TRAITEMENT SYMPTOMATIQUE
graisseuse, possède à un haut degré le pouvoir infectant; mais je sais aussi que le pus peut avoir cette propriété. Le conlagium reste attaché au fluide, quoique les éléments cellulaires se détruisent, mais non parce qu'ils se détruisent. Dans la syphilis, je serais plutôt disposé à croire que les nodosités caséeuses et sèches ont perdu toute virulence; je l'accorderais plutôt aux tumeurs gommeuses humides, qu'elles soient du reste fraîches et gélatineuses, ou bien anciennes et ulcérées.
Si cette manière de voir est juste, il n'y aura pas de syphilis en dehors des symptômes. Quand tous les symptômes seront apaisés, la syphilis sera guérie, et le traitement symptomatiqne de la vérole est parfaitement logique, pourvu qu'il parvienne à triompher du dernier symptôme.
Quant aux signes qui nous permettront de reconnaître la persistance de la maladie, nous les trouverons en examinant avec soin les foyers d'infection qui existent encore. Ce qui est la meilleure preuve de la justesse de notre opinion, c'est que nos syphiliographes les plus expérimentés (Ricord, Sigmund) donnent comme signe pronostique très grave la tuméfaction de petits ganghons isolés (sus-épitrochléen, etc.).
Mais tous les foyers d'infection ne sont pas situés superficiellement et ne peuvent être perçus par le toucher.
Des ganglions, des viscères peuvent être affectés, sans qu'il soit possible de s'en assurer. C'est là, d'après moi, le point difficile du traitem.ent de la vérole. Un examen minulieux, l'observation continue du malade, pourraient éclairer le praticien ; car, en cas de récidive,
il sera à même de voir le début d'une nouvelle infection. L'article de Sigmund (1) répond admirablement à cette question. Dans tous les cas, on n'aura jamais une certitude complète, et il y aura toujours des erreurs et de prétendues guérisons. Nous ne sommes guère plus avancés pour la syphilis que pour tant d'autres maladies internes chroniques; aussi ne serait-il pas juste de repousser le seul remède actif que nous connaissions, par la seule raison qu'il ne peut rendre notre diagnostic plus certain.
(1) Wiener Wochenschrift^ 1857, n° 19.
1° La classification actuellement adoptée des accidents de la syphilis constitutionnelle est insuffisante, parce qu'elle est basée en partie sur l'ordre de succession des accidents syphilitiques, en partie sur l'anatomie, en partie sur la physiologie (la clinique), et parce que les résultats auxquels elle nous conduit ne concordent pas avec ceux que la pathologie et la thérapeutique nous fournissent.
2° Pour obtenir une classification qui nous satisfasse, et au point de vuç de la science et au point de vue de la pratique, il est nécessaire de mieux connaître la valeur anatomique et physiologique des symptômes.
S*» Il est démontré que des symptômes différant par leur ordre de succession se conduisent physiologiquement de la même manière (contagionabilité des symptômes secondaires, guérison de plusieurs accidents tertiaires par le mercure) .
4° Il est démontré de même que des symptômes, différant par ordre de succession, sont anatomiquement identiques.
5° Au point de vue anatomique, ce n'est pas le siège (superficiel ou profond dans un organe ou dans un tissu) dont il faut tenir compte ; il faut plutôt s'inquiéter delà valeur et de la nature de l'altération.
6° La question du mercurialisme doit tout à fait être laissée de côté, les affections mercurielles des os, des yeux, des testicules, etc., etc., n'ayant pas été démontrées jusqu'à présent.
7° Les accidents syphilitiques sont passifs ou actifs.
8° Les altérations passives sont de deux sortes :
a. Les dégénérescences amyloïdes de la rate, des reins, du foie, de la muqueuse intestinale, ainsi que le marasme, l'anémie, l'hydroémie, l'albuminurie, l'hydropisie, la diarrhée, etc., qui en sont les conséquences ;
h. L'atrophie simple de la peau , la chute des cheveux (alopécie) et des ongles, l'atrophie de la graisse, des muscles (marasme), du sang (chloro-anémie).
9° Ces accidents sont très analogues aux accidents causés par la cachexie mercurielle.
10° La cachexie syphilitique, c'est-à-dire le marasme syphilitique et la chloro-anémie syphihtique, difîôre de la dyscrasie syphihtique (infection) avec laquelle elle peut coïncider.
11^ Le sang peut, dans la syphilis, présenter quatre altérations différentes :
a. L'infection spécifique (dyscrasie) qui n'est pas durable; elle se renouvelle do temps en temps, en absorbant de nouveau le virus dans un foyer local d'infection. Le sang se purifie de nouveau en déposant le virus dans les organes ou dans les tissus.
b. L'atrophie simple (chlorose, chloro-anémie) qui est causée par la quantité moins considérable de nouveaux corpuscules sanguins que fournissent les organes hœmatopoiétiques dégénérés (ganglions lymphatiques, rate).
c. La leucocylose, qui est produite par le nombre plus considérable des corpuscules blancs du sang que fournissent les organes hématopoiétiques ( ganglions lymphatiques, rate) irrités.
d. L'hydrémie, qui dépend le plus souvent de la dégénérescence amyloïde des organes abdominaux.
l!2o Aucune de ces altérations du sang n'existe indépendamment de Taltération des organes; au contraire, le sang est à chaque instant sous la dépendance des organes.
lo' Les altérations actives se divisent aussi en deux groupes :
a. Irritations, légères (hypertrophies, hyperplasies), ou inflammations simples;
b. Inflammations spécifiques graves, gommeuses.
1 /i° On trouve ces altérations dans presque tous les organes : les irritations simples représentent les accidents primitifs des organes; les gommes répondent aux accidents secondaires ou tertiaires des organes.
15° Les accidents primitifs des organes internes et profonds se manifestent en même temps que les périodes secondaires et tertiaires de l'affection générale, et que les altérations secondaires et tertiaires d'organes plus superficiels.
^6^ La marche des altérations organiques est donc
indépendante de la marche de l'affection générale; le traitement des altérations organiques n'est pas le même que le traitement ordinairement appliqué à l'affection générale dans la période correspondant à ces mêmes altérations organiques.
il^ La tumeur gommeuse débute, comme la granulation, par l'augmentation de volume et par la multiplication des cellules préexistantes ( hypertrophie , hyperplasies).
18° La prolifération cellulaire peut être très abondante ; alors le tissu se ramollit et il se forme une ulcération, ou bien se produit la métamorphose graisseuse qui donne naissance à la nodosité jaunâtre, dure, sèche (le tubercule). D'après plusieurs observations, cette dernière peut être résorbée, ou bien elle se ramollit et s'ulcère.
19" La tumeur gommeuse est donc comparable tantôt à la morve et au farcin, tantôt au lupus, tantôt au sarcome (tumeur fibro-plastique), tantôt à la dégénérescence athéromateuse des artères (pseudo-arteritis deformans), tantôt au tubercule vrai. Elle ne contient aucun élément histologique spécifique; cependant son développement dans les divers organes présente certains signes caractéristiques constants, surtout au point de vue du siège, de la marche, des rapports des tumeurs entre elles et des accidents consécutifs.
20° L'induration du chancre présente la marche d'une dermatite gommeuse.
21° La syphilis constitutionnelle attaque tous les organes internes.
22" Souvent Fhyperplasie, rinflammation simple et la gomme, se trouvent à côté l'une de l'autre; souvent il n'existe qu'une seule de ces lésions à la fois.
23° La syphilis viscérale attaque soit les enveloppes, soit les parenchymes, soit les deux à la fois.
21" Dans les parenchymes, ce sont les masses interstitielles du tissu conjonctif qui subissent l'inflammation simple ou gommeuse. Pendant ce temps, le tissu spécifique (tissu glandulaire, musculaire, nerveux) peut s'atrophier, se nécroser ou (plus rarement) s'hyperlrophier.
25'» C'est ainsi que se forment la périostite et Tostéomyéhte, la périhépatite et l'hépatite interstitielle, la périorchite et l'orchite interstitielle, la péricardite, l'endocardite et la myocardite interstitielle, etc.
26" Chacune de ces affections peut aifecter la forme simple ou la forme gommeuse.
27° La rate et les ganglions lymphatiques présentent seuls, dans la syphilis constitutionnelle, une tendance constante à l'augmentation hyperplastique des cellules glandulaires. On peut diviser en trois stades l'altération syphilitique constitutionnelle des ganglions lymphatiques :
a. Stade d'hypérémie irritative (hypertrophie) ; 6. Stade hyperplastique (infiltration médullaire) ; c. Stade de transformation caséeuse et graisseuse (induration tuberculiforme).
28° Tout foyer spécifique peut devenir le point de départ d'une nouvelle infection du sang.
29" Le plus souvent, ce sont les ganglions lymphatiques altérés qui sont le point de départ de la nouvelle infection.
30° Il n'y a pas de syphilis générale durable; il n'y a que des symptômes durables (des accidents locaux).
Depuis la publication en Allemagne de mes recherches sur la syphilis, j'ai eu occasion de faire de nombreuses observations sur des sujets syphilitiques. J'ai pu confirmer tous les points nouveaux qui font l'objet de ce travail ; il m'a même été donné d'élucider certaines parties des problèmes que j'avais posés. Voici en peu de mots les résultats auxquels je suis arrivé.
J'ai, depuis quelques mois, rencontré si souvent dans le rein, cet organe à propos duquel j'avais surtout été circonspect, des modifications tellement constantes, que je ne puis mettre en doute leur nature spécifique. Tantôt c'est une altération diffuse du tissu interstitiel (stroma), tissu dont un de mes élèves, le docteur Béer, a récemment démontré l'existence de la manière la plus positive ; dans ce cas, les noyaux sont plus nombreux, les cellules se multiplient, enfin il se produit une dégénérescence graisseuse très étendue du stroma. On voit même à l'œil nu les points jaunes qui en résultent. On rencontre plus fréquemment la néphrite interstitic^lle partielle : elle peut être simple ou gommeuse, solitaire ou multiple. A la fin du processus, on trouve des dé-
pressions profondes, de dimension variable, répondant quelquefois à une pyramide tout entière, finement granulées à la superficie, indurées et comme tendineuses dans la profondeur ; elles sont colorées en gris et en jaune; un tissu conjonctif simple, riche en cellules, les compose ; les canalicules urinifères et glomérules sont détruits dans cette altération, espèce d'atrophie granulaire, remarquable en ce qu'elle est presque toujours partielle. J'ai pu aussi étudier sérieusement diverses affections syphilitiques des os. Je ne parlerai pas de deux cas très remarquables de carie de l'atlas et de l'axis; l'un des sujets a guéri, l'autre a succombé subitement. Je rappellerai seulement que j'ai vu des ostéomyélites gommeuses très étendues; au tibia j'en ai observé une avec hypérostose périphérique et la modification de la moelle de l'os ressemblait entièrement à l'inflammation gommeuse des autres organes. Dans un autre cas, je rencontrai, au tibia encore, une hypérostose simple, remarquable en ce que les couches de nouvelle formation, formées par le périoste, étaient d'abord sclérotisées, ensuite poreuses (raréfiées), formant une élévation décolorée, une espèce d'atrophie excentrique, difficile à reconnaître au premier abord.
Enfin, chez deux malades,, complètement réfractaires à l'iode, aux sudorifiques et à l'hydrothérapie, et promptement soulagés par les frictions mercurielles, j'ai observé à plusieurs reprises des kéloïdes ayant une tendance à l'ulcération; ces productions se développaient sur les cicatrices volumineuses du rupia syphilitique, et leur marche avait la plus grande analogie
avec l'évolution des gommes de formation récente des viscères profonds. J'extirpai un de ces kéloïdes, et je n'y trouvai qu'un tissu conjonctif dense et résistant, à cellules volumineuses, anastomosées en réseau.
[Note additionnelle de V Auteur.)