‹ La syphilis constitutionnelleChapitre 19 sur 82 · TUBERCULES GOMMEUX · texte numérisé non relu

TUBERCULES GOMMEUX

Je suis cependant forcé d'avouer que les tubercules syphilitiques de la peau et du tissu sous-cutané n'ont pas toujours une texture identique avec les tumeurs gommeuses des os , et que de nouvelles recherches doivent être faites pour voir jusqu'à quel point la comparaison peut être établie.

Dittrich (1) seul a donné une bonne description anatomique du tubercule dur et gommeux, siégeant dans le tissu sous-cutané des régions mammaires et scapulaires. Il décrit ces tumeurs comme des masses arrondies et irrégulières 5 rameuses , dont la grosseur varierait depuis celle d'une noix jusqu'à celle d'un œuf de poule, d'un jaune gris et fauve, inorganisées, molles et granuleuses vers le centre , épaisses et résistantes à la périphérie; ces masses seraient enkystées dans un tissu calleux très épais, fibreux, blanchâtre. Dans la même observation se trouve une tumeur tout à fait analogue, de la grosseur d'un œuf de pigeon , dans la fosse ptérygo-palatine , et une infiltration avec ulcération de la muqueuse du larynx. Je n'ai vu la tumeur gommeuse dure que dans le tissu conjonctif lâche qui entoure le vas deferens (obs. YII). Je ne l'ai, au contraire, jamais rencontrée à la peau, et Ricord (2) a défini la forme ordinaire comme une sorte de furoncle chronique du tissu sous-cutané ou sous-muqueux.

M. le docteur Deetz, ancien médecin supérieur de la Charité, a eu la bonté de me remettre deux fois des tu-

(1) Prager Viertelj., 1850, U, p. Z|9.

(2) Traité, p. 660.

bercules de la peau , ainsi que des tubercules profonds du tissu sous-cutané, enlevés sur le vivant.

Les premiers tubercules avaient la plus grande analogie avec la texture du tissu de granulations jeunes (1). On pouvait reconnaître, sous l'épiderme intact, dans le tissu conjonctif de la peau, l'accroissenient progressif et la prolifération des cellules du tissu conjonctif, en même temps que la raréfaction et le ramollissement de la substance intermédiaire , ce qui finissait par produire une masse presque médullaire, vascularisée, très riche en cellules arrondies, ayant presque toutes un seul noyau.

Les tubercules profonds étaient ramollis à leur centre; on y trouvait une masse muqueuse, filante, dans laquelle le microscope faisait découvrir beaucoup de détritus et un grand nombre de cellules arrondies et relativement petites, ayant déjà subi une métamorphose graisseuse incomplète. . A la circonférence se trouvait un tissu granuleux très riche en cellules.

Cette évolution se rapproche et ressemble beaucoup à celle que l'on remarque dans les ulcérations ordinaires et les abcès, et s'en distingue seulement en ce qu'il ne se forme pas de pus crémeux, de bonne nature, mais une matière muqueuse, visqueuse, se décomposant rapidement. Autant que je puis en juger, ces lésions se rapprochent tout à fait des tubercules profonds de la syphilis congénitale, décrits minutieusement parRinecker (2).

(1) Cellular Pathol.,\). 37/i-/i01.

(2) Wiirzh. Verhamll., I, p. 117.

TUBERCULES rilUEONDS CONGÉNITAUX. 69

J'ai rapporté moi-aiênie un cas semblable dans mes Ges. Jbhand.^ p. 295, et je veux retracer ici brièvement le résultat d'un autre examen que je fis, le 13 mars 1845, chez un enfant de quatre semaines très amaigri.

Cet enfant eut d'abord un panaris, puis des tubercules nombreux ulcérés, couvrant tout le corps, mais siégeant principalement aux extrémités supérieures ; cette suppuration attaquait la peau et le tissu sous-cutané. A en juger par l'aspect extérieur, c'étaient des tubercules rougeâtres ou jaunâtres, à sommet un peu déprimé, et recouverts dans les points suppures par des croûtes d'un brun rouge ou jaunâtre.

Ils étaient formés par une couche périphérique dense , contenant dans son intérieur un pus très épais, visqueux et jaunâtre, se concrétant rapidement à l'air, et qui, traité par l'acide acétique, donnait un précipité fibrillaire abondant, dont la substance fondamentale, muqueuse et visqueuse, renfermait beaucoup de détritus granuleux et quelques cellules puriformes arrondies. De chaque petit tubercule parlait un cordon lymphatique, relativement volumineux, et au bras gauche, où cette disposition était très marquée, tous les cordons aboutissaient aux ganglions axillaires tuméfiés et d'un rouge bleuâtre.

A Wurzboiirg, où la syphilis congénitale est extrêmement fréquente , j'ai souvent rencontré cette disposition chez des malades porteurs de condylômes (tubercules muqueux) à l'anus , aux parties génitales, à la bouche; de sorte qu'il était difficile de savoir si c'était des accidents secondaii^es ou tertiaires, ou bien si, d'après la classification de Ricord, on devait les considérer comme formes de transition, comme une sorte de liaison entre les accidents tertiaires çt les

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