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CHAPITRE XIII

THÉRAPEUTIQUE DE LA SYPHILIS. — RÉFUTATION DE l'aNTI- MERCURIALISME. — TRAITEMENT SYMPTOMATIQLE. — DIF- FICULTÉS DANS LE DIAGNOSTIC DES DERNIERS SYMPTOMES.

En admettant que notre classification soit juste, on nous demandera si l'on peut diriger le traitement d'après elle. On a dit que le mercure guérissait les accidents se(;ondaires, (|ue l'iode triomphait des accidents tertiaires. Ceci signifierait, d'après notre mode de classifî-

IODE ET xMERCURE. 187

cation, que le uiercure guérit les accidents légers, et l'iode les accidents graves; ce qu'on ne peul, à vrai dire, admettre tout d'abord. Au contraire, c'est à l'opposé qu'on devrait s'attendre, et il me semble que la pratique ordinaire, quelque mal formulée qu'elle soit, le démontre surabondamment. On traite simplement un chancre simple (le chancre mou de Ricord). Quelques-uns le traitent par l'iode. Le chancre induré est traité par le mercure. On guérit une angine syphilitique simple avec Tiode; on donne le mercure pour la pharyngite ulcéreuse. Un malade, après avoir été délivré d'un chancre induré et d\ilcérations pharyngiennes à la suite d'un traitement mercuriel, est atteint de douleurs ostéocopes, précédant la syphilis des os ; on les fait cesser en donnant de l'iode. Ce médicament semble aussi faire disparaître la tumeur gommeuse qui subit la dégénérescence graisseuse; mais le mal revient; la carie, la nécrose se produisent; on ordonne le traitement par des frictions mercurielles, et l'on obtient les meilleurs résultats.

Mais ni l'iode ni le mercure ne préservent dès récidives ; car les reproches que l'on fait au mercure à ce sujet peuvent aussi s'adi'esser à l'iode : « Plus la maladie pénètre dans l'économie, en perdant de sa spécificité et en subissant des Iransformations qui la rapprochent de maladies graves d'une autre nature, plus le traitement devient difficile ou inqouissant i^l). » Yoilà pourquoi M. de B^erensprung conclut avec raison que le

(1) Bicoid, Traité, etc., p. 6/i5.

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mercure ne peut guérir la syphilis, que le mercure ne combat que les symptômes, qu'il rend seulement la maladie latente. En effet, la thérapeutique ordinaire est entièrement symptomatique. Nous traitons le sarcocèle, riritis, les affections des os, les bubons, et quand ils sont guéris, nous faisons cesser le traitement. Peu de temps après, le malade revient; un nouveau symptôme plus grave que les premiers vient de se manifester. Que penser? que faire?

Les antimercurialistes disent : « Non-seulement le mercure ne guérit pas, mais encore c'est lui qui provoque les nouveaux symptômes. Poussez aux sueurs et aux urines, modifiez l'assimilation et la nutrition, et vous arriverez plus sûrement et plus promptement à votre but. » Combien de fois n'a-t-on pas hésité entre les mercurialistes et les antimercurialistes? C'est une triste histoire qui ressemble à celle de la saignée. Mais lisez donc le vieux Morgagni (1), qui traite tout au long et avec éloquence ce lamentable sujet. Sachezle bien : quoique Valsalvaait guéri par l'hydrothérapie simple les accidents les plus graves, on en est cependant revenu à l'emploi du mercure. Dans des villes entières (peut-être même dans des États), l'antimercurialisme a régné, dojiec tandem ad alterutram mercurii adhibendi rationem^ ubi lues gravior decoctis non cederet^ in iisdem civitatibus reditum est. Ce qui s'est passé en Italie est arrivé en France, lorsque le scepticisme de Broussais fît des progrès; la même chose se renouvela en

(1) Ep'isl. LVIII, art. 16 cl scq.

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Angleterre, lorsqu'on méconnut les expériences de Fergusson; enfin il en fut de même en Allemagne, lorsque l'autorité anglaise influença notre pratique. A ([uoi bon faire une fois de plus ce mouvement oscillatoire ? A quoi nous serviraient l'expérience du passé et du présent, les trésors de la littérature et de la tradition, s'il faut en revenir à décider entre le mercurialisme et l'antimercurialisme? Ne serait-il pas préférable de limiter l'usage du mercure, de trouver des garanties contre les dangers incontestables qui résultent de son emploi?

L'expérience mille fois répétée nous a prouvé que les accidents les plus graves de la sypbilis pouvaient être guéris par l'usage du mercure. Faut-il recommencer à prouver que ces faits existent ? On nous oppose que Ton a jadis traité la cbaudepisse par le mercure, et depuis qu'on a cessé ce mode de traitement, le virus blennorrhagique a disparu. Cela peut être ; mais n'a-t-on pas aussi cessé de donner du mercure dans la vraie syphilis, et le virus syphilitique a-t-il disparu ? En désespoir de cause, on en est toujours revenu au mercure ; et parce qu'on en a peut-être exagéré l'emploi, il ne faut pas passer d'un extrême à Tautre, mais plutôt s'efforcer de limiter les cas dans lesquels le mercure est indispensable.

Il y a deux bonnes raisons pour que l'on s'oppose à l'extension de l'emploi du mercure. D'abord c'est un médicament altérant qui nuit au corps en modifiant des actes importants de nutrition. J'ai déjà montré combien il fallait ajouter peu de créance aux fables que les autimercurialistes débitent sur les affections organiques causées par Je mercure ; mais il est certain qu'il peut

se produire une cachexie mercurielie (marasme) qui dispose le corps humain à de nouvelles affections locales, et surtout à des affections rhumatismales : c'est ainsi que, tout en ne guérissant pas la syphilis, on peut causer une nouvelle maladie.

Il suit de ce que nous venons de dire qu'il faut manier le mercure avec beaucoup de précautions, et qu'on doit mettre des limites à l'emploi du traitement mercuriel. Quelles sont-elles ? Tel est ce second point sur lequel il y a beaucoup à penser, sur lequel s'appuient les antimercurialistes pour nier l'action thérapeutique du mercure, et qui fait douter de la vertu curative du mercure dans la syphilis. Nous n'avons aucun signe qui nous jjermeUe d'affirmer que le traitement est complet, que le malade est guéri.

Avant d'insister sur ce point, qu'il me soit permis de donner quelques considérations théoriques qui me semblent assez convaincantes. On a ramené la syphilis constitutionnelle à une cachexie, et celle- ci à une dyscrasie. On s'est cru autorisé à affirmer que la dyscrasie est l'affection générale durable, et que les altérations locales n'en sont que les symptômes. Les inoculations de Waller au moyen du sang même, et la tralismission de la vérole au moyen du sperme, idées que Porter (1) vient récemment d'essayer en citant de nombreux exemples à l'appui, semblent démontrer la vérité de cette conclusion. Je suis d'un avis tout opposé.

11 faut, pour causer une dyscrasie durable, qu'il

(1) Dublin Quart. Journ., mai 1857, p. '257.

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existe des altéralions locales durables, ou bien que le sang soit constamment vicié par son mélange durable avec des substances nuisibles (1). C'est à propos de la phtbisie héréditaire que j'ai d'abord discuté sérieusement cette question. J'ai cherché à démontrer que les organes hématopoétiques (et avant tout les ganglions lymphatiques) se trouvaient, dans cette diathèse, modifiés d'une manière durable (2).

Ces modifications, ces lésions locales, peuvent entretenir une dyscrasie pendant des années, quoique l'idée de dyscrasie chronique n'implique pas nécessairement le transport continuel de substances morbides par le sang. Au contraire, des périodes d'infection et des périodes de pureté peuvent alterner les unes avec les autres.

Rien dans la syphilis ne démontre que l'infection agisse d'une manière constante et égale. Toute l'histoire de la vérole démiootre au contraire, par l'éruption toujours saccadée, pour ainsi dire, de nouvelles altérations , qu'il existe une infection intermittente provenant de certains foyers. Un père syphilitique n'engendre pas nécessairement des enfants véroles. J'ai actuellement dans mon service un malade auquel M. le docteur Wilms a extirpé récemment un testicule malade depuis dix-huit mois, et qui avait des gommes superbes et une hydrocèle. Cette maladie était survenue cinq ans après un chancre, et dans ces dernières années ce malade est

(i) Gesamm. AbhandL, p. 53; ei Cellular Pathologie^ p. 118. (2) Wurzb. Verhandl., vol. III, p. 102.

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devenu père de deux enfants sains et bien portants (i). Je pense que le virus syphilitique se mêle d'abord aux fluides circulatoires , et qu'ensuite il pénètre dans les tissus, dans la substance des ganglions lymphatiques (bubon), par exemple, et qu'il y est retenu. En ces points se manifestent des irritations locales qui ont pour effet tantôt d'éliminer le poison, tantôt au contraire (et cela arrive le plus souvent) de multiplier la substance virulente, et de causer par là l'extension finale du mal, ce qui peut arriver à une époque plus ou moins éloignée.

Chaque localisation est d'abord critique et dépuratoire pour les fluides; elle peut chaque fois redevenir infectante.

Je ne partage pas l'opinion de Michaelis qui veut faire de la partie du chancre induré et des ganglions qui a subi la transformation graisseuse le seul véhicule du virus syphilitique, et qui lui accorde des propriétés infectantes.

J'ai démontré (2) pour la morve (par des inoculations faites sur des animaux, il est vrai), que le contenu des abcès musculaires, qui sont très pauvres en éléments morphologiques et qui se détruisent par transformation

(1) Je iriti pu rencontrer les alléralions sypliililiques du pl;icenta que Mackenzic {Canstatt's Jahresbericht, 185Zi, vol. IV, p. 378) vient de décrire. Labvn [Traité d'anatomie pathologique, vol. I, p. y/i2) semble aussi être revenu de celte idée. On peut rencontrer les mêmes dégénérescences graisseuses, les mêmes liémalomes, etc., du placenta, par suite de causes accidentelles, comme on les observe aussi dans certaines endomélrilcs.

(2) Handb. dpr .^ppc. VaÀh, und Theraptp, vol. II, p. /jll.

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