GOMMES DU POUMON
et son annotateur Andral les rejetèrent complètement. C'est seulement dans ces derniers temps qu'on est revenu sur ce point de la vérole, et surtout depuis que Depaul décrivit les foyers pneumoniques épars dans la svphilis congénitale. Mais ce n'était ni du tubercule, ni un produit spécifique, car Depaul dit textuellement (1) qu'il avait affaire surtout à une bronchite; que le microscope démontrait la présence du pus dans les foyers, et que l'on trouvait sous les adhérences pleurales, soit de vraies dilatations bronchiques, soit des infiltrations pneumoniques.
C. Hecker (2) trouva des lésions analogues, et décrivit, de plus, une variété particulière d'épaississement chronique du poumon.
Fiihrer (3) décrit, chez les adultes, une pneumonie spéciale, survenant à côté d'altérations diverses, d'ulcérations pharyngiennes, par exemple ; elle serait caractérisée par l'apparition simultanée, quoique distincte, d'une infiltration diffuse du poumon, et par une exsudation bronchique lobulaire.
Ricord revint le premier au tubercule syphilitique, c'est-à-dire à la tumeur gommeuse, et Lebert (4) nous a donné une planche représentant une semblable tumeur trouvée dans le poumon d'un enfant affecté de syphilis congénitale. — Ces deux descriptions ne concordent pas cependant : Ricord parle de tubercules
(1) Gazette des hôpitaux^ mai 1851, n"=* 50, 51.
(2) Verhandl. der Berliner Gesells. fur Geburtsh,, vol. VIII, p. 126.
(3) Deutsche Klinik, 1856, p. 272.
{U) Traité d'anatomie pathologique^ pi. XCII, fig. 3-/i.
jaunes et caséeux ; Lebert parle d'un produit comparable à certaines altérations résultant de la pneumonie. Il faudrait, au moins, démontrer que ce dernier produit peut devenir jaune et caséeux. — Un cas rapporté par Yidal (1) ressemble mieux à celui que je viens de citer : c'est l'observation d'une personne syphilitique, âgée de quarante-cinq ans, qui mourut avec les signes d'une dyspnée très intense; à l'autopsie, on ne trouva qu'une induration d'un gris bleuâtre autour des ramifications bronchiques du lobe inférieur; il n'y avait aucune trace d'ulcération.
Dittrich (2) décrit des cicatrices s'étendant profondément, ramifiées, d'un gris ardoisé, formées par des masses de tissu calleux au lobe inférieur du poumon d'un sujet syphilitique âgé de vingt-sept ans. Lagneau admet, comme on le sait, tout un groupe d'affections pulmonaires syphilitiques.
Il ne faut pas oublier que les poumons sont les organes où il est le plus difficile de suivre exactement la marche d'une évolution pathologique délicate ; et, dans une affection aussi peu connue que la syphilis constitutionnelle, la difficulté augmente encore. Ce sera une excuse pour moi, et cela expliquera pourquoi je m'abstiens de me prononcer d'une manière définitive.
A Wiirzburg, où la syphilis héréditaire est une maladie très commune, j'ai vu la plupart de ces enfants succomber (nous ne nous occupons pas du catarrhe intestinal, du marasme, de l'atrophie) à la suite d'une
(1) Voy. Canstatt's Jahresberioht, 1855, l. IV, p. 313.
(2) frayer Vierteljahrschrift, 1850, t. II, p. ^2.
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broncho-pneumonie particulière, sèche, souvent presque caséeuse (tuberculeuse). L'examen microscopique démontrait que la masse sèche, résistante, très analogue à rinfiltration tuberculeuse, qui était renfermée dans les alvéoles du poumon, était composée de cellules pressées les unes contre les autres, puriformes pour la plupart; la plus grande partie était rapidement détruite par la métamorphose graisseuse, et restait dans la vésicule pulmonaire sous forme de détritus granuleux. Mais cette même forme se rencontrait aussi sans relation directe avec la syphilis. J'ai observé aussi assez souvent, chez des enfants simplement atrophiés, une infiltration assez abondante autour des bronches, à l'endroit où elles pénètrent dans les lobules pulmonaires, ainsi que des granulations, des foyers, ressemblant parfaitement à ce qu'on nomme le tubercule, et qui se trouvaient répandus dans les poumons.
Pour le moment, il est difficile de déterminer les signes certains auxquels on peut reconnaître la nature syphilitique de semblables pneumonies; j'hésite de même à me prononcer sur certaines modifications cicatricielles et caséeuses dont il est fort possible qu'une partie appartienne réellement à la syphihs.
Comme j'ai pu m'en convaincre, il faut notablement restreindre, dans le poumon, les altérations attribuées ta la véritable tuberculisation; beaucoup de cicatrices calleuses et ardoisées, beaucoup d'indurations caséeuses, ne résultent pas d'un tubercule guéri. Je suis donc plus que jamais porté à admettre la possibilité d'une syphilis pulmonaire.
En analysant les observations citées dans ce livre, on trouvera souvent des cicatrices éparses ou uniques, des tubercules caséeux anciens, des carnifications pulmonaires (obs. II, lY, V, VII, X), et dans un seul cas (obs. V) une véritable tuberculisation. Mais tant que l'histoire et le développement de ces altérations seront connus d'uîie manière aussi peu précise, il ne faut pas oublier que les simples catarrhes chroniques et la scrofule peuvent causer des modifications semblables.
J'ai peu de faits précis sur la syphilis du thymus. En 1850, Dubois attira l'attention sur l'infiltration purulente de cette glande dans la syphilis héréditaire. Lieutaud (1) dit avoir trouvé le thymus putréfié chez un jeune homme de dix-huit ans, qui avait, à la suite d'une vérole, subi un traitement mercuriel. Cette observation est encore moins concluante que celles de Dubois, où il est dit qu'en pressant le thymus avec les doigts, on en faisait sourdre un liquide purulent. Le suc normal de la glande a très souvent l'aspect puriforme. F. Weber {%) décrit au contraire un cas d'abcès chez un nouveau-né, et il me semble que Friedleben (3) a tort d'élever des doutes sur la valeur de cette observation. Les trois cas de C. Hecker (/i) me paraissent être
(1) Hist. anat. mecHca, éd. Srhiegel. GolhaB et Amslelod., 1796, vol. 11, p. 261.
(2) Beitriige zur path. Anat. der Neugehornen. Kiel, 1852, vol. Il, p. 75.
ù) Die Physiologie der Thymusdruse. Fninclort, 1858, p. 170. (/i) VerhandL der lierliner Gesells. fiir Geburtshulfe, vol. VIII, p. 117, 122.
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très valables; ils ont trait aussi à la formation d'abcès dans le thymus. Le cas de Lehmann (1), où il y avait des tubérosités formées par du tissu conjonctif, ayant subi la métamorphose graisseuse, dans le thymus, la dure-mère et le foie , serait le plus remarquable, si les antécédents étaient établis d'une manière plus certaine.
Enfin l'affection syphilitique peut s'étendre des voies aériennes à l'appareil auditif. J'ai publié un cas de suppuration de la cavité tympan ique (2).
Dans le cas dont 0. Heyfelder a donné la description (voyez page 64), les cicatrices de la muqueuse du pharynx et des fosses nasales étaient si considérables, qu'elles oblitéraient presque entièrement l'orifice de la trompe d'Eustache. La surdité syphilitique peut donc, même en ne tenant pas compte des lésions nerveuses, être produite de diverses manières.