire , qu'elles sont formées par l'apposition extérieure de substances provenant du périoste. On trouve, il est vrai , à l'intérieur du crâne des exostosestenant à l'ospar un pédicule assez grêle; il est beaucoup plus aisé d'expliquer ce fait par le développement de l'exostose au milieu de la dure-mère, que de faire provenir la tumeur de l'os lui-même.
Ricord (t) dit positivement que les exostoses examinées peu de temps après leur formation sont simplement juxtaposées aux os, auxquels elles n'adhèrent pas et dont on peut aisément les séparer. Quant à moi , je n'ai aucune observation qui puisse expliquer le développement des exostoses syphilitiques ordinaires ; cependant j'ai rencontré plusieurs fois , dans des cas de syphilis constitutionnelle, certaines néoplasies partiçuhères de Tos que je ne trouve décrites nulle part.
Elles existaient à la surface interne des os du crâne, au frontal et aux pariétaux spécialement ; on trouvait en même temps des exostoses extérieures plates, sans autre affection de l'os et du périoste. Quand on considérait la partie interne de la dure-mère adhérant encore à l'os, on apercevait des plaques d'un aspect étrange, ressemblant presque à de la mousse; elles avaient un quart à un demi-pouce de large, étaient tantôt isolées, tantôt confluentes; leur forme était ronde; leurs bords, nettement limités, étaient comme crénelés; épaisses, d'un
(1) Gqzette des hôpitaux, I8/16, janvier, n' 1,
KXOSTOSE SYPmi.iTfOUE. 33
blanc nuit, elles présentaient nne surface rngnense, finement granulée. Ces placjues siégeaient dans le tissu même de la duremère, et en les séparant on voyait, à l'endroit qu'elles occupaient, des vides ou des dépressions closes par nne pellicule très mince. Ces plaques adhéraient peu à l'os en général, cependant (juelquesunes lui étaient intimement unies.
La tumeur gommeuse appartient en grande partie au périoste, quoique, comme nous le verrons plus bas, la couche corticale de l'os participe aussi à sa formation. 11 s'agit maintenant de savoir si la tumeur gommeuse peut s'ossifier elle-même, et si l'exostose a été, dans les premiers temps de sa formation, une tumeur molle.
Je n'ai aucun fait anatomique qui puisse me le démontrer d'une manière évidente. Je pense, malgré le dire de plusieurs bons observateurs et malgré la valeur de certains faits cliniques , que la chose ne se passe pas d'une manière si simple , et je m'efforcerai de le démontrer plus bas. Il serait pourtant désirable que la science fût fixée sur ce point.
A côté de ces affections périostiques , se trouvent les altérations profondes des os, la carie et la nécrose , qui sont heureusement devenues fort rares aujourd'hui.
11 faut, dans l'histoire de la syphilis, accepter avec circonspection ce que les anciens ont écrit sur le spina ventosa. D'après moi, cette affection est une ostéomyélite se développant sur un terrain scrofuleux ou tuberculeux , produisant des nécroses centrales ou totales très étendues, lesquelles sont entourées ensuite de
Si PHÉNOMÈNES ACTIFS.
coques osseuses volumineuses, très poreuses et perforées, provenant de productions périostiques. Il n'en est pas de même dans la syphilis. Une carie peut bien attaquer le centre d'un os long, produire une nécrose; mais, au lieu de ces dépôts poreux et spongieux, de ces enveloppes produites par le périoste, on trouve au contraire des hyperostoses résistantes, épaisses et compactes, comme on peut les voir par douzaines dans les anciennes collections anatomiques (1). J'ai trouvé à Wurzburg une seule pièce présentant une analogie éloignée avec le spina ventosa, elle provenait, d'après les catalogues, d'un malade affecté de syphilis constitutionnelle ; les os de ce sujet étaient remarquables parleur légèreté , leur structure poreuse , par des dépôts périostiques très peu épais et très cassants ; ils représentaient assez bien ce que Gerdy (2) appelle la raréfaction inflammatoire des os. Je ne puis malheureusement pas affirmer que cette altération fût le résultat d'une affection syphilitique.
L'histoire de la carie et de la nécrose syphilitiques n'est pas faite avec assez d'exactitude pour qu'il soit possible d'en donner une description , même incomplète. Les auteurs se bornent à décrire grossièrement le résultat final , et presque tous admettent d'avance que la marche de la carie et de la nécrose syphilitiques ne diffère en rien des autres formes de carie et de nécrose.
Ceci ne me^ paraît nullement conforme à la vérité, au moins dans le plus grand nombre des cas; aussi
(1) Otto, Anat. patholog., p. 149.
(2) Archives générales, 1836, 2» série, t. X.