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CHAPITRE PREMIER

CLASSIFICATIONS. — J. L. PETIT, RICORD, DE BAERENSPRUNG , SIGMUND. — LES ANTIMERCURIALISTES.

Les altérations locales qui annoncent l'existence de la syphilis constitutionnelle se montrent, comme on le sait, à une époque plus ou moins éloignée de l'infection primitive. Il était donc naturel, pour décrire systématiquement la maladie, de choisir la division chronologique des symptômes, et de diviser ensuite les altérations constitutionnelles en secondaires et tertiaires. J'ignore qui le premier a proposé cette division.

Jean-Louis Petit la connaissait déjà bien. 11 dit positivement (i) : que l'exostose syphilitique n'est pas un symptôme piimitif, « au contraire, on sait qu'il ne paraît qu'au troisième degré de la vérole. »

La chaudepisse, le chancre, le poulain, le phimosis et le paraphimosis appartiennent, d'après lui, au premier degré ; les pustules et les poulains au second ; et je ferai remarquer qu'il emploie la dénomination de

(1) Traité des maladies des os. Paris, 1735, l. II, p. 653.

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pustule dans le sens des auteurs anciens ^ l'appliquant à toute espèce d'exanthème.

Ricord a entièrement modifié cette division trop primitive. Tout en laissant à la chronologie des symptômes sa valeur, il fait entrer aussi en ligne de compte certaines circonstances fournies par le siège et la relation physiologique des affections locales. Les symptômes secondaires, disait-il, ne sont plus contagieux; ils sont héréditaires. Enfin, les symptômes tertiaires ne sont pas contagieux et ne sont héréditaires qu'autant qu'ils prédisposent à la scrofule, ce qui, du reste, avait souvent été soutenu avant lui (1).

D'après Ricord (2), le principe virulent existe encore dans les symptômes syphilitiques secondaires; c'est ce principe qui maintient leur existence. A l'époque où les accidents tertiaires se manifestent, le virus serait au contraire entièrement modifié.

Le chancre induré, les bubons secondaires, les syphilides de la peau, les tubercules muqueux, les ulcérations du pharynx, du palais, du nez: l'iritis, le sarcocèle, la chute des cheveux et des ongles appartiendraient, d'après Ricord, aux symptômes secondaires; les tubercules profonds, y compris le lupus, les douleurs ostéocopes , la périostite et l'ostéite, les gommes et les nodi, les affections des muscles, du cerveau, du foie, etc., caractériseraient les symptômes tertiaires, ('eux-là siègent spécialement sur la peau, les muqueuses, et leurs

(1) [ïdtiu'\, Diss. de spina vent.i)sa, Lipsiœ, 182o, p. /il. yp) r»iconl, Traité pratique des maladies vénériennes. Paris, 1838, p. G/|u.

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annexes; ceux-ci attaquent les tissus fibreux, souscutanés et sous-muqueux, les organes profonds et internes.

Nous sommes de ceux qui placent haut les importants services rendus à la science par le célèbre syphiliographe. Mais nous pensons qu'il est difficile de séparer d'une manière aussi tranchée les deux ordres d'accidents. Si leur nature est si différente , le traitement doit aussi varier dans les deux cas. Ricord emploie le mercure, non-seulement contrôles symptômes secondaires mais encore contre plusieurs formes de syphilis tertiaire. D'un autre côté, il refuse à cette dernière toute cause virulente , et laisse ainsi à ses adversaires le droit de refuser aux symptômes tertiaires toute origine syphilitique, et de les attribuer au traitement mercuriel. Il dit du reste lui-même : « La thérapeutique amène un désordre apparent au milieu de cet ordre parfait, et ici encore , comme je le démontrerai plus tard , on peut dire :

Souvent un beau désordre est un effet de l'art. »

Peut-être n'est-ce pas au traitement que l'on doit imputer ce désordre (1). L'examen ne doit pas se borner à l'étude clinique. La syphiliographie , pas plus que les autres branches de la science médicale, ne peut se dispenser de la connaissance anatomique. L'examen clinique a pu suffire , tant qu'il s'est agi de connaître la succession chronologique des affections d'organes superficiels.

(1) Voyez à ce sujet Hassing, De syphilide Kali hydrojodico tuiaata. Disquis. Havaniae, I8Z1O.

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La question changea dès qu'il s'est agi des altérations d'organes profonds. Qui pourrait, en effet, déterminer le moment précis de la syphilis constitutionnelle , où le foie commence à s'altérer? Aussi Ricord ne s'arrêta-t-il pas aux seules données empiriques de la chronologie des symptômes; il y a joint celles que fournissent la physiologie et l'anatomie. Voici en peu de mots mon opinion sur les premières : Après avoir vu les inoculations faites à Wurzburg (1), par Rinecker, je suis pleinement convaincu de la contagionabilité des symptômes secondaires; si l'on me démontrait que la syphilis tertiaire n'est jamais inoculable, je trouverais dans ce seul fait une différence tranchée entre les symptômes tertiaires et les symptômes secondaires. Malheureusement on ne connaît rien de positif sur ce point. La même hésitation se remarque à propos de la transmission héréditaire. Il est démontré que des enfants viennent au monde avec des affections tertiaires, que ces dernières apparaissent dans les premiers temps qui suivent la naissance. Les enfants présentent non-seulement l'hépatite syphilitique, mais encore (et le plus souvent) les tubercules profonds du tissu sous-cutané, ce que Rinecker (2) a nommé : syphilis nodosa. J'ai même observé des nouveau-nés syphilitiques présentant , dans la substance cérébrale, de petits foyers blanchâtres, ponctués , entièrement constitués par des amas de granules graisseux. 11 me serait pourtant difficile de décider si les

(1) Piinecker, Wurzburg VerhandL, vol. Hf, p. 375.

(2) Rinecker, op. cit., vol. I,p. 117.

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