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CHAPITRE IX

AFFECTIONS SYPHILITIQUES DU LARYNX, DES BRONCHES ET DES POUMONS, DU THYMUS ET DE l'APPAREIL AUDITIF.

Le larynx est la partie des voies respiratoires (après le nez et le pharynx) qui est le plus souvent soumise aux altérations produites par la diathèse syphilitique, et qui présente les lésions les plus importantes. Il y a peu à dire sur le début de l'affection ; ordinairement on ne peut observer que d'anciennes ulcérations ou des cicatrices.

J'ai décrit plus haut un cas de destruction partielle de l'épiglolte, après une syphihs pharyngienne. Les choses ne se passent pasliabituellement ainsi. Quand le mal dépasse le pharynx , il attaque plutôt la base de la langue que le larynx proprement dit. Dans le plus grand nombre des cas , l'afTection est localisée au larynx.

Il faut bien séparer la raucité syphilitique [raucedo syphilitica), la suite d'un simple catarrhe laryngé chronique, de la laryngite syphilitique vraiment ulcéreuse. Sur ce point, mes observations cliniques concordent entièrement avec mes recherches anatomiques.

Dans des cas de syphilis avancée , on voit l'aff'ection atteindre toute la face interne de l'épiglotte, les ligaments aryténo-épiglottiques , les cordes vocales et la portion inférieure du larynx ; on trouve habituellement en même temps une périchondrite laryngée, et l'on

observe ces nécroses dont Ricord (1) a représenté un exemple, peu intéressant du reste pour la syphilis laryngée. Rheiner a donné (2) une très bonne description d'un cas qui est très caractéristique.

Ici encore il me semble que le point caractéristique de l'affection est, comme je le disais à propos des cicatrices osseuses, une certaine improductivité dans le travail de cicatrisation , formant un contraste frappant avec la prolifération abondante autour de l'ulcération. La masse cicatricielle est extrêmement épaisse, dure, calleuse; elle se rétracte fortement et cause souvent le rétrécissement du larynx. Sur les bords, on voit s'élever des proliférations papillaires; elles sont serrées et soulevées par une masse cicatricielle ; elles ont l'aspect de trabécules ou de tampons lisses, blanchâtres, épais, et sont constituées par un tissu conjonctif épais, sclérotisé, d'aspect cartilagineux. Quand la base de la langue est prise, on remarque des dépressions profondes et radiées de la surface linguale, tout comme on l'a observé dans l'hépatite et l'orchite interstitielle.

Les lésions syphilitiques des voies respiratoires deviennent de plus en plus problématiques, à mesure qu'on descend vers les bronches. Je crois pourtant avoir vu ces dernières être affectées de la même manière.

Je vais en exposer l'observation complète, car il me semble important d'attirer l'attention sur cette lésion. Dittrich donne un cas à peu près semblable dans son

(1) Clinique icono graphique ^ pi. XXX, fig. 1. . (2) Archiv fur path. Anatom,^ vol. V, p. 577.

résumé des autopsies cle Prague (1). C'est « une blenuorrhagie pulniouaire , avec dilatation partielle des bronches. Ulcérations d'un aspect particulier dans les voies respiratoires. Au-dessus de la bifurcation des bronches , ulcérations profondes d'un pouce de diamètre, recouvertes d'une exsudation purulente; le tissu sous-muqueux environnant et la paroi de la bronche droite sont épaissis et lardacés. »

Observation XI. — Sténose syphilitique du larynx avec destruction partielle du cartilage cricoïde et granulations foU' gueuses au fond de la plaie. — Cicatrices de la trachée et des bronches avec rétrécissement . — 'Ectasie des bronches avec induration du poumon. — Tuméfaction médullaire des ganglions jugulaires et bronchiques. — Cicatrice du vagin et excoriation du col utérin.

Marguerite Rudloff, de Pottenstein, âgée de quarante-deux ans, entra à l'hôpital Julius, de Wurzburg, pour un rétrécissement syphilitique du larynx, et y mourut assez rapidement avec les signes d'un spasme laryngé, le 20 janvier 185^.

Autopsie. — Corps vigoureux, muscles bien colorés, tissu cellulaire interstitiel très sec et résistant. Les ganglions jugulaires du côté gauche sont tuméfiés, pâles, d'un gris clair ; les ganglions profonds sont plus translucides que les superficiels ; les vaisseaux lymphatiques sont dilatés. La carotide est élargie, ainsi que ses branches ;] la', membrane interne est épaissie , et en certains points elle a subi la dégénérescence graisseuse. Le nerf vague est pâle, la langue courte et épaisse; les follicules sont très volumineux. L'épiglotte, les ligaments et le pharynx ne présentent rien de particulier. — A partir des cartilages aryténoïdes, on remarque une tuméfaction œdémateuse. — La muqueuse de la trachée est épaissie, plissée, rouge. — Près du cartilage cricoïde est un rétrécisse-

(1) Prager Viertelj., 18Zj9, vol. I, p. 26.

ment si considérable, qu'on peut à peine y introduire l'extrémité du petit doigt. — On remarque au côté gauche du larynx une ulcération profonde qui commence à l'insertion postérieure de la corde vocale, s'étend en bas, occupant l'espace d'un pouce et demi, et ayant à la hauteur du cartilage cricoïde un diamètre transverse d'un demi-pouce. — Les bords de l'ulcération, qui se termine en en haut et en bas en pointe aiguë, sont à pic, comme taillés à l'emporte-pièce, calleux en haut et en arrière, un peu tuméfiés en bas. Au fond de l'ulcération, près du cartilage cricoïde, se trouve une granulation lobulée, mollasse, ayant une forme circulaire, 3/8 de pouce de diamètre, et dont la surface est pourvue d'un certain nombre dé vaisseaux. Elle est recouverte d'une masse purulente que l'on peut faire sortir de l'intérieur de la tumeur. La granulation ayant été divisée, on voit qu'elle recouvre une cavité assez considérable, contenant les débris du cartilage cricoïde. Ces derniers sont jaunes et ont en quelques points l'aspect ramolli; les bords du cartilage perforé sont comme stratifiés; quelques parties sont pétrifiées. Plus en dehors, ossification étendue des cartilages cricoïde et thyroïde.

Les parois de la cavité sont lisses, blanchâtres, résistantes; en dehors on trouve un tissu conjonctif épais, tendineux, cicatriciel, qui s'étend delà cavité jusqu'à la glande thyroïde. C'est en ce point que se trouve le rétrécissement du larynx.

Les poumons insufflés ; à gauche, ont perdu de leur élasticité. Les ganglions bronchiques sont, à droite, tuméfiés et adhérents ; à la coupe, ils présentent une injection fraîche , une consistance molle et une couleur blanc rougeatre. La bronche droite est notablement rétrécie à l'endroit de la bifurcation et au-dessus ; à la coupe, sa forme est triangulaire; son diamètre est d'un quart de pouce, tandis que la bronche gauche a un demi-pouce. Cette dernière présente, tout près de la bifurcation, un rétrécissement plus considérable, mais n'ayant qu'un huitième de pouce d'étendue; la bronche adhère en ce point avec l'œsophage, normal du reste, au moyen d'un tissu épais et tendineux.

Les viscères, ayant été enlevés, sont examinés à parL La mu-

OBSIiUVATlON XI. j 53

queiise de la trachée est rouge et fortement plissée ; on remarque à un des anneaux inférieurs de la trachée une cicatrice considérable, blanchâtre, radiée, avec rétrécissement du conduit aérien; immédiatement au-dessous se remarque une dilatation. A la paroi postérieure se trouve une excroissance de la muqueuse aplatie, du volume d'une lentille. A droite, la bronche est épaissie et rétrécie jusqu'à ses rameaux suivants, qui y participent dans une petite étendue ; au-dessous, la muqueuse est rouge et les bronches dilatées. Dans le lobe inférieur du poumon, qui est normal du reste, se trouvent quelques ectasies bronchiques plus considérables. En ces points, les bronches sont remplies d'un mucus abondant; le tissu qui les entoure est épaissi, et cette altération se continue jusqu'à la plèvre.

Le lobe droit du foie est augmenté de volume, la capsule est épaissie; le tissu hépatique est hypérémié, atrophié autour de la vésicule du fiel. Les conduits biliaires sont gorgés. La rate est plus volumineuse que d'habitude ; elle est molle, contient peu de sang ; son enveloppe séreuse est épaissie, ses follicules sont peu nombreux. Les reins sont à peu près normaux; ils contiennent quelques kystes; les papilles sont infdtrées. Catarrhe de l'estomac et de l'intestin grêle.

Les ovaires sont très volumineux; le plexus pampiniforme est gorgé de sang. Quelques petits kystes au ligament large. Réclinaison de l'utérus, normal du reste. Le col, dont l'orifice externe est très dilaté, présente une large excoriation, avec des vaisseaux dilatés. Petites taches rougeâtres, très vasculaires, à la paroi supérieure du vagin; cicatrice longitudinale, calleuse, à l'entrée du vagin.

J'ai recueilli récemment une observation analogue, mais moins caractéristique; elle a timit à un homme qui succomba à une dégénérescence amyloïde étendue, accompagnée d'hydropisie, à la suite de vérole constitutiomielle. 11 n'y avait aucune affection du larynx ni de la trachée, et l'on rencontra pourtant plusieurs cica-

trices dures, radiées dans les bronches profondes ; le tissu pulmonaire environnant présentait une induration centrale, étendue, comme ardoisée; il y avait aussi de nombreuses cicatrices aux amygdales, au voile du palais, au pharynx, au foie ; l'orifice postérieur des fosses nasales était rétréci. Je crois qu'on doit admettre des ulcérations syphilitiques et des rétrécissements cicatriciels dans les bronches, de même qu'on les observe dans la syphilis du larynx ; et, de même que les ulcérations laryngées se continuent avec le tissu cellulaire du cou par des indurations étendues et calleuses, je pense que la bronchite syphilitique peut se transformer en pneumonie chronique. Voilà pourquoi il me semble que l'existence d'une pneumonie syphilitique ne doit pas soulever le moindre doute. — J'ai vu souvent, dans la syphilis constitutionnelle, des cicatrices limitées, stellaires, de la plèvre, et des pleurésies déformantes, suites de ces altérations, qui répondaient exactement à la périorchite.

La syphilis constitutionnelle occasionne-t-elle une affection pulmonaire idiopathique?

Portai (i) a décrit une phthisie pulmonaire vénérienne, et Morgagni (2) admettait que la lues venerea prédisposait le poumon à la phthisie. Cependant les faits cités à l'appui étaient si peu concluants, que Bayle (3) mit leur importance en doute, et que Laennec

(1) Observations sur la nature et le traitement de la phthisie. Traduit du français par Mûhry. Hannover, 1799, vol. I, p. 262.

(2) Desedibus^eiiht. xxii, art. 11.

(3) Recherches sur la phthisie pulmonaire. Paris, 1810, p. 80,

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